Chine : Une vie de confinement

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Oui Koueta est étudiant burkinabè en Chine. Il est dans la ville de Pékin. Le pays est touché par l’épidémie de coronavirus et l’étudiant burkinabè n’est pas épargné par la mesure de confinement. Dans ce document qu’il a envoyé à Burkina24, il apporte son témoignage sur comment il a vécu et vit cette situation.

La République Populaire de Chine a été touchée en plein cœur (la province du Hubei avec pour capitale Wuhan est située au centre du pays) par le nouveau Coronavirus (2019-nCov). Pékin a, depuis lors, déployé les gros moyens (mise en quarantaine et confinement) pour stopper la propagation de l’épidémie.

Il est 10 heures du matin. Nous sommes le 24 janvier 2020. Je scanne et j’enfourche un vélo pour me rendre à la Station de métro la plus proche qui relie la ligne suivante à emprunter pour me rendre dans un des parcs. Habituellement bondée de monde, la ligne est plutôt vide. Logique, me dis-je. Les Chinois qui vivent et travaillent à Beijing sont rentrés en famille à l’occasion des festivités du Nouvel an chinois. Mon premier constat est que presque tout le monde porte un masque. Pour parler statistiques, seule une personne sur dix n’en porte pas.

J’apprendrai un peu plus tard que le gouvernement du peuple de la municipalité de Pékin a déclaré le plus haut niveau d’urgence de santé publique à cette même date en réponse à l’épidémie de pneumonie causée par le nouveau Coronavirus (2019-nCov).

Je serai traversé par un sentiment : celui d’avoir fait fi des recommandations qui y figurent. A savoir, « coopérer (avec les autorités dans leurs efforts de prévention et de contrôle), éviter d’aller dans des lieux bondés ou de rassemblements publics, et de porter des masques médicaux (à des fins chirurgicales) si la nécessité d’aller se présente ». Ou tout simplement « rester à la maison et informer  l’autorité communautaire » en cas de retour des zones gravement infectées ou de contact avec ceux qui viennent ou reviennent de ces régions à Beijing.

Dernière heure de liberté

Cette rue est en temps normal bondé de monde

Ce que je ne savais pas d’autre, c’est que je jouissais pour la toute dernière fois de la liberté d’aller et venir, comme je le souhaite, hors de l’université.

Quant aux rumeurs de report de la rentrée du printemps 2020, elles seront confirmées à la date du 27 janvier.

Dans la foulée, le service en charge de l’accueil et de l’installation des étudiants internationaux nous fera parvenir une notice au contenu sans équivoque.

Pour se rendre à l’extérieur du campus, « en raison d’une circonstance spéciale », il faudra aller à la réception de l’université pour remplir un formulaire avant de pouvoir bénéficier d’un pass pour sortir.

Et bien sûr, il faudra repasser pour notifier de son retour. Des masques (cache-nez et bouche) seront distribués.

Tout ceci parce que : « votre santé et votre bon état d’esprit sont une priorité absolue de notre université ».  C’est le début du confinement.

Pour les mesures d’accompagnement, le plus grand marché sera rouvert afin que tous puissent s’y rendre pour s’approvisionner en vivres.

Le premier niveau du plus grand restaurant sera rouvert aussi. Mais tous n’y trouveront pas leur compte.

Très vite, les murmures et les plaintes ont commencé à fuser de partout. « Il n’y a pas de fruits et légumes et beaucoup de choses manquent également », se plaint Alejandro*.

Je repense déjà aux dernières semaines. J’avais le choix des ingrédients pour cuisiner. Mais à présent, je n’ai plus qu’à me contenter de ce que je trouverai sur place.

Plus de loisirs

Pour moi, suivre les recommandations, c’est mettre une croix sur les loisirs : les parties de foot avec camarades de classe et amis sur le terrain de l’université (fermé pendant la période des congés) et sur celle des jeudis soir dans une école située dans un autre district.

Recevoir la notice sur la prévention et le contrôle du nouveau Coronavirus dans les dortoirs est synonyme de se prêter chaque matin entre 8-10 heures ainsi que le soir à 6 heures pour la prise de température corporelle. La notice nous invitait à « éviter de nous mouvoir entre nous » jusqu’à réception d’une notice qui autorise à le faire. Le personnel de sécurité est chargé en ce qui le concerne de veiller au respect strict de ces (pré)dispositions.

Cela signifie que je n’aurai plus le loisir d’aller redire encore et encore à Abdouramane* qu’il n’aura pas un corps à la Arnold Schwarzenegger malgré toutes les heures qu’il passe dans la salle de gym. Et surtout qu’il devrait arrêter de penser qu’il pourrait battre le record du champion Iron Biby. Pauvre p’tit peuhl !

Solidarité, en attendant…

A ce jour, il est seul dans l’appartement de même que la chambre qu’il partageait avec un autre compatriote rentré au pays avant le déclenchement du confinement. Ce n’est pas bien grave ! Je me contente de Alpha*, Tidiane* et de Mariam* tous trois logés quelques étages plus bas dans le même building que moi.

La pression monte un peu plus chaque jour au sein de la communauté estudiantine. En plus de l’ennui, la sensation de s’étouffer ou d’être étouffé commence à prendre le dessus.

Mais, le confinement n’a pas qu’un mauvais côté. Dans la cuisine située à mon étage, les périodes de cuissons étaient l’occasion pour observer les clans. Bien de choses ont changé ces dernières semaines.

Manquer d’oignons, de tomates, de poivrons, d’assaisonnement pousse à demander à celui ou celle qui en a encore en provision. La solidarité est de mise depuis lors.

En attendant la fin du confinement et le retour à la normale.

Oui Koueta

Etudiant en Relations Internationales à la University of International Business and Economics (UIBE)


*Les noms utilisés dans ce texte sont des noms d’emprunt

Rédaction B24

L'actualité du Burkina 24h/24.

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