Effets économiques du Covid-19 au Burkina Faso : Forge Afrique pose le diagnostic

Le centre de recherche et de formation Forge-Afrique a évalué les effets du Covid-19 sur l’économie burkinabè. Les résultats ont été présentés ce vendredi 24 avril 2020 à Ouagadougou.

 Dans l’optique d’analyser l’impact du Covid-19 sur l’économie du Burkina Faso, le centre de recherche et de formation Forge-Afrique a réalisé une étude. Les résultats ont été rendus publics ce vendredi 24 avril 2020 à Ouagadougou.

Selon les chercheurs, les hypothèses sur lesquelles l’étude s’est basée portent à la fois sur le temps nécessaire pour juguler la pandémie suivie d’une reprise des activités économiques et sur l’impact sur le commerce international des produits dont le Burkina Faso est exportateur.

Face à l’incertitude sur la durée du phénomène, deux scénarios ont été utilisés. Un scénario optimiste qui suppose que l’épidémie n’est maîtrisée au bout de 3 mois tandis la demande mondiale pour les exportations burkinabè se contracte de 10%.  Un autre scénario pessimiste  suppose que l’épidémie s’étend sur 6 mois avec une baisse de la demande mondiale des exportations burkinabè de 20%.

Les secteurs industriels, des services et celui agricole pourraient être les plus affectés

Sur le plan macroéconomique, l’étude a révélé que la crise de Covid-19 pourrait se traduire par une baisse importante du taux de croissance de 1,38% dans le scénario optimiste, contre une croissance prévisionnelle de 6.5%. Tandis que dans le cas du scénario pessimiste, le Burkina Faso tombera dans une récession économique avec un taux de -1.75%. « Une telle évolution représente une perte de la richesse nationale allant de 345 milliards à 645 milliards de francs CFA », a indiqué un des auteurs de l’étude, Pr Idrissa Mohamed Ouédraogo.

Au plan sectoriel, les résultats indiquent que les secteurs industriels, des services et celui agricole pourraient être les plus affectés. « La chute des productions sectorielles et la contraction de la demande mondiale des exportations burkinabè auront sans doute pour conséquence une baisse importante des exportations sectorielles pouvant atteindre -10% pour les produits de l’extraction minière (l’or en particulier) et -16% pour les produits de l’agriculture de rente (le coton en particulier).

Le Burkina Faso risque ainsi de voir une grande partie de ses recettes d’exportation s’écrouler. La baisse de l’activité économique va engendrer une baisse des recettes publiques, ce qui pourrait conduire à un déficit public plus important atteignant -4,53% du PIB dans le scénario optimiste, et -6.12% du PIB dans le scénario pessimiste contre un déficit prévisionnel d’environ 3% du PIB », a souligné le Pr Idrissa Mohamed Ouédraogo.

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Au regard de la contraction des activités sectorielles, cela risquerait d’entraîner une augmentation du chômage. « Certaines entreprises se verront obligées de libérer une partie importante de leurs employés pour survivre à la crise. Nous savons que les secteurs des services privés formels, et surtout informels sont de grands pourvoyeurs d’emplois au Burkina Faso. Or, ces secteurs subiront indéniablement les effets de la crise de COVID-19. Il va donc en résulter des effets négatifs sur l’emploi », a-t-il signifié.

Le Pr Idrissa Mohamed Ouédraogo a fait savoir qu’en menant cette recherche, les auteurs ne recherchent pas à alarmer mais à attirer l’attention sur l’impact du Covid-19. « Après les conséquences sanitaires, un désastre socio-économique pourrait s’en suivre si les autorités n’adoptent pas à temps les mesures adéquates pour redresser l’économie nationale », a laissé entendre un des chercheurs, Dr Somlanare Romuald Kinda.

Cette pandémie est une belle opportunité pour revoir nos systèmes de développement.

Cependant, les chercheurs proposent de réfléchir sur une stratégie globale, structurante et endogène de relance économique qui se fondera sur les capacités internes du pays et sur les besoins effectifs et réels des agents. « Il conviendrait d’entreprendre des actions de relance tant du côté de la demande que du côté de l’offre. Ainsi, il faudrait que les autorités burkinabè fournissent un soutien temporaire et ciblé aux ménages notamment les plus vulnérables », a proposé le Pr Ouédraogo.

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Egalement, un appui financier pourrait être accordé aux entreprises et aux secteurs (pourvoyeurs d’emploi) réellement en difficultés.  Au- delà des actions ponctuelles entreprises par le gouvernement, les chercheurs suggèrent de mettre l’accent sur la restructuration de l’appareil productif du pays pour en faire un système de production dédié essentiellement à la satisfaction de la demande domestique et qui s’alimente principalement de matières premières locales. « Cette pandémie est une belle opportunité pour revoir nos systèmes de développement. Il faut revoir la production pour qu’elle soit adressée à la demande interne », a-t-il conclu.

En rappel, cette étude a été menée par trois chercheurs. Il s’agit du Pr Idrissa Mohamed Ouédraogo, Dr Somlanare Romuald Kinda et de Dr Patrice Rélouendé Zidouemba. Le Centre de Formation, d’Orientation et de Recherche pour la Gouvernance Economique en Afrique (FORGE-Afrique) est dédié aux traitements analytiques et théoriques des problèmes et faits économiques nationaux et internationaux. Il se donne pour objectif d’éclairer les prises de décisions dans la formulation et la mise en œuvre des politiques de développement économique et social.

Jules César KABORE

Burkina 24

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