Lycée municipal de Saaba : le torchon brûle entre le personnel et la proviseure

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Matinée chaude au lycée municipal de Saaba. Ce mardi 13 octobre 2020, les élèves de cet établissement d’enseignement ont observé un mouvement de grève pour réclamer le démarrage effectif des cours.

Deux semaines après la rentrée des classes, la journée des élèves du lycée municipal de Saaba se limite encore à se présenter pour répondre à l’appel fait chaque matin et rentrer chez eux. Aucun cours n’est encore administré dans cet établissement. La raison, la proviseure du lycée et le personnel enseignant sont à couteaux tirés depuis le début de la rentrée suite à une histoire de recrutement pour complément d’effectif.

Des explications du délégué du personnel, Modeste Kaboré, tout a bien commencé lorsque la proviseure a mis en place la commission de recrutement dont elle est la présidente conformément à l’arrêté n°2018-334/MENA/SG portant réglementation des recrutements d’élèves en compléments d’effectifs.  La commission a au bout de ses travaux retenu 80 dossiers.

« Les membres de la commission ont alors proposé à la présidente, qui n’est autre que la proviseure, d’ouvrir une session spéciale pour permettre aux parents d’élèves qui n’ont pas eu la place en 2nde où il y avait 33 places disponibles de pouvoir postuler. Chose que la présidente a refusé sous prétexte que la commission se tient une seule fois », relate Modeste Kaboré.

“Madame la proviseure est en violation des textes en vigueur”, Modeste Kaboré (Délégué du personnel)

« Maintenant, poursuit le délégué du personnel, le souci qui se pose est que madame la proviseure, à elle seule, a fait un recrutement parallèle. Pendant que tout le personnel au nombre de 50 a déposé 80 dossiers, madame la proviseure elle seule a déposé 130 dossiers. Elle n’a même pas déposé, puisqu’elle refuse que ses dossiers ne passent par la commission. Nous en tant que personnel, on estime que madame la proviseure est en violation des textes en vigueur qui dit qu’aucun dossier de recrutement pour complément d’effectif ne peut se faire sans passer par la commission de recrutement ».

Faux. Rétorque la proviseure Awa Diallo qui estime qu’elle n’est en violation d’aucun texte. Selon elle, son pouvoir discrétionnaire lui permet de recruter un certain nombre d’élèves pour compléter les effectifs.

« A la commission lors du recrutement en complément d’effectif, le quota qu’on m’attribuait n’était pas du tout intéressant. Ils ont dit que nos partenaires n’avaient pas droit à des places. Alors que dans la pratique, les partenaires il faut les satisfaire. L’établissement est fait pour l’enseignement, dès qu’il y a la possibilité de recruter, il faut recruter. Si la commission de recrutement siège, le proviseur a le droit d’inscrire les élèves. Le proviseur reçoit des sollicitations de partout, de la hiérarchie, au niveau local, même de ses propres collègues », se justifie Mme Diallo.

“Mon pouvoir discrétionnaire me permet de recruter”, Awa Diallo (Proviseure du Lycée municipal de Saaba)

D’après elle, la commission siège une et une seule fois et le reste est à la charge du chef d’établissement. Il est donc hors de question que les 130 dossiers qu’elle a retenus en sus de ceux déjà retenus en commission soient examinés par la commission de recrutement.

« Ils ont dit que j’avais seulement droit à deux places comme les enseignants. Quand j’ai analysé la situation, je leur ai dit que j’allais prendre mes responsabilités, parce que mon pouvoir discrétionnaire me permet de recruter un certain nombre d’éléments pour compléter les effectifs. Il n’est pas de leur rôle. J’ai décidé ainsi », a-t-elle tranché.

A en croire la proviseure, le vrai problème ne se trouve pas au niveau du recrutement des 130 élèves, mais d’un contentieux qui date de depuis mars 2020, lorsqu’un certain nombre d’enseignants (32 enseignants sur 37) de l’établissement ont vu leur salaire du mois de mars suspendu pour fait de grève. Bien qu’elle reconnaisse avoir exécuté une injonction de sa hiérarchie en envoyant la liste des enseignants qui ont observé la grève, elle dit n’y être pour rien dans la suspension des salaires.

De chaque côté, on se dit prêt au dialogue, mais véritablement personne ne semble disposer à faire des concessions. Pendant ce temps, les élèves continuent d’accumuler des semaines sans cours et menacent d’engager des actions plus fortes.

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