Extrémisme violent : Le Burkina à la recherche d’une stratégie de prévention et de lutte

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Conformément à la recommandation du G5 Sahel, faite à chaque pays membre de mettre en place une stratégie nationale de prévention et de lutte contre l’extrémisme violent et la radicalisation, le Burkina Faso s’active déjà et présente ce 30 avril 2020, un rapport provisoire.

Sadou SIDIBE, expert national

En collaboration avec l’USAID et le G5 Sahel, l’expert national Sadou Sidibé, mandaté pour mener l’étude sur la stratégie nationale de prévention de la radicalisation et de lutte contre l’extrémisme violent, fait le point des avancées de l’étude au ministre de la décentralisation et de l’administration territoriale, Siméon Sawadogo.

C’est un rapport diagnostic qui est présenté sur la base de données recueillies selon la méthode PESTEL (Politique, Economie, Socio-culturel, Technologie, Environnemental et Légal), une approche proposée par le G5 Sahel pour aborder le phénomène de l’extrémisme violent. Elle s’est aussi voulu inclusive et participative. Pour l’expert, le phénomène de la radicalisation est une problématique multidimensionnelle et les réponses doivent être multisectorielles également.

Du constat de l’expert,  la radicalisation est d’une ampleur inquiétante dans le pays et a progressé de façon exponentielle ces quatre (4) dernières années.

L’extrémisme violent est l’aboutissement de cette radicalisation, parce qu’explique-t-il, « quelqu’un peut être radicalisé sans passer par la violence ». Cependant, de l’avis de 59% des points focaux régionaux  enquêtés, les violences pour le cas du Burkina sont faites de façon spontanée en réaction à des cas d’injustice.

Sur la base de collecte de données lors des concertations régionales auprès des différents groupes sociaux (374 personnes), les facteurs politiques, notamment la mal gouvernance, l’impunité sont les plus déterminants.

Les enquêtés ont été interrogés sur la perception qu’ils ont du phénomène de radicalisation dans leurs régions et par rapport aux formes que prend cette radicalisation ou les facteurs qui peuvent conduire à une radicalisation.

Les facteurs sont multiples. Ils vont du sentiment d’exclusion et de marginalisation, la discrimination sociétale, la corruption, la pauvreté, à l’impunité des élites et la défaillance des FDS.

Cependant, l’argent demeure le moteur par excellence utilisé pour motiver les personnes à intégrer les groupes extrémistes, suivi des pratiques religieuses et de l’appartenance à des groupes sociaux.

Lors de ces concertations régionales, les participants ont aussi donné la typologie des incidents spécifiques à chaque région et des éléments qui peuvent conduire à la radicalisation d’un individu.

Mais le conflit foncier reste symptomatique à toutes les régions. Les conflits entre agriculteurs et éleveurs viennent fréquemment dans toutes les régions et les conflits coutumiers liés à la succession au trône. « Contrairement à ce qu’on pensait que c’était le Plateau mossi. Mais c’est erreur. A  Banfora, à Bobo, c’est devenu la mode », dit monsieur Sidibé.  

Plus de 44% des conflits contre l’Etat sont orientés vers le Centre-Nord du fait du déplacement massif des populations vers la région.  Las de cette situation, les enquêtés estiment que cette situation relève des prérogatives de l’Etat de trouver une solution. «L’Etat doit sérieusement s’investir là-bas pour atténuer le ressenti, la perception que les gens ont de lui », conseille l’expert.

Les discours et prêches haineux sont plus recensés dans la région du Plateau Central. Au Sahel, les frustrations et l’injustice ainsi que les conflits fonciers et coutumiers sont les plus courants.

Au Centre, les conflits fonciers, l’accaparement des terres par les riches, viennent en première position suivis des conflits liés au désir de se rendre justice, au discours malveillant. Ouaga est la championne dans les mouvements de grève, de fronde sociale.

Ils se sont aussi prononcés sur les caractéristiques des individus suspects. Elles se manifestent par la recherche active de personnes partageant les mêmes opinions, le repli sur soi, l’isolement. Ces personnes sont de plus en plus signalées dans la Boucle du Mouhoun et dans les Hauts-Bassins.

Les causes selon les populations interrogées sont la recherche du bien-être, la justice sociale, du gain facile et le besoin de s’affirmer.

Le rapport diagnostic présenté à Siméon Sawadogo, Ministre de l’administration, de la décentralisation et de la cohésion sociale

Mais avant tout, ils ont proposé des solutions à court, moyen et long terme. Les solutions urgentes et immédiates  sont de conscientiser et interpeller le politique sur l’éthique, de pacifier les discours politiques, veiller au respect des textes, appliquer une gouvernance vertueuse, dépolitiser l’administration publique, renforcer l’éducation, remettre en selle les valeurs traditionnelles, créer des textes à partir de nos coutumes et bien d’autres.

Le diagnostic ainsi fait, il s’agira pour une seconde phase, d’analyser les données recueillies au fin de l’écriture de la stratégie nationale.

Siméon Sawadogo, Ministre de l’Administration, de la Décentralisation et de la cohésion sociale

Cependant, au vu de l’urgence, le ministre Siméon Sawadogo a exhorté les experts à accélérer l’étude afin de mettre à leur disposition dans les jours à venir, non seulement une stratégie nationale, mais également un plan d’action.

C’est une étude qui vient à point nommé, car dit-il, “ces phénomènes existent depuis mais nous n’avions pas eu une telle déstructuration de notre société.  Nous savons que des jeunes ou des personnes se sont radicalisés au cours de leur cheminement et ont participé très probablement aux attaques terroristes. Mais depuis les attaques terroristes, il y a quelques années, aucune étude n’avait été menée pour déterminer les causes ». Pour lui, la stratégie et le plan d’action permettra de saisir les voies et moyens pour retrouver le vivre ensemble et la cohésion sociale.

A terme, le G5 Sahel s’inspirera des stratégies nationales des pays membres pour sortir une stratégie commune de lutte contre l’extrémisme violent.

Revelyn SOME

Burkina24

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