Insécurité au Burkina : “Tanwalbougou, une véritable poudrière”, selon la CNDH

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« Le village de Tanwalbougou constitue une poudrière avec des communautés qui se regardent en chien de faïence ». Telles sont les affirmations faites par la Commission Nationale des Droits Humains lors d’une conférence de presse animée ce lundi 22 juin 2020 à Ouagadougou sur les conclusions d’une mission de monitoring sur les faits des 12 détenus morts à la bridage de gendarmerie de Tanwalbougou.

 « Au quotidien, il y a plein des cas d’exactions qui traduisent jusqu’à quel degré la situation sécuritaire est vraiment pourrie. C’est le mot qu’il faut dire… et il faut reconnaître que toutes les communautés sont touchées », déplore le président de la Commission Nationale des Droits Humains (CNDH), Kalifa Rodrigue Namoano face à la presse.

Kalifa Rodrigue Namoano, président de la CNDH

Mais pour Tanwalbougou, il dira que «le village de Tanwalbougou constitue une véritable poudrière avec des communautés qui se regardent en chien de faïence et des risques très élevés d’affrontements intercommunautaires. Aucun membre des différentes communautés sur place ne peut jouir pleinement de sa liberté d’aller et de venir sans risque d’être arrêté, exécuté ou enlevé »,  dit-il.

Sur la base des informations collectées sur le terrain,  une personne ressource de la communauté Gourmantché citée par le président dans sa déclaration, a laissé entendre que : « il est pratiquement difficile pour un Moaga ou un Gourmantché d’aller au-delà de plus d’un km de Tanwalbougou sans être exécuté».

 « Il n’est plus quasiment possible pour les membres de ma communauté d’accéder au marché, au moulin et au centre de santé de Tanwalbougou», témoignait une autre personne ressource de la communauté peulh.

Les communautés et les forces de sécurité présentes dans la localité se rejettent mutuellement la responsabilité d’une telle dégradation du climat sécuritaire et social. Mais de l’analyse  des informations recueillies,  la structure nationale de défense des droits humains pointe du doigt le foisonnement des groupes armés non identifiés dans la zone, la rupture de confiance avec les Forces de Défense et de Sécurité (FDS) et les Volontaires de la Patrie  (VDP).

« La présence des FDS, aidées dans leurs opérations par les VDP, censée rassurer l’ensemble de la population, semble selon bien des interlocuteurs rencontrés, constituer pour une partie des habitants une source d’insécurité entraînant ainsi une rupture totale de confiance entre elles et les communautés. Leurs interventions sont de plus en plus décriées, dénoncées et condamnées par une partie de la population qui se sent stigmatisée et particulièrement ciblée », rapporte toujours le président.

Des constats et confidences, la CNDH a formulé une série de recommandations avec destinataires dont la mise en œuvre urgente, selon elle, contribuera à améliorer la situation sécuritaire et sociale, le respect des droits humains et le renforcement de la cohésion sociale à Tanwalbougou.


Quelques recommandations 

 «Organiser dans les meilleurs délais un cadre de dialogue inter-communautaire impliquant tous les leaders coutumiers, religieux, les forces de sécurité, les autorités administratives, les VDP, les personnes ressources et les élus de la région, afin de réfléchir sur la crise et identifier des réponses urgentes.

– Développer et mettre en œuvre à Tanwalbougou des actions de rétablissement de la confiance entre les FDS et les populations de toutes les communautés confondues, d’une part, et d’autre part, entre les différentes communautés elles-mêmes

– Mettre en œuvre au niveau local et sous le leadership des leaders religieux et coutumiers des différentes communautés vivant à Tanwalbougou, des actions de communication sur la cohabitation pacifique, la cohésion sociale et le vivre ensemble.

– Organiser une rencontre d’échange franc et direct entre le Gouverneur, les responsables de la sécurité et les autorités coutumières et religieuses de Tanwalbougou.




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