COVID-19 et éducation au Burkina : Conséquences et remèdes, selon Zakaria Guengané

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Zakaria Guengané est inspecteur d’enseignement secondaire, option anglais. Actuellement en service à la Direction Provinciale de l’Enseignement Post-primaire et Secondaire (DPEPS) du Koulpelogo, il est auteur de quatre œuvres littéraires. Militant du  Syndicat National des Encadreurs Pédagogiques de l’Enseignement  Secondaire (SYNEPES) qui est un syndicat de la branche de la Fédération des  Syndicats Nationaux des Travailleurs de l’Education et de la Recherche (F-YNTER) qui est lui-même un des syndicats membres fondateurs de la CGT-B dirigée par Bassolma Bazié, il répond aux questions de Burkina24 en tant qu’acteur de l’éducation sur l’impact de la crise du COVID-19 sur ce secteur important. Même si la ferveur du militant prend parfois le dessus à certains tournants de l’interview !

Burkina24 : Les écoles sont fermées pour faire face à la crise du COVID-19. Quelle appréciation faites-vous de cette décision en tant qu’encadreur pédagogique du secondaire ?

Zakaria GUENGANE : D’abord, je voudrais que vous me permettiez de rendre hommage à ces nombreux « oubliés actuels » que sont les victimes de la mal-gouvernance du MPP, ceux du terrorisme parmi lesquels un nombre incalculable d’acteurs de l’éducation. Ensuite, qu’il me soit permis d’avoir une pensée pieuse envers les victimes de la COVID-19.

Je voudrais ouvrir une parenthèse qui va être mal perçue par certains vu le poids de l’abus de langage. C’est concernant le terme « COVID-19 ». Au fait c’est un acronyme anglais voulant dire « Corona Virus Disease 2019 » ou encore « La maladie à coronavirus de 2019 » en français. Le « D » ayant été intégré et signifiant « maladie », on devrait donc dire (La Covid-19/COVID-19) et non « Le Covid-19/COVID-19). Bon, la parenthèse est fermée. Ce n’est ni une exigence ni une recommandation à ce que les gens changent. C’est juste une remarque.

Enfin, je souhaite un prompt rétablissement à toutes celles et à tous ceux qui souffrent actuellement de la maladie. Pour celles et ceux qui sont sains, je me fais l’avocat des techniciens de la santé et de ces nombreux anonymes pour leur prodiguer ces conseils : « HP-PP-PB » qui ne sont que : Hygiène Permanente – Pas de Panique – Pas de Banalisation.

Revenant à votre question, disons que si toutes les mesures sont prises dans l’ultime objectif d’arrêter la propagation du Virus, il n’y a pas trop à redire. Seulement, les hommes politiques, surtout ceux sous nos cieux sont si rocambolesques et sadiques que, à 99%, toutes les lois et décisions qu’ils prennent sont soit contre une catégorie de personnes ou tout simplement pour amadouer leurs électorats et ainsi engranger des dividendes politiques.

Lorsque j’analyse froidement ce qui se passe, ma conclusion est que, même s’il y a l’objectif de barrer la route à la Covid-19, il y a également une alchimie de nébuleux projets contre une catégorie de personnes. Ne me demandez plus. Sachez seulement que, la lutte contre l’IUTS injuste et impopulaire et la vie chère est toujours d’actualité et que, ni le Conseil des Ministres du jeudi 26 mars, ni l’adresse du Chef de l’Etat n’ont mentionné ne serait-ce qu’un seul mot concernant les partenaires sociaux (les syndicats).

Avec la décision qu’ils ont prise de sursoir à leur marche du 17 mars et d’observer un service minimum dans le secteur de la santé lors de la grève de 120 heures, le respect des partenaires supposait qu’on reconnaisse cet effort.  En somme, disons qu’il y a des faits qui me font dire que ces mesures sont teintées de graves subjectivités. En plus du fait qu’il n’y pas eu de reconnaissance des efforts des partenaires, le pouvoir du MPP a procédé à la suspension et coupures abusives de salaires frôlant aujourd’hui le nombre de 1000 au niveau du MENAPLN seulement.

L’autre pan de réponse à votre question est que la fermeture des classes était d’office actée à partir du moment où on a décrété l’interdiction des rassemblements de plus de 50 personnes. Pour ceux qui ne le savent toujours pas, au Burkina Faso, il faut trois (03) à (04) fois ce nombre (c’est-à-dire les 50 personnes) pour avoir l’effectif d’une « bonne classe » aussi bien au primaire, au post-primaire qu’au secondaire.

A titre d’exemple, en 2017-2018, quand j’effectuais mon stage pratique pour l’emploi des Conseiller Pédagogiques de l’Enseignement Secondaire (CPES) dans la région du Centre, j’ai personnellement visité des classes à plus de 150 élèves au Lycée Vénégré et Rimvougré dans la Commune de Ouagadougou. Il y avait, dans un passé récent, des pics de 200 élèves enregistrés dans les Haut-Bassins, à Bobo précisément. Vous voyez, Dieu nous aime. Sinon, avec ces effectifs démentiels qu’on rencontre à tout bout de champ, des coronavirus, on en aurait eu à revendre. 

Burkina24 : Selon vous, quelles sont les conséquences de cette décision sur le calendrier scolaire ?

Zakaria GUENGANE : Pour moi, les conséquences sur le calendrier scolaire ne constituent et constitueront pas un problème majeur. Sans les sous-estimer, elles ne constitueront pas un si lourd défi à surmonter à partir du moment où la cause de la situation n’est pas spécifiquement burkinabè. Certes, je peux être contredit mais, je me dis que le Burkina Faso n’aura pas à supplier, par exemple, l’UEMOA pour obtenir un report de date de l’organisation du Baccalauréat puisque tous les pays membres de cette institution sont touchés par la pandémie.

Les seules conséquences que je redoute sont à trouver au niveau des acteurs principaux du système notamment les apprenants, les enseignants et les encadreurs. Un congé de de 10 à deux semaines est raisonnable pour permettre aux « cerveaux » des apprenants de se reposer afin d’entamer un autre rythme de travail, d’apprentissage et d’acquisition.

Mais, si ce temps de repos se prolonge à un mois ou plus et pire dans une atmosphère délétère d’intense psychose, avouons que le risque est considérable. Avec ma quarantaine d’années de vie sur terre, c’est ma toute première fois de voir, en l’espace de quelques jours, la fermeture sans ménagement des lieux de culte, des marchés et des établissements d’enseignement à la fois. Et malgré les appels et messages des spécialistes de la santé et des politiques tendant à faire croire aux gens que la létalité (la possibilité d’en mourir) de la Covid-19 est faible, il est difficile de convaincre quelqu’un de se départir de sa peur.

D’où la psychose générale s’exprimant parfois par l’envahissement des officines pour se procurer des produits désinfectants ou de la chloroquine. Et vous voyez, ça, c’est ce qu’on constate chez les adultes. Personne ne se pose la question quelle charge d’angoisse et de peur (peur de la maladie et de perdre l’année scolaire) reçoivent les plus fragiles de nos sociétés que sont les enfants et les ados. Eh bien, sans être un spécialiste attitré du domaine, disons que les conséquences sont considérables et les séquelles psychologiques post-CoviD 19 le seront plus.

Sans me substituer aux psychologues ou psychopédagogue, je peux dire qu’à part la catégorie d’apprenants de 3 à 10-11 ans qui généralement brillent par leur innocence face au tumulte général autour des malheurs qui frappent les sociétés, celle des ados et des étudiants partagent la même panique, psychose et frayeur que les adultes. C’est donc peu que de dire que le passage de la COVID-19 laissera des traces indélébiles dans le psychisme de ces derniers. Mais, leur sort est et sera moins grand que celui de ces milliers d’enfants au Burkina Faso et à travers le monde, qui ont perdu ou qui perdront leurs géniteurs ou proches à la suite de la maladie.

Et quand on ajoute cela au fait que nous sommes dans un pays où le recours au psy (psychologue) pour remonter le moral de l’individu suite aux tourments (comme cette maladie) est quasiment inexistant, quand les cours reprendront, nous aurons indubitablement dans nos classes et amphis des apprenants déjà décontenancés par les difficiles conditions de vies et d’études (manque de social ; classe sous paillote ; etc.), tourmentés par l’hydre terroriste (déplacements internes et psychose) mais surtout apeurés et meurtris par la COVID-19. Imaginez la suite sur le rendement scolaire. Voilà les types de conséquences que je redoute.

Cependant tout n’est pas bouché. Il y a une alternative en ce sens que les enseignants peuvent et doivent procéder à une sorte de catharsis le/les premiers jours de la reprise des enseignements/apprentissages. Que cela veut-il dire exactement ? C’est, en quelque sorte, faire le travail du psy.

 Avant l’entame des cours, les enseignants doivent trouver des créneaux pour revenir sur ce qui s’est passé. Pas pour aggraver le sort de leurs apprenants mais pour les aider à se libérer du poids émotionnel négatif accumulé. Cela s’appelle donner la parole aux élèves afin qu’ils extériorisent librement tout ce qu’ils ont vécu auprès de leurs parents si oui ils en ont.

Ensuite, les premiers cours ne doivent pas constituer une claque de départ pour une folle course à l’achèvement des programmes. Ces cours doivent êtres plaisants (quelle que soit la matière) pour amener les apprenants à dépasser le difficile moment traversé. Ne pas focaliser les exemples sur la maladie mais les diversifier de sorte à égayer la classe.

 Pour ce que je connais en anglais la marge de manœuvres des profs est grande. Au post-primaire et au secondaire, pendant que le prof d’Histoire-Géo peut revenir sur les grandes pandémies que l’humanité a vaincues ; celui d’SVT peut insister sur l’importance de l’hygiène corporelle permanente pendant que son collègue d’EPS, rappelant le danger du diabète surtout en ces temps de corona virus, montrera aux apprenants combien il est important de maintenir le sport même après les bancs de l’école. En tout, l’enseignant ne doit pas être stressé de peur d’en rajouter au mauvais souvenir de ses élèves. Si, cela est appliqué avec le respect des méthodes d’enseignement/apprentissage acquises à l’école, on peut minimiser les impacts de la COVID-19 sur nos apprenants. 

Vous savez, lorsque les gens apprennent un cas d’échec scolaire, tout de suite, on jette l’anathème sur l’enseignant puis sur l’apprenant. On ne voit que les causes exclusivement scolaires des échecs. On oublie que soi-même peut en être la cause. On oublie que la simple distance entre l’école et le domicile peut négativement jouer dans la balance. On oublie que la maison ou l’environnement de l’école influence négativement ou positivement les rendements scolaires. On oublie que le comportement de nos hommes politiques et les politiques hasardeuses qu’ils prennent peuvent clouer la chance de progresser à l’école. Après avoir été élève, puis professeur et actuellement encadreur du secondaire, je puis vous affirmer qu’il y a plus, dans la balance du succès et de l’insuccès des apprenants, de facteurs socioculturels, économiques et politiques que scolaires dictant leurs lois sur le cursus.

Vous prenez par exemple, un élève brillant de votre ville/village qui perd son père. Resté seul avec sa mère, il vivote. Puis, par une certaine entourloupe, cette même mère se marie à un homme d’une cruauté avérée. Au lieu de lui apporter de l’amour, ce dernier bastonne la bonne dame tous les jours au vu et su de l’enfant. Dans une telle situation, quelle que soit la bonne volonté de cet apprenant, rien ne pourra le sauver d’un naufrage scolaire. De major de sa classe, celui-ci peut vite retomber au dernier rang pour trois raisons : (i) la perte du père (soutien irremplaçable) ; (ii) les conditions de vie difficiles ; (iii) la violence psychologique subie quotidiennement via celle physique reçue par sa mère (être plus cher). Avec tout ça, les conséquences scolaires peuvent se muer pour faire de cet enfant un danger contre sa propre société.

En ce qui concerne les conséquences sur les enseignants, on aura le stress pour le trop plein de choses à faire en un temps record. Et pour ne pas subir l’ire de leurs sociétés qui ne mesurent le degré de succès ou de l’insuccès scolaire que sous l’angle de la seule responsabilité des enseignants, certains d’entre eux (enseignants) tiendront un rythme effréné dans les cours. Mais, cet enseignement pour les évaluations certificatives (examens du CEP ; BEPC et du Bac) ne servent aucunement les apprenants sauf à satisfaire l’égo des parents.

Pour nous les encadreurs déjà obligés à baigner dans une crasse oisiveté à cause de la fuite de responsabilité du politique qui rechigne à reconnaître l’importance du Corps (des encadreurs) afin de le doter de moyens conséquents (infrastructures ; logistiques ; pédagogiques et financiers), la priorité sera, selon les décideurs, de laisser les cours couler à flot et sans endiguement.

Cela amènera les encadreurs, qu’ils veuillent ou non, à mettre une croix sur leurs prérogatives. Ainsi, en dehors des certifications d’enseignants qui attendent, les suivis de classe qui ne se faisaient que lorsque l’ENSK ou l’IDS en sentaient des démangeaisons, la formation continue des enseignants et autres seront remis une énième fois aux calendes grecques. J’oubliais. Les syndicats n’ont pas encore dit leur dernier mot.       

Burkina24 : Quelle peut être la durée « raisonnable » de cette fermeture ?

Zakaria GUENGANE : Cette question aurait pu bien être répondue par les décideurs politiques. Mais, ils doivent le faire en collaboration avec les autres acteurs du système éducatif. Vous comprenez bien qu’il s’agit ici d’une question dont la manipulation ne dépend pas des seules humeurs d’un chef d’Etat, encore moins d’un gouvernement.

Tous les acteurs dont les partenaires sociaux doivent être mis à contribution. Vous comprenez également que ma modeste personne soit-elle appelée Inspecteur n’a qu’un poids de mouche dans cette affaire.

Mais, attention ! Cela n’enlève en rien le droit et devoir citoyen et de cadre que j’ai à personnellement donner mon point de vue sur la question. Ce que je sais, c’est que, même si la Covid-19 venait à persister, nous serons, inchallah, obligés de vivre avec. Je vois que les mesures de fermeture sauvage des marchés et yaars font déjà des grincements de dents. Si rien n’est fait pour réellement accompagner les acteurs (et cela ne sera jamais fait avec ces gens qui nous divisent, pardon, qui nous dirigent)…

Burkina24 : Pensez-vous que le retard accusé pourra être rattrapé ?

Zakaria GUENGANE : Sans souhaiter que le virus ne « coronise » toute l’année scolaire et académique en cours (même s’il arrivait qu’il y ait toujours des cas de contamination, il faudra un jour l’intégrer dans notre quotidien comme la malaria et autres pathologies et continuer à vivre), il y a toujours possibilité de faire quelque chose pour peu que la classe politique au pouvoir n’ajoutent à leur incurie sur les belles propositions des syndicats (en matière de politique éducative) leur insouciance légendaire du secteur éducatif.

 Je ne parlerai point de tout le monde, mais les syndicats dans lesquels je milite et ma très modeste personne sommes matures et hautement patriotes et humains pour ne pas accepter un quelconque réaménagement si et seulement si cela se fait dans le respect mutuel.

Bien qu’il y ait des milliers d’exemples dans l’histoire récente de notre mouvement syndical, je vais prendre un exemple que vous, Monsieur Abdou Zouré et moi-même avions vécu quand nous étions élèves du Lycée Départemental de Garango en 1999-2000. Rappelez-vous qu’en son temps, j’étais le Délégué Général des élèves. Au niveau national, les mouvements sociaux (grèves ; sit-in ; etc.) consécutifs à l’assassinat du votre collègue émérite Norbert Zongo étaient si intenses, qu’ils ont impacté le cours de l’année scolaire et académique. Aussi les organisations comme la SYNTER, le SNESS et la CEEB ont-elles expressément dit au pouvoir CDP de Blaise Compaoré et Roch que leurs militants étaient prêts à sacrifier leur vacances pour dispenser des cours afin de nous (élèves en classe de 3e et Terminales à l’époque) permettre de composer les examens selon les règles de l’art. A cette sollicitude, le pouvoir animé, en son temps dirigé par ceux qui nous dirigent aujourd’hui, avait opposé une fin de non-recevoir.  Ce qui obligea nos organisations à lancer le boycott desdits examens. Et vous vous rappelez, nous les avions boycottés et accepté revenir en 2001.

C’est vous dire que les expériences en la matière ne manquent pas. Il n’y a que l’irresponsabilité, de l’incrédulité et la roublardise des dirigeants politiques.

Burkina24 : Dans d’autres pays les alternatives sont trouvées pour que les cours continuent. Au Burkina, qu’est-ce qui peut être fait ?

Zakaria GUENGANE : Je vais vous décourager. Mais, ces alternatives dont vont parlez ne verront pas le jour chez nous à moins qu’on ne force à envoyer nos apprenants et enseignants dans le mouroir. J’ai bien dit qu’elles ne « se feront pas ». Je n’ai nullement dit qu’elles « ne peuvent ou ne pourront pas » se faire.

C’est sûr que vous me demanderez pourquoi. Et bien ! Parce que nous devons vivre les conséquences fâcheuses de l’incurie  de tous les acteurs politiques qui se sont succédé au pouvoir depuis la fausse indépendance de 1960. En effet, des fils et filles dignes de ce pays, seuls ou regroupés en association et/ou syndicats ont, à cor et à cri, demandé, réclamé, recommandé et exigé des investissements massifs et conséquents (à la hauteur des normes internationales) dans le secteur éducatif. Mais, nos gouvernants ont toujours perçu dans ces propositions, une puanteur et une prédation politiques. Ainsi, nous aurions bien mobilisé et géré nos richesses nationales que nous aurions réuni de quoi construire et doter nos enseignants et apprenants d’outils modernes et adaptés pour une télé-éducation (éducation en ligne).

Je parlais des effectifs dans les classes un peu haut. Au Burkina Faso, on ne parle pas d’effectif mais d’effectifs larges ou pléthoriques. Lorsque vous dépassez 25 élèves par classe, ce n’est plus une classe, mais c’est un regroupement de classes. Avec 25 apprenants plus un (c’est-à-dire 26 élèves), vous n’enseignez plus, vous vous débrouillez. C’est dire que les objectifs à atteindre ne le seront pas. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est l’UNESCO dont nous (le Burkina Faso) avons ratifié toutes les conventions qui le dit.

Parcourez les dernières plates-formes revendicatives des syndicats de l’éducation et vous verrez qu’ils exigent le respect des normes internationales en matière d’effectif par classe. Mais, que dit-on d’eux ? Des apatrides ; des manipulés du PCRV qui veulent renverser le régime comme si c’était un crime de le faire. Je vous rappelle que la Déclaration Universelle des Droits de 1789 reconnaît cela à tout peuple dont la dignité est, par moments, volée et violée par les dirigeants.

 Vous comprenez maintenant que, avec l’interdiction de regroupement de plus de 50 personnes, si nos salles de classe avaient des effectifs de 25 ou tout au plus 50 élèves (c’est-à-dire le simple double des normes de l’UNESCO), avec deux apprenants par banc, les cours pourraient normalement continuer certes, avec un respect accru des mesures d’hygiène. Mais, qu’on ne m’oppose pas le manque de moyens financier. Avant que je n’accepte cela, sortons notre Ecole du caractère néocolonial et néolibéral, arrêtons le pillage des deniers publics et faisons bénéficier des richesses naturelles du pays au peuple (comme le stipule notre Constitution). Si après cela, il nous manque toujours d’argent, je céderai comme beaucoup d’autres de mes camarades, 50% de mon salaire en dix ans pour atteindre cet objectif.

Burkina24 : Le contexte social burkinabè est déjà marqué par une tension entre le gouvernement et les syndicats. Etes-vous de ceux qui pensent que le gouvernement  doit lever le pied de même que les syndicats ? 

Zakaria GUENGANE : A ce que je sache, si vous êtes deux ou plus dans/sur un véhicule à accélérateur, seule une personne peut appuyer sur cet accélérateur. Dans le contexte actuel où le rapport gouvernement-syndicats est devenu des plus incommodes, vous n’ignorez pas qui a son pied sur l’accélérateur. Point de doute : c’est bien le gouvernement MPP. 

Ce qui est très important à noter, est que le pouvoir du MPP n’a pas attendu la lutte autour de l’IUTS pour appuyer sur l’accélérateur. Il vous souviendra qu’après l’investiture du Président de Roch, toutes les luttes étaient, ipso facto, criminalisées. Le refus de cet état de fait par le mouvement syndical et révolutionnaire a amené le pouvoir à accélérer davantage le moteur en constituant des escadrons de la mort.

C’est, dans ce contexte, que s’inscrit l’assassinat des militants de l’ODJ intervenu le 31 mai 2019 et dont les corps attendent toujours d’être autopsiés. Après cette étape, on a assisté au musellement des porte-parole du peuple que vous êtes (je parle des journalistes) avec la loi liberticide votée à l’Assemblée Nationale en 2019. Donc, s’il y a quelqu’un qui doit lever le pied sur l’accélérateur, c’est bien le pouvoir de Roch et non les syndicats qui ont déjà exprimé leur bonne foi en suspendant la marche du 17 mars 2020, en acceptant assurer le service minimum dans le secteur de la santé lors de la grève de 120 heures.

Une autre chose très importante, si l’on doit encore lier la situation actuelle des travailleurs à l’atmosphère générale malsaine de la COVID-19, il y a matière à redire. Je ne sais pas si les gens remarquent, mais c’est lorsque les puissances capitalistes traversent de graves crises qu’elles-mêmes génèrent par leur propre turpitude, qu’elles « mangent leur totem » ne serait-ce qu’en partie. Partout dans le monde occidental capitaliste,  le maître-mot est l’intervention de l’Etat central dans le social et dans l’économie pour relancer la production et donc booster la consommation.

L’Union Européenne (UE) s’apprête à débloquer 750 milliards d’Euros pour sauver les entreprises et multiples emplois menacés par la pandémie. TRUMP aux USA veut faire voter un budget de trois (03) trillions de dollars (soit 3000 milliards) pour les mêmes objectifs presque.  Dans beaucoup de pays, l’heure est à la prise de mesures sociales pour soulager les populations. Le hic, c’est que sous nos cieux, les gens semblent ne pas avoir toute la plénitude du sens du mot « population ».

Sauf erreur de ma part, les mesures sociales qu’entend prendre le gouvernement burkinabè ne prennent pas en compte les travailleurs aussi bien du public que du privé. Attention ! Qu’on ne me fait pas dire que j’exige qu’on fasse bénéficier ces travailleurs des milliards qui seront débloqués. Non. J’ai entendu certains qui réclament que l’Etat allège ou annule les charges fiscales de certaines catégories professionnelles comme le secteur informel. A l’échelle continentale, Macky SALL, le président sénégalais, va plus loin pour demander l’annulation de la dette des pays en développement. Voilà ce qu’on peut appeler « lever les pieds sur l’accélérateur ». 

Maintenant, une question (excusez-moi de changer l’ordre qui veut que c’est le journaliste qui pose les questions). Le gouvernement qui rabâche à longueur de journée que les fonctionnaires s’accaparent de plus de la moitié du budget de l’Etat a-t-il pensé à lever son pied sur l’accélérateur IUTS qui, nous le réaffirmons, est injuste et impopulaire ? Il est de notoriété qu’un fonctionnaire burkinabè nourrit presqu’une vingtaine de personnes avec son salaire. Avant la COVID-19, ces mêmes fonctionnaires dépensaient leurs salaires avec leurs familles au sens restreint et large du terme. Avec l’avènement de la pandémie où toute l’économie s’arrête, les fonctionnaires qui ont beaucoup de proches dans l’économie informelle en panne doivent élargir la base bénéficiaire de « ces salaires individuellement collectifs ». Donc, au lieu de 20 personnes à nourrir, ils doivent s’attendre à recevoir des dizaines d’autres appels pour des transferts électroniques. Vous voyez qu’il ne revient pas aux syndicats de lever le pied sur l’accélérateur.   

Le dernier mot ?

Zakaria GUENGANE : C’est d’abord vous remercier pour l’honneur que vous me faites en venant vers moi pour cette interview. La démarche m’a surpris parce que le contexte est tel qu’actuellement, les meilleures voix sont celles des spécialistes de la santé et des hommes politiques.

Ensuite, je voudrais vous voler quelques minutes pour encore prodiguer mes conseils à la vaillante population du Burkina Faso et celle du monde qui vous lira. Il faut donc « une Hygiène Permanente – Pas de Panique – Pas de Banalisation ».

Enfin, je voudrais dire à vos respectés lecteurs de mettre en pratique cet adage qui dit qu’on apprend dans la douleur. La COVID-19 est certes un mal planétaire, un frein à l’avancée du monde mais elle peut être transformée en une opportunité. Pour ce faire, il suffit de cesser de la percevoir comme un PROBLEME mais comme un DEFI. En effet, lorsqu’on a la perception première (PROBLEME), on est désarmé face à la difficulté. Par contre, si on a la deuxième (DEFI) on se dote d’armes nécessaires pour l’affronter et le vaincre. Au niveau national, la mise en quarantaine et la fermeture des frontières devaient nous amener à adopter la culture de la consommation locale ce qui va booster notre économie.

Et puisque nous parlons de l’école, les apprenants et les autres acteurs de l’éducation peuvent tirer deux profits de la situation. Ces deux profits sont confinés dans une seule chose appelée « LECTURE ». En effet, Jack London nous rappelle qu’ : « un jour viendra où les hommes, moins occupés des besoins de leur vie matérielle, réapprendront à lire ». La lecture apporte non seulement le réconfort mais aussi et surtout procure un gain intellectuel.

C’est dans cette logique que Montesquieu nous dit ceci : « Je n’ai jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dissipé ». Pendant ce temps, pour Salim Boudiaf, « La lecture, c’est une vertu irremplaçable qui enrichie le savoir et fortifie la mémoire ». Bon, je m’arrête-là.  Ce n’est plus l’éducateur qui parle, mais l’écrivain !

Je vous remercie.

Entretien réalisé par mail par Abdou ZOURE



Abdou ZOURE

Abdou Zouré est le rédacteur en chef de Burkina24.

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