Affiliation à la mouvance : « On n’a pas besoin d’accueillir ni le CDP, ni l’UPC » (Daouda Simboro)

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Longtemps absent dans les médias après sa démission de l’Assemblée nationale et de l’Union pour le progrès et le changement (UPC), Daouda Simboro a renoué avec les sorties médiatiques à la faveur d’une interview accordée à Burkina24 le mardi 15 décembre 2020. Une occasion pour lui de revenir entre autres sur ses relations avec ses anciens camarades de l’UPC, la vie de son nouveau parti politique, le Mouvement pour le Burkina du futur (MBF), affilié à la majorité présidentielle. Le député réélu de la Kossi s’est également prononcé sur la nouvelle configuration politique établie depuis les élections du 22 novembre 2020.

Burkina 24 (B24) : Comment s’est passée votre vie politique après votre démission à l’Assemblée nationale ?

Daouda Simboro : Merci déjà de reprendre contact avec moi à la faveur de ces élections qui viennent de s’achever, qui ont été bien conduites dont les résultats sont en tout point de vue satisfaisants à titre individuel et à titre collectif.

Alors c’est vrai, je profite rappeler que j’ai quitté l’Assemblée nationale en début novembre 2019 pour retourner comme je l’ai dit à mes anciennes amours, qui est la banque. J’ai marqué une pause médiatique pendant 3 à 6 mois. Je ne me suis pas fait entendre, mais ce n’était pas pour autant que je n’étais pas actif politiquement.

Parce qu’en quittant l’assemblée j’avais officiellement quitté l’Union pour le progrès et le changement (UPC), parti avec lequel j’avais brigué le mandat électif de novembre 2015. Cette démission me libérait par le même coup, mais ne mettait pas fin à mes activités politiques, parce que j’ai un contrat avec ma province. J’ai un contrat aussi avec une frange de la jeunesse qui m’a montré que le chemin que j’ai emprunté pouvait s’avérer être un exemple pour bon nombre d’entre eux. Du coup, je n’avais plus, moralement, la possibilité de m’arrêter politiquement.

Rapidement, je me suis donné au Mouvement pour le Burkina du Futur (MBF), parti avec lequel je suis allé à l’assaut des mandats électifs du novembre 2020, et vous connaissez les résultats. Il n’y a pas eu véritablement une pause mais c’est médiatiquement que je me suis volontairement soustrait des projecteurs.

B24 : Vous vous êtes soustrait des projecteurs, mais vous avez continué le travail politique et votre parti, à peine créé, a raflé 4 sièges à l’Assemblée nationale. Dites-nous, quel est votre secret ?

Daouda Simboro : Il n’y a pas de secret. Je devrais me réjouir déjà de constater que les gens apprécient positivement ce résultat.  Mais c’est comme j’ai eu parfois l’occasion parfois de le dire, personnellement ça sonne comme un air d’échec, parce que dans les planifications, nous étions à même d’avoir le double de ce que nous avons eu. Mais on dit que la part que Dieu vous réserve, vous ne pouvez pas outrepasser cela. Donc pour tout ça, nous rendons grâce à Dieu et nous remercions les populations du Burkina Faso qui nous ont fait confiance et qui nous ont permis d’arracher ces quatre sièges. 

Pour revenir à la question proprement dite, il n’y avait pas de secret. Nous avons eu 3 sièges sur des listes provinciales et un siège sur la liste nationale. Je rappelle que nous n’avons présenté que 17 listes provinciales. Pour la liste nationale, quand des partis ont proposé des listes dans les 45 provinces, ils n’ont pas pu décrocher un seul siège. Nous n’avons présenté que 17 listes et de ces 17 listes provinciales, il en ait résulté un siège sur la liste nationale, ce qui en soit est un exploit. Avec moins du tiers de présence sur le territoire national, nous avons eu un siège sur la liste nationale, ça c’est en soit un exploit.

Mais il n y’a pas de secret. Les trois qui ont été élus sur les listes provinciales, c’était trois personnes anciens députés bien sûr, mais profondément attachés à leurs provinces, aux populations de leurs provinces et aux aspirations également de leurs provinces qu’ils s’efforçaient de prendre en charge dans la mesure du possible.

Ce sont des gens qui n’avaient pas besoin de grands moyens financiers, mais notre présence permanente tout au long du mandat qui est en train de s’achever, nous garantissait une part de sympathie, une part d’acceptation et c’est ce qui a fait que malgré l’adversité, malgré la débauche financière que certains partis se sont livrés sur le terrain, nous avons quand même conservé nos mandats et nous avons arraché en plus un siège sur la liste nationale. Voilà ce que je peux dire.

B24 : Vous l’avez rappelé, vous êtes démissionnaire de l’UPC. Actuellement, quel est l’état de vos relations avec ce parti ?

Daouda Simboro : De façon formelle avec le parti, nous n’avons aucune relation. Nos derniers entretiens datent du 29 octobre 2017 si je m’abuse et après ça, il n’y a pas eu de rencontre formelle, si ce n’est que nous nous sommes entrainés un certain moment devant les juridictions par rapport à l’utilisation du sigle et des symboles de l’UPC. Ce qui ne nous posait pas de problème parce que tranquillement nous sommes débarrassés pour continuer notre vie parlementaire comme le règlement de l’Assemblée nationale le permettait. En dehors de cela, jusqu’à ce jour, il n’y a pas de contact formel entre l’UPC et les députés qui avaient formé le groupe parlementaire Renouveau Démocratique.

Par contre à titre personnel, il y a des amitiés qui ont survécu à cette crise-là. Chacun a peut-être entretenu ses relations avec certains députés, certains membres du BPN (Bureau politique national, ndlr), certains militants de l’UPC sans que pour autant que cela ne puisse être qualifié de relation assez formalisée qui puisse impacter l’avenir de l’un ou de l’autre parti, à savoir nous le groupe, et de l’autre côté, le parti UPC.

B24 : Durant cette crise, des cadres et militants vous avaient qualifiés de taupe ou de personne cherchant à aller à la soupe. Après votre démission de l’Assemblée nationale, vous avez été Directeur général de la Banque agricole du Faso. Ces militants UPC pouvaient y voir une récompense politique…

Daouda Simboro : [Suivez la réponse dans cette vidéo]

 

B24 : Votre parti, le Mouvement pour le Burkina du futur (MBF), est affilé à la majorité présidentielle. Est-ce qu’il en sera de même pour le mandat qui débute ?

Daouda Simboro : Il n y’a pas de raison. On a accompagné un candidat, je l’ai toujours clamé et ne m’en cache pas. J’ai dit depuis le mandat qui s’achève, allons soutenons le président qui a été élu en novembre 2015. Aujourd’hui, on s’est engagé à ses côtes, mais je rappelle qu’en son temps, on n’avait pas battu campagne avec lui.

Mais maintenant, nous avons parcouru les 13 régions du Burkina avec lui, à ses côtes, en assumant son bilan, en nous engageant dans les perspectives et les promesses qu’il a fait aux Burkinabè. Il n’y a pas de raison que juste aux lendemains des élections qu’on se démarque. Nous restons à l’APMP, quoi qu’il arrive.

B24 : Avec la nouvelle configuration politique actuellement, l’UPC devient la quatrième force politique parlementaire avec 12 députés, est ce que vous voyez ce parti rejoindre la majorité présidentielle ?

Daouda Simboro : Aujourd’hui, la position de l’UPC ne me fait ni chaud ni froid. Mais ce que je vois c’est la position que le MBF occupe. Et aujourd’hui, le MBF est la sixième force nationale. En terme relatif, c’est la première force nationale.

B24 : Expliquez-nous cela…

Daouda Simboro : Parce qu’aucun parti n’a fait la performance du MBF, excepté peut-être le NTD (Nouveau temps pour la démocratie, ndlr) que j’admire à travers ses performances. Mais j’aurais aimé avoir leurs infrastructures pour montrer ce que nous aurions pu faire. Comme je l’ai dit à certains endroits, le MPP (Mouvement du peuple pour le progrès, ndlr) n’a fait une marche de progression que d’un député, le CDP (Congrès pour la démocratie et le progrès, ndlr) n’a fait une marche de progression que de deux députés.

Vous voyez déjà que ces deux sont derrière nous en termes de marge de progression. Le NTD qui a fait le bond spectaculaire et jusqu’à présent je sais déjà que beaucoup se demandent ce qui justifie ce bond spectaculaire-là. Ensuite l’UPC qui a fait la plus grande débâcle. C’est une débâcle, c’est triste, mais je ne vais pas chercher la paternité de ce score-là. Quand on passe de 33 députés à 12 députés, c’est à eux de chercher les raisons. Je souhaite qu’ils ne trouvent pas pour continuer de baisser. Après ça, il y a l’UNIR qui a stagné avec cinq députés et nous qui venons avec 4 députés.

Vous voyez que si on enlève toutes ces raisons, dans le pire des cas en valeur relative, nous sommes la deuxième force. Si on intègre les paramètres en termes de participation active aux gouvernements, de possibilité de placement des cadres que nous n’avons pas eu, si on occulte tous ces éléments là, nous sommes la première force du pays en tout cas ce qui est matérialisé, ce que les élections de novembre 2020 permettent de mettre en évidence.

B24 : A vous écouter, vous avez toujours une dent contre l’UPC, s’il advenait que ce parti rejoigne la majorité, comment allez-vous cohabiter vu vos antécédents ?

Daouda Simboro : [Suivez la réponse dans cette vidéo]

 

B24 : Parlons maintenant de ce second mandat de Roch Kaboré, quelles sont, selon vous, les trois (3) priorités que le président devrait s’atteler à réaliser?

Daouda Simboro : Je pense qu’il (Roch Kaboré, ndlr) a décliné ses trois grands chantiers et il trône en tête la question sécuritaire. Maintenant, après, nous sommes dans un pays où tout est quasiment prioritaire, mais la question sécuritaire est prioritaire. Je crois aussi que la prochaine bombe sociale, ce sera le problème de l’emploi des jeunes et le président en est conscient. Aussi, il y a une question qui revient de plus en plus, c’est la question de la gouvernance y compris la lutte contre la corruption. De ces déclarations, je pense qu’il a besoin que le pays revienne sur un sentier plus civique, que le pays se débarrasse du désordre et de la corruption. J’ai entendu cette déclaration et j’en suis content.

Déjà, en termes de priorité des priorités, de régler ces trois points seraient une très grande avancée. Ensuite, c’est consolider les acquis sociaux pour permettre d’améliorer les conditions de vie des Burkinabè. Voilà ce qui se déploie sur plusieurs dimensions, mais bien sûr j’ai confiance, il a entièrement la possibilité d’atteindre de très bons résultats et sur ces chantiers.

B24 : Il y a aussi cette question de la réconciliation nationale. Quelle est votre analyse sur le sujet ?

Daouda Simboro : Je ne sais pas quelle est la conception du chef de l’Etat à ce niveau, mais c’est un engagement de campagne, c’est ce que j’ai noté. Personnellement, je vois la question de la réconciliation nationale sur une dimension plus générale que ce qui nous est régulièrement donné de voir dans la presse, ou quand des associations ou des partis politiques en font leur fonds de commerce.

La question de la réconciliation ne doit pas concerner un groupe d’individus qui s’est éloigné du Burkina à la faveur de l’insurrection. C’est comme le président a eu l’occasion de le dire, la question de la réconciliation concerne les Burkinabè qui ont des problèmes depuis les années de l’indépendance. Si on part de ce postulat, c’est quel cadre il faut imaginer pour que ça ne soit pas un échec à l’image de la journée du pardon que nous avons déjà connu ?

Quels acteurs impliqués pour s’assurer que si réconciliation il y a, ce sera une procédure de réconciliation acceptée par tous ceux qui se sont  sentis à un moment donné lésés ou en conflit, soit avec la république ou les représentants de la république. C’est ce que j’essaie d’imaginer.

A titre personnel, pour ceux qui sont partis à l’issue de l’insurrection, je ne vois pas la nécessité d’organiser une journée, de consacrer des ressources pour une réconciliation qui va être juste foraine, parce que j’ai remarqué que la plupart de certaines personnes qui sont sorties après l’insurrection, beaucoup sont revenues tranquillement et certains se sont même permis d’être candidats aux élections présidentielle et législatives au Burkina Faso.

En réalité, je ne pense pas qu’il y a une rigueur qu’on applique à ceux-là qui se sont exilés. A la limite je considèrerais que ce sont des exilés volontaires. Comme ce que le président l’a dit, chacun peut revenir. Ils pourraient même nous éviter d’organiser des fora de réconciliation en venant répondre devant la justice, en acceptant les sentences qui vont être prononcées, en reconnaissant leurs fautes. En ce moment le président peut même prendre une loi d’amnistie pour tenir compte de cela dans leur peine.

Mais je ne suis pas le chef de l’Etat, il a fait une promesse et je lui fais confiance. Il saura trouver le bon moyen pour que ça ne soit pas une réconciliation au bout des lèvres ou qui va présenter les mêmes facettes que la Journée du pardon que nous avons connue par le passé.

B24 : Mais il y a le cas de l’ancien président Blaise Compaoré qui est assez spécial. Il est impliqué dans le dossier Thomas Sankara, par exemple. Son retour au pays, selon vous, pourrait faire des remous ou donner un élan à cette réconciliation nationale ?

Daouda Simboro : Les Burkinabè qui s’alignent derrière un responsable politique fut-il ancien chef de l’Etat devraient savoir fondamentalement que Blaise Compaoré fut-il ancien président, reste un Burkinabè comme les autres. Maintenant, s’il y a des dispositions constitutionnelles qui lui garantissent certains droits mais qui ne l’exemptent pas de se présenter devant la justice, il faut qu’il vienne devant la justice.

Il reste un justiciable. A ce titre, je pense la fonction qu’il a incarnée, la dignité qu’il a revêtue, ce qu’il a transmis à l’extérieur l’obligent en principe à venir de lui-même pour répondre devant la justice de son pays qu’il a contribué à mettre en place et à consolider. Pourquoi se soustrairait-il de cette justice-là ? Je crois et si j’avais été à sa place, personne ne me demandais de venir. Je viendrais moi-même répondre à la justice. Advienne que pourra !

B24 : Nous sommes au terme de cette interview, avez-vous un dernier mot ?

Daouda Simboro : C’est vous remercier de  me permettre de m’adresser encore une fois aux Burkinabè et de remercier les militants qui ont fait confiance à Daouda Simboro, ceux de la Kossi principalement et inviter la jeunesse à regarder tranquillement aujourd’hui pour faire un choix afin de contribuer à écrire une nouvelle page de l’histoire. C’est maintenant que cela doit se faire. Il est temps que chacun s’engage politiquement, à respecter des valeurs et à participer à l’écriture des prochaines pages de l’histoire de notre pays.

Propos recueillis par Ignace Ismaël NABOLE



Ignace Ismaël NABOLE

Journaliste reporter d'images (JRI).

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