Don d’ordinateurs  à l’Assemblée nationale par la Chine : Lettre ouverte au Président du Parlement

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Ceci est une lettre ouverte de Emile Ouédraogo au Président de l’Assemblée nationale.

L’histoire ne semble pas être un utile conseiller pour notre auguste assemblée avec ce nouveau scandale de cadeau empoisonné d’ordinateurs et de tablettes donnés à l’Assemblée nationale. Après les 130 ordinateurs « à polémique » de 2016, l’Hémicycle vient de recevoir 100 tablettes et 150 ordinateurs, le 18 mai 2020, de la Chine, dans le cadre de la réalisation du projet « ZePan » (Zéro papier à l’Assemblée nationale). Un véritable cadeau empoisonné vient d’être servi aux Honorables dont la vie privée et partant celle des Burkinabé se retrouvera sur la place publique. A travers cette lettre ouverte, nous interpellons le Président de l’Assemblée nationale ainsi que tous les députés intègres d’empêcher que notre Faso soit espionné à travers ces tablettes et ces ordinateurs portables. Comment cela se fera t-il ? Sans passion, ni haine et avec la force de l’argument, démontrons.

Honorable Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,

Honorables députés,

Ne franchissez pas le rubicon en acceptant un cadeau empoisonné. Sans être un féru de la technologie, de nombreux faits, des témoignages et des actions posées par les firmes mondiales de la sécurité informatique, prouvent qu’il s’agit de vendre sa langue au chat, lorsqu’on accepte des cadeaux numériques. D’entrée de jeu, ma missive n’a pas pour finalité de jeter l’opprobre sur vous, messieurs les Honorables, ou envers la Chine populaire. Cette missive a pour unique but d’éviter un espionnage catastrophique. Bien plus, préserver la souveraineté du peuple digne et fier du Faso. Alors, de quoi s’agit-il ?

Le Président du Parlement Chinois, par l’intermédiaire de l’ambassadeur de la Chine au Burkina Faso, a remis 100 tablettes et 150 ordinateurs portables à l’Assemblée nationale le 18 mai 2020. Ce don, d’une valeur de 100 millions de F CFA rentre dans le cadre de la réalisation du projet « ZePan » (Zéro papier à l’Assemblée nationale). Malheureusement, ce don est un cadeau empoisonné. Pourquoi ? Pour trois raisons. Premièrement, ce sont des outils d’espionnage. Deuxièmement, les informations récoltées seront utilisées pour nous manipuler. Troisièmement, le Burkina Faso perdra sa souveraineté législative.

Comment se fait ou se fera cet espionnage ?

Il se fera de façon très simple, techniquement parlant. Les matériels informatiques tels que les ordinateurs, les téléphones portables et les tablettes peuvent contenir des « mouchards » ou des instruments espions bien avant leur mise en service. Le comble est que ces instruments ne peuvent pas être détectés même par les laboratoires sophistiqués.  

Alors, partant du principe que le géant chinois Huawei a fait l’objet d’interdiction de commercialisation dans de nombreux pays pour espionnage (Japon, Pologne, Etats-Unis pour ne citer que ceux-là), le risque que notre auguste assemblée soit surveillée et espionnée par la Chine est très élevée.

Chers Honorables, vous vous posez sûrement la question de savoir comment est ce possible que vos vies privées pourront se retrouver sur la place publique, soit au Faso ou quelque part dans le monde, si vous acceptez d’utiliser ces ordinateurs et ces tablettes données par la Chine? C’est très simple :

1- Les tablettes se connectent sans fil aux systèmes de vidéosurveillance installés par Huawei ou par Internet à l’insu de l’utilisateur et transfère tout le contenu vers un serveur distant. Or, à Ouagadougou et dans bien d’autres villes du Burkina, c’est Huawei qui est chargé d’installer les caméras de surveillance. Donc, assis dans vos bureaux, vos informations se retrouveront sur des ordinateurs quelque part dans le monde par le biais de la connexion sans fil ou par Internet. Imaginez la suite.

2- Une fois que la tablette ou l’ordinateur est connectée, le logiciel espion qu’on appelle les « keyloggers », ou logiciels-mouchards permettent de recopier en temps réel tout ce qui se passe sur un ordinateur, un smartphone ou une tablette. La navigation internet, les mots de passe saisis, les fichiers stockés… tout est accessible. Ces dispositifs d’espionnage sont presque indétectables. Alors, des services de renseignement étrangers pirateront avec notre propre complicité nos institutions. Les Chinois l’ont fait entre janvier 2012 et janvier 2017 en espionnant le siège de l’Union africaine à Addis-Abeba.

Ce scandale a été révélé par le quotidien français « Le Monde » dans sa parution du 27 janvier 2018. Les Chinois ont essayé de démentir l’information du bout des lèvres sans apporter de preuves concrètes. En outre, depuis longtemps,  le commun des mortels sait qu’il est possible de pirater un téléphone, une tablette ou un ordinateur et d’en faire un véritable mouchard par l’écoute des appels, la copie des SMS, la géo localisation, l’écoute des sons environnant (dans un rayon de 5 à 8 mètres), d’enregistrer la vidéo captée par l’objectif…

Par-dessus tout, la fonction micro fonctionne même si l’appareil est éteint (et qu’il conserve sa batterie). Cette technologie est bien maîtrisée par des compagnies chinoises, selon nos informations.

Honorable Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,

Je voudrais avec humilité et déférence, respect et considération, appeler à votre sens de l’honneur, de l’intégrité, et de l’amour de la patrie pour éviter que les informations récoltées par le biais de ce cadeau empoisonné servent à nous manipuler. Comment se fera la manipulation ? Les ordinateurs et les tablettes que vous avez seront interconnectés. Avant que vos lois soient votées, les Chinois ou ceux qui vous espionneront dirigeront vos prises de décision afin de les orienter dans le sens voulu.

Ne dit-on pas que celui qui maîtrise l’information gère le pouvoir ? Les exemples ne manquent pas où les réseaux tapis dans l’ombre ont influencé des décisions dans des salons feutrés parce qu’ils étaient informés à l’avance grâce au système d’espionnage.

En novembre 2006, feu le Président Salif Diallo de l’Assemblée nationale avait reçu des ordinateurs du Ministère de l’Economie numérique qui les avaient reçus de la société Huawei. L’on connait la polémique que cela avait suscitée à l’époque du fait de cette probabilité d’espionnage. Aujourd’hui, c’est le Président du Parlement chinois qui « vole » à notre secours pour la modique somme de 100 millions.

Ma question est ceci : pour un projet aussi important que le « ZePan », notre auguste Assemblée nationale manque – t- elle de 100 millions de F CFA ? Si tel est le cas, prenez cet argent sur les 4 milliards réservés à la construction du siège et confiez ce projet de souveraineté à des entreprises locales, qui le feront de façon très professionnelle et à moindre coûts. Mieux, nos données et nos informations resteront chez nous.

De la perte de notre souveraineté législative

Au vu de toutes ces informations, la question se pose de savoir si nous ne pouvons pas nous protéger contre ces menaces en « désinfectant » ces ordinateurs et ces tablettes de leurs « espions » incorporés. De sources dignes de foi, la réponse est non. Pourquoi ? Parce que la particularité de ces méthodes d’espionnage complexes, ont pour point commun de ne pas être bloquées, ni par les firewalls, ni par les antivirus, encore moins par la gestion des mots de passe et autres mesures de sécurité informatique mises en place. Et, si l’on essaie d’extraire ces instruments, les ordinateurs et les portables deviennent inutilisables car, on les arracherait leur « cœur ».

Chers Honorables,  au terme de cette longue lettre, je voudrais simplement, avec vous, prendre l’opinion nationale et internationale à témoin, que le risque, très élevé, de fuites d’informations au travers des tablettes et des ordinateurs donnés à l’Assemblée nationale, est réel et devra être pris en compte.

Car, « chaque génération a des pyramides à bâtir» pour emprunter au Pr Joseph Ki-Zerbo. Dans les écrits et les analyses qui suivront cette lettre ouverte, je montrerai à travers des projets tels que e-burkina, safe city, l’interconnexion entre les services du Ministère du Transport, de la douane, la police, la gendarmerie, les impôts, l’ONI, comment l’on s’apprête à vendre le Burkina Faso « moins cher ».

Honorablement vôtre….

Daouda Emile OUEDRAOGO

Email: [email protected]

B24 Opinion

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Il y a 2 commentaires

  1. Suspicions légitimes.
    Nos chers honorables ne peuvent ils pas acheter un ordinateur ou une tablette avec leurs indemnités ?
    Les dons chinois peuvent se décliner autrement et plus particulièrement en soutenant les populations et régions vulnérables.

  2. Merci Mr Ouedraogo,
    Merci pour ce éclairage limpide et surtout emprunt de respect qui témoigne d’un véritable dessein de faire œuvre utile. Honorables députés, puissiez vous accorder ne serait-ce qu’une contre analyse à cet écrit afin de prendre la meilleure décision pour le Burkina Faso.
    Bien à vous,

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