[Tribune] Burkina : “L’Extension de l’IUTS, élément révélateur  de la politique antisociale du MPP !” (Alain Zoubga)

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Ceci est une tribune de Alain Zoubga sur l’extension de l’Impôt unique sur les traitements et salaires (IUTS).

Depuis 2015 notre pays traverse  une grave crise  sécuritaire doublée d’une crise  humanitaire et comme si cela ne suffisait pas voilà une autre crise qui éclate  suite à une décision  du gouvernement  sur l’IUTS.  Certes,  elle couvait et  nous avions espéré que les autorités s’emploieraient à la désamorcer. Et si la responsabilité de cette nouvelle turbulence semble partagée,  nous sommes d’avis que  c’est le gouvernement lui-même qui y a mis le feu sous les injonctions des thuriféraires du parti, en particulier son président intérimaire qui prend toujours un malin plaisir à défier tout le monde.

Et désormais, « alea jeta est » !

 Une telle situation peut étonner mais cela rentre dans la logique de ces responsables qui, on le sait, ont constitué pendant des dizaines d’années le noyau dur de « l’ancien CDP/ODPMT » que nous avions qualifié de « mal burkinabè »  en 1992. Ce sont ceux-là qui ont joui de tout sous Blaise COMPAORE et qui, passant entre les mailles des filets, se sont installés à la tête de notre pays. Toutefois, la responsabilité première, pleine et entière de la situation actuelle  incombe personnellement  au Président Roch Marc Christian KABORE car c’est lui  que nous avons élu.

Notre parti, l’AUTRE Burkina/PSR, est très choqué face à la qualité de la gouvernance nationale conduite par des hommes et des femmes avec qui nous avons vécu des moments de luttes communes par le passé en particulier sous la révolution.

Par ailleurs en matière de gestion du pouvoir d’Etat, on peut alors se demander comment ces hommes qui, pendant 30 ans ont dormi sur le même lit que Blaise Compaoré peuvent–ils aujourd’hui montrer tant de tâtonnements à la tête de l’Etat ?

 Le pouvoir a sans doute eu raison de l’homme et de ses amis politiques et clairement ils renient certaines idées et méthodes apprises il y a quelques années. Néanmoins, nous espérons que ceux-là qui en leur sein sont encore lucides proposeront de meilleurs idées, si toutefois ils n’ont pas été déportés dans la périphérie des cercles de décision. Et le constat est amère, le régime conduit une politique de délitement des populations  mettant en avant  des actions et décisions  ayant toujours un impact très négatif sur les couches et classe sociales défavorisées alors que les classes privilégiées vivent sans soucis.

Concernant les marchés publics, le PPP imposé par le pouvoir  a permis d’enrichir une minorité d’hommes et de sociétés proches du régime, en leur accordant des centaines de millions voire des milliards de franc par une procédure de gré à gré dans les faits. D’autres personnes moins nanties, mais des proches du régime toujours, ont bénéficié d’importantes sommes d’argent pour des travaux non seulement surfacturés mais aussi de mauvaise qualité.

C’est cela que  certaines voix « larbiniséés » présenteront contre nous sur les réseaux sociaux, comme des réalisations phares du régime. Nous les voyons venir ! Par ailleurs de plus en plus les tenants du pouvoir créent leurs propres sociétés prête-noms et leur accordent des monopoles qui tuent économiquement les petits commerçants abandonnés à eux eux-mêmes.  

Au plan social, après  cette panoplie de nouvelles taxes votées par l’Assemblé qui ont fragilisé le pouvoir économique des citoyens, la mesure sur l’extension de l’IUTS vient alourdir nos peines et par ricochet les services sociaux de base (santé, éducation, assistance sociale entre autres) seront encore frappés durement par ces mouvements de grève. Sur ce point, nous sommes étonnés  d’entendre parler de « gouvernance vertueuse » alors qu’elle ressemble fort à une gouvernance vicieuse.

Ces personnes font preuve de cynisme en prenant  exemple sur les travailleurs du privé  comme si ces derniers sont contents de leur sort , et nous ne serons pas surpris de retrouver ces travailleurs en première ligne dans les manifestations du mouvement syndical. On ne répare pas une injustice en créant une autre injustice !

S’il s’agit de réparer une injustice alors il faut regarder du côté  des gros riches rondouillards qui doivent des centaines de millions à notre Etat, ceux qui s’enrichissent illicitement  mais qui sont protégés par le pouvoir car ce sont leurs financiers de campagne ; il y a aussi les milliards « cachées » dans les grosses Caisse Noires  et les milliards offerts en cadeaux fiscaux  aux sociétés minières.

Sur le plan sécuritaire, de toute évidence ceux qui sont au front et qui tombent sous les balles assassines, les civiles sauvagement abattus,  enfants et femmes en particulier,  sont essentiellement issus des couches sociales défavorisées  sinon des classes moyennes  loin  des fils à papa.  Ainsi donc nos pauvres  populations en plus de la misère vivent dans la peur de se faire enlever et tuer. Pire les nombreux déplacés sont des citoyens déjà marginalisés et qui sont maintenant  pourchassés dans leur propre village. Dans l‘un des camp des déplacés que nous avons visité c’est la désolation.  

Même en politique c’est pareil et l’on peut noter le silence du Président KABORE suite à une démarche du Chef de file de l’opposition Zéphirin DABRE relative   à  l’offre de certains partenaires  qui  proposent de subventionner les CNIB pour ramener leur coût à 500F. Ce sont des citoyens  lambda qui pourraient en bénéficier. A contrario les hommes du pouvoir, les nouveaux riches organisent des séances « privées » de délivrance de CNIB à coût de millions dont les provenances sont  très douteuses.

Dans un contexte national marqué par une « fermeture des classes sociales » ce qui signifie qu’il est quasi impossible aux enfants des pauvres d’accéder aux classes nanties, aujourd’hui plus que hier nous constatons que: « Les riches deviennent chaque jour plus riche, les pauvres deviennent de plus en plus misérables et les maîtres des lieux, les nouveaux riches accumulent richesses  sur richesses et narguent le peuple ; les villas de l’impunité poussent comme des champignons, le  voleur crie au voleur et de gros corrompus reconnus comme tels dénoncent avec une violence rare les corrupteurs, oubliant que nous sommes dans un  pays de savane ».

Au regard de ce qui précède, notre parti  estime qu’il ne  faut  pas ajouter la guerre à la guerre, qu’il faut éviter d’ajouter une crise à la crise. Quand un représentant du Gouvernement, le ministre OUARO  déclare, « Nous n’avons pas peur », nous lui répondons que nous avons très peur  dans ce pays où  tous les secteurs, absolument tous (économie, politique, social, humanitaire, sécuritaire…) sont en crise, du jamais vu !

En outre déclarer que ce n’est qu’une application de la loi c’est ignorer qu’aucun texte n’est au-dessus de la réalité. Tout en invitant les forces syndicales à faire toujours preuve de responsabilité, nous exigeons du pouvoir qu’il mette fin à sa politique de clochardisation des travailleurs ! Mais que l’on se le tienne pour dit, tout le monde doit payer les taxes et les travailleurs le font déjà. L’IUTS conçue  dans l’esprit de la « Garangose » dans les années 70 était provisoire puis elle est devenue permanente ce que les travailleurs ne rejettent pas.

Depuis quelques jours l’on nous parle de légitimité et de légalité de la mesure ce qui rappelle le débat sur l’article 37 qui a fait basculer le Burkina dans la violence.

En fait  la question centrale tourne autour de  l’opportunité et de l’éthique du moment. En effet comment peut-on demander à des travailleurs qui majoritairement vivent dans la précarité aigüe grâce à leur SMIG, de faire des sacrifices face à des responsables qu’ils accusent de malversations souvent avérées (détournements, népotisme, surfacturations, salaires octroyés en violation du décret en vigueur..) dans la conduite  des affaires de la République ?   Aussi nous demandons respectueusement au chef de l’Etat de faire retirer la présente mesure querellée.

Et encore une fois, nous sommes convaincus que si le gouvernement organise l’affrontement avec les syndicats il va y laisser encore et davantage de plumes comme ce qui s’est produit avec les syndicats des finances occasionnant des pertes de plusieurs centaines de millions de nos francs au détriment du trésor public. 

Ouagadougou, le 01 mars  2020

Dr Alain Dominique ZOUBGA

B24 Opinion

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