Tapouka, le « fou » citoyen de Bobo

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Dans la folie, il y a aussi une part de raison. C’est le moins que l’on puisse dire après la réaction « raisonnée » de Tapouka face aux nids de poule. A l’aide d’agrégats ramassés aux abords de routes et dans les caniveaux de la ville de Bobo-Dioulasso, il bouche les trous pour faciliter le passage des usagers.

Au matin de ce mercredi 2 septembre 2020, la pluie de la veille a encore rempli les nids de poule qui jalonnent certaines rues de la ville de Bobo-Dioulasso. Entrainant comme d’habitude des risques d’accident pour certains usagers de la route et des flaques d’eau en pleine figure pour d’autres.

Ce fait courant a fini par interpeller Tapouka. Un fou bien connu des lieux de cérémonie dans la ville de Bobo-Dioulasso. Avec ses moyens de bord, l’homme qui ne jouit pas de ses facultés mentales s’est donné pour mission de boucher un grand trou creusé au pied des feux tricolores implantés au rond-point de la Place du paysan sur l’avenue Binger.

 Témoins oculaires des travaux, les riverains comme la vendeuse de pain installée devant la station de distribution de carburant témoignent

« Le sable emporté par l’érosion, il y ajoute du gravier et de la terre »

« La première fois, Tapouka avait fait un remblai avec du sable. Malheureusement, les eaux de pluie ont tout emporté le lendemain. Voilà pourquoi ce matin, il est en train de procéder autrement », confie Bahkoun Keita. 

Effectivement, cette fois-ci, l’homme traité de fou procédera avec beaucoup plus d’ingéniosité. Il va d’abord vider le trou de l’eau qui y stagnait. Ensuite, il y mettra une grande quantité de gravillons ramassés non loin des lieux. A ces agrégats, Tapouka a ajouté de la terre  et plus tard du sable. Comme pour donner un aspect esthétique à son chantier, l’homme qui a perdu sa faculté mentale  termine son chef d’œuvre par une couche de résidus de charbon de bois qui lui donnera une couleur un peu grisâtre.

Entre la recherche de matériaux et la fermeture des trous, Tapouka au fil des vas et vient, quémandant de quoi « boire » de l’eau, se retrouve face à l’indifférence de plusieurs usagers de la route.

Heureusement, ce travail « très consciencieux » lui vaut parfois  l’encouragement de certaines bonnes volontés comme Tiko Sidibé. « Je lui ai donné une pièce de 50 francs car j’apprécie bien son geste. C’est dommage que d’autres personnes préfèrent l’insulter », lance le conducteur de tricycle.

Aminata SANOU

Correspondante de Burkina 24 à Bobo-Dioulasso



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