Burkina Faso : « Yaaba », la déplacée interne de Arbinda qui assainit une usine de Banfora

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Suite aux attaques perpétrées par les groupes terroristes sur le territoire burkinabè, le nombre de mendiants s’est multiplié dans la ville de Banfora. Cependant, certains déplacés internes tentent de retrouver leur dignité. Sont de ceux-là Awa Pafadnam, une cinquantenaire qui exerce le métier de balayeuse dans une unité de transformation de mangues à Banfora.

« Traumatisée par les événements » des attaques terroristes qui ont sévi dans son village situé au Nord du Burkina, Awa Pafadnam ne se rappelle ni avec exactitude, ni approximativement de la date où elle a quitté sa case pour cette aventure subite.

Un départ d’un autre genre qui a la particularité de nourrir l’espoir  de lendemains bien plus sombres et la résignation à tout quitter pour une destination inconnue. Dans sa  «fuite » de la mort, la cinquantenaire qui a parcouru des dizaines de kilomètres à pieds avec pour seule valise la tenue qu’elle portait sur elle, est toujours hantée par les souvenirs de la terreur.

« Quand les terroristes sont arrivés cette nuit-là, nous avons fui pour nous cacher dans nos cases. Ils ont tué beaucoup de nos proches avant de menacer d’en finir avec toute personne qu’ils trouveront à leur prochain assaut », confie la survivante au cours de notre entretien du 23 juin 2020 à Banfora.

« J’ai parcouru trente kilomètres à pieds »

Malgré la riposte engagée par les Forces de défense et de sécurité (FDS) pour le retour de la paix, la population déjà accablée par le poids de la psychose commencera à abandonner les lieux. A l’aide de charrettes attelées à des ânes, de tricycles, de vélomoteurs ou même à pieds, tous les moyens étaient bons pour quitter « le village de l’horreur ».

En avril 2020, le Conseil national de secours d’urgences (CONASUR) a annoncé des chiffres de 838 500 déplacés internes au Burkina Faso. Ces déplacements aux allures du « sauve qui peut » sont réalisés dans des conditions les plus difficiles.

« Personnellement, j’ai parcouru 30  kilomètres à pieds avant de trouver un taxi moto», affirme dame Awa. S’efforçant de lancer un sourire qui cache mal son désarrois, la victime des actes terroristes se rappelle avoir subi la crainte de la mort jusqu’à ce qu’elle arrive à Kaya, ville d’où elle a enfin embarqué dans un véhicule de transport en commun pour Banfora.

Refus de demander l’aumône

Une fois dans la Cité du paysan noir, la dame a trouvé refuge chez une connaissance pendant « quelques mois » avant d’aménager dans un logement qu’elle loue. Malgré la dislocation de sa famille avec ses trois enfants partis qui à Kaya, qui à Yalgo et des proches lâchement abattus, Awa, la déplacée solitaire qui a perdu  ses privilèges de grand-mère bien entourée, refuse de rejoindre le lot des nombreux mendiants de la ville.

Elle tente de se reconstruire en exerçant un boulot de balayeuse dans une unité de transformation qui la rémunère mensuellement à raison de 15 000 francs CFA.

Depuis lors, la déplacée de Arbinda s’est vite intégrée à Banfora où elle semble être la bienvenue. Quand « Yaaba » a manifesté son désir de travailler dans cette usine, la Cheffe d’équipe Alima Koné a jugé nécessaire de lui attribuer des tâches qui correspondent à son âge. « Je lui ai proposé de balayer le site car elle est assez âgée pour supporter les exercices physiques que les autres tâches exigent dans la chaine de transformation de mangues», explique celle qui dit être satisfaite de sa nouvelle recrue.

Grâce à ce boulot, « Yaaba » essaie de se prendre en charge en espérant retrouver un jour le village où elle s’adonnait à la production de céréales et de légumes en saison pluvieuse.

En attendant de revivre sa passion de toujours, « Yaaba » ne cesse de saluer la générosité de ses hôtes.

Aminata SANOU

Correspondante de Burkina 24à Bobo-Dioulasso

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