Un citoyen vivant au Congo écrit au Président du Faso

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Ceci est une lettre ouverte adressée au Président du Faso de la part d’un citoyen burkinabè vivant au Congo.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de ma très haute considération.

Permettez-moi de vous adresser cette lettre pour exprimer un cri de cœur sur la situation des burkinabè résidents au Congo. Je ne me pardonnerais jamais si je quittais ce pays sans vous alerter sur certaines préoccupations, qui si elles sont résolues, permettra d’améliorer la vie de nos concitoyens au Congo.

En effet, l’absence d’une représentation forte de notre diplomatie au Congo cause énormément de tort à nos compatriotes. Autrement, la communauté burkinabè a grand besoin d’une représentation résidente, ne serait-ce que d’un consul honoraire.

Le Président, il nous est revenu que lors de votre dernier passage au Congo, précisément le 08 août 2016, vous aviez fait des promesses à la communauté, notamment celle de leur nommer un consul honoraire. Vous êtes bientôt à la fin de votre mandat et la communauté burkinabè vivant au Congo ne désespère pas que vous tiendrez parole. Mais en attendant, sachez que les conditions dans lesquelles ils vivent sont intenables.

De la difficile condition de vie de nos compatriotes

Monsieur le Président, vos compatriotes sont assez nombreux et dispersés dans différentes villes du Congo. Ils travaillent dans des champs, sur les sites miniers, et dans bien d’autres domaines sans aucun suivi, aucun conseil, sans personne pour les défendre, ni défendre leurs intérêts.

Comme vous le savez, à ce jour, les Burkinabè ne sont pas officiellement recensés au Congo. Ils ne peuvent donc pas se faire établir officiellement de carte de résidence. L’Etat du Congo exige dans la liste des dossiers à fournir pour bénéficier de ce précieux document, la carte consulaire, pièce à laquelle les burkinabè ne peuvent prétendre certainement à cause de l’absence d’une autorité légalement désignée pour leur en établir.

Monsieur le Président, saviez-vous que certains de vos compatriotes sont obligés de s’approprier des identités d’autres nationalités afin de pouvoir vivre librement et dignement au Congo ? Certains sont obligés d’utiliser des documents illégaux pour échapper aux différents contrôles dans ce pays d’accueil.

Saviez-vous qu’il existe ici au Congo des Burkinabè qui se font emprisonnés à tort ou à raison sans aucune possibilité d’avoir un accompagnement tout simplement parce qu’ils n’ont pas de représentation de notre pays qui pourrait les assister.

Il arrive que certains de nos concitoyens perdent la vie et que la communauté reste dans l’impossibilité de pouvoir informer leur famille.  Pire, le fait que certains possèdent des documents d’autres nationalités rend encore plus difficile la traçabilité afin de remonter à leur famille au pays. Les exemples peuvent être multipliés pour montrer les souffrances endurées par les Burkinabè vivant au Congo ainsi que la nécessité de la présence d’une autorité pour les assister et les accompagner.

Des opportunités économiques à saisir

Le Président, en dehors de ces cas sociaux, il existe aussi des motifs d’ordre économique dont pourrait bénéficier notre pays si nous nous organisons. Plusieurs de nos compatriotes résidents au Congo et évoluant dans différents secteurs (affaires, agriculture, élevage, forage, etc.) ont su faire preuve d’abnégation dans leur travail, et sont des exemples qui valorisent la notoriété de la diaspora burkinabè vivant à l’extérieur.

Ces concitoyens ne demandent qu’un accompagnement de l’Etat pour avoir plus de crédibilité vis-à-vis de leur pays d’accueil et faire bénéficier non seulement leur pays mais aussi pouvoir partager leur expérience avec leurs frères restés au pays. Tous ces travailleurs Burkinabè ne demandent que plus de reconnaissance et un accompagnement pour pouvoir mieux valoriser et aider notre pays à relever les défis notamment sécuritaire et sanitaire dont il est confronté.

le Président vos conseillers en diplomatie pourraient être amenés à justifier que le Congo a déjà une représentation légale à travers l’Ambassade du Gabon. Je n’ai pas la prétention de pouvoir juger les missions régaliennes d’une autorité dont j’ignore les tâches.

Mais, M. le Président, la mise en place d’un consul honoraire au Congo est une forte attente de notre communauté et sera très bénéfique pour les échanges commerciaux entre nos deux pays. Depuis le 08 octobre 2015 le Burkina n’a plus eu de consul honoraire au Congo. Cela est inexplicable vu le nombre de Burkinabè qui y résident, vu l’expertise Burkinabè que nous pourrions apporter dans le domaine agricole, vu la capacité d’augmentation des échanges commerciaux que cela pourrait créer et enfin vu tous les soucis cités plus hauts que vivent nos compatriotes.

Une décision sans enjeu financier majeur

Monsieur le Président, je ne doute pas un instant que vous avez le pouvoir de faire vérifier toutes ces informations à travers tous les organes existants (Ambassade du Gabon, Ministère des affaires étrangères, Ministère des Burkinabè de l’étranger). Je suis certain que vous avez aussi le pouvoir de répondre positivement à votre promesse.

Sauf erreur, en parcourant le décret N°2003- 283/PRES/PM/MAECR portant réglementation de la fonction de Consul honoraire du Burkina Faso à l’étranger, j’ai cru comprendre que cette fonction ne saurait coûter financièrement à notre pays. 

Le Président, je ne suis qu’un citoyen lambda, résident actuellement au Congo et appelé à quitter ce pays à tout moment. J’ignore si la formule que j’utilise pour m’adresser à vous est la bonne. Si ce n’est le cas, je vous prie M. le Président de m’excuser d’avance. Mais je vous demande de grâce de ne tenir compte que du fond de mes propos.

Je ne saurai terminer cette lettre sans vous transmettre mes chaleureuses salutations et souhaiter que le bon Dieu vous guide et vous accompagne pour qu’ensemble avec tous les Burkinabè, nous relevions les défis qui s’impose à notre cher pays.  

Cordialement,

Oumar TRAORE

Un burkinabè vivant au Congo

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