Tribune de Maixent Somé |Le piège du mensonge

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Ceci est une tribune de Maixent Somé sur la situation nationale.

Après les chefs religieux, les chefs traditionnels, les conseillers municipaux, les maires ; bref tous les leaders des communautés assaillies par les groupes criminels en tout genre dont les groupes terroristes, un nouveau palier est franchi avec l’attaque hier, du convoi du président du CSC.

Mais à y regarder de plus près, c’est la deuxième attaque de ce genre car l’attaque du convoi des employés de la mine d’or de Semafo visait d’une certaine manière déjà le même type de cibles : les privilégiés de la capitale…

Ce qui nous ramène au rapport de l’Assemblée nationale préconisant le report d’un an des élections législatives.
Tout comme au Mali où le CFOP (Chef de file de l’opposition politique, NDLR) a été kidnappé lors de la dernière campagne électorale, les députés de l’Est et du Nord ont de sérieuses raisons de s’inquiéter.

En particulier ceux qui ont déserté leurs circonscriptions depuis une période suffisamment longue pour ne plus avoir une réelle connaissance du terrain et un réseau de soutiens assez puissant.

Mais ne pas y organiser les élections, c’est reconnaître publiquement que ces zones sont désormais hors du contrôle de l’État.
Et c’est dire explicitement à ces populations que l’État les abandonne à leur triste sort.

Tel est le piège dans lequel la classe politique burkinabè s’est enfermée. Dans une posture nationaliste de mauvais aloi, elle a nié la réalité, criant au complot face à toutes les études sérieuses. Et pour contenter le public de Ouagadougou, les autorités ont lancé à partir de 2018 les FDS dans une politique du chiffre.  Il fallait montrer des trophées au peuple de la capitale. Aligner les records de nombre de terroristes neutralisés. Cela remonte le moral !

Or depuis la guerre américaine du Vietnam, on sait que lorsque l’état-major ne communique plus que sur le nombre d’ennemis abattus, la guerre n’a plus d’objectif stratégique ; et on est moins regardant sur qui on comptabilise comme ennemis abattus.

Le contraste est frappant avec la Côte d’Ivoire voisine. Certes, elle n’a subi que deux attaques terroristes à ce jour. Mais dans les deux cas, des enquêtes ont été immédiatement diligentées, et les terroristes ainsi que leur chaîne logistique identifiés.

Si nous avions contre-attaqué avec les FDS, la police judiciaire, la police scientifique et la justice EN MÊME TEMPS et de manière bien coordonnée et agencée, nous aurions eu de meilleurs résultats dans cette lutte car c’est par les enquêtes que l’on démantèle les réseaux criminels.

Il y a ceux qui portent les armes, ceux qui font le renseignement, ceux qui assurent la logistique, ceux qui écoulent le produit des rapines, etc… C’est toute une chaîne qu’il faut démanteler et non juste éliminer ceux qui portent des armes car ils sont immédiatement remplacés !

Et l’armée n’est ni formée, ni équipée pour faire finement des opérations de police !

Les ONG de défense des droits de l’homme, qu’elles soient internationales ou nationales sont pourtant pointées du doigt comme étant des empêcheurs de casser du terroriste en paix.

Et pourtant, ces organismes ont raison. Elles n’ont jamais dit de ne pas tuer ceux qui combattent les armes à la main.
Sauf que ceux-là ne sont que la face immergée de l’iceberg !

Les autres, tous les autres sans lesquels ces groupes armés ne pourraient pas fonctionner, seules des enquêtes permettront de les identifier et de les confondre de manière certaine et indiscutable.

On ne peut pas butter des civils sans armes sur simple dénonciation ou soupçon. Le résultat, c’est ce que nous voyons depuis 2018 : la facilitation du recrutement des groupes armés irréguliers !

« Ce n’est que confrontés eux-mêmes aux mêmes dangers que la population, que les politiciens ouvriront enfin les yeux ! »

C’est ainsi que nous sommes passés du groupuscule isolé de Malam Ibrahim Dicko (Ansarul Islam) à Djibo, à un cancer généralisé dans le Soum et à l’Est ; et qui est en train de se métastaser dans d’autres régions !

Cette réalité, la classe politique s’y retrouve enfin confrontée, sans échappatoire ! C’est pour cette raison que j’ai toujours été pour la tenue à date des élections malgré la crise sécuritaire. Ce n’est que confrontés eux-mêmes aux mêmes dangers que la population, que les politiciens ouvriront enfin les yeux !

Le contraste entre la réaction des autorités à la pandémie du COVID-19 et leur gestion du terrorisme depuis 5 ans est particulièrement éclairante à ce propos ! Le COVID-19 frappait d’abord la capitale, et par le haut !

Cela change tout !

Lors d’une fameuse conférence à l’IFRI en juillet 2012 sur les défis du Sahel avec un zoom sur le cas du Mali, Laurent Bigot rapportait les confidences de Mustapha Limam Chaffi, alors conseiller spécial du Médiateur de la CEDEAO dans la crise malienne, Blaise Compaoré : « Tout le Mali peut s’effondrer, pourvu que Bamako tienne. Et ils iront se battre là-bas pour une parcelle de pouvoir ».

Ce « tant que la capitale tient » n’est pas qu’une vue des politiques, ils sont confortés dans cette posture par l’armée française qui ne s’en cache pas :  Jamais ils ne permettront aux groupes terroristes de prendre une capitale au Sahel. Et nos chefs militaires sachant cela ne se foulaient plus la rate. Ils sont tous à Ouaga, bien en sécurité…

Et dans une certaine mesure, toute la Nomenklatura ouagalaise est dans le même état d’esprit comme l’a montré le dernier sondage de l’Afrobaromètre. La société civile y compris.

Seulement voilà. Ceci n’est valable que pendant une transition ou en cours d’une législature.

Mais en année électorale, il faut bien aller chercher des voix dans le reste du pays pour pouvoir venir se battre à Ouagadougou pour une parcelle de pouvoir !

Il n’y aura pas de transition de trois ans pour vous sauver la mise !
No way !

Maix.

B24 Opinion

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