Démocratie au Burkina Faso : La contribution des médias auscultée

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Dans le cadre des commémorations de l’assassinat du journaliste Norbert Zongo, l’association Citoyen du Renouveau a organisé un panel ce mardi 15 décembre 2020. L’activité portait sur le thème « Contribution des médias à l’enracinement de la démocratie et de l’Etat de droit au Burkina Faso : Etat des lieux et défis ». Un film documentaire sur le Burkina Faso a également été diffusé à cette occasion.

Les panélistes se sont entretenus sur des questions tels que l’état des lieux de la contribution des médias à l’enracinement de la démocratie. Là-dessus, Baba Hama, ex ministre de la culture, a expliqué que depuis l’assassinat de Norbert Zongo, la presse au Burkina Faso a travaillé de façon à obtenir un bon niveau de liberté et qu’il y a des progrès en matière de liberté et de pluralité de la presse depuis quelques années.

Boureima Ouédraogo, directeur de publication du journal « Le Reporter »,  est allé plus loin sur la question en faisant comprendre que depuis la 4ème république, les médias de propagande ont laissé la place aux médias d’information et de critique tant les médias privés que les médias d’Etat. Ce qui a participé à l’ancrage de la démocratie au Burkina Faso.

Cependant, il a déploré certaines insuffisances liées au contexte médiatique burkinabè. Pour lui les citoyens estiment que ce sont les médias qui doivent être les défenseurs de leur situation personnelle, en oubliant que « ce n’est pas le travail des professionnels de médias d’aller défendre un certain nombre de dossiers dans la rue ».

« A l’heure actuelle les journalistes sont beaucoup plus dans le factuel »

Baba Hama, lui a laissé entendre qu’à l’heure actuelle les journalistes sont beaucoup plus dans le factuel et se limitent à la publicité institutionnelle : « les éditoriaux manquent, les commentaires manquent, les analyses manquent ». Boureima Ouédraogo lui, a déploré le fait que « beaucoup » de journalistes se laissent prendre par une opinion de la sensation qui voudrait que « le bon journaliste soit celui qui insulte ».

Sur le sort des entreprises de presse, il a fait savoir que la plupart de celles-ci sont dans une précarité extraordinaire, mettant ainsi les journalistes dans l’incapacité de faire leur travail de façon indépendante.

Suite à ces constats, les défis à relever pour les médias ont également été portés sur la table. Les panélistes on fait d’abord comprendre que ce n’est pas le travail des médias de s’approprier les dossiers d’autrui pour aller porter plainte mais qu’ils peuvent apporter une contribution en accompagnant, en médiatisant, en faisant en sorte que l’opinion puisse être mobilisée.

Les médias doivent proposer des « produits alléchants »

Pour Baba Hama, le journaliste a à se former, à respecter les règles et principes journalistiques, à enrichir sa culture générale, à suivre le parcours des acteurs socio-politiques de son pays, à travailler à la vulgarisation des principes et valeurs de la démocratie. Cela afin de devenir un journaliste professionnel, « techniquement compétent, intellectuellement bien formé et travaillant de manière indépendante », à l’image de Norbert Zongo.

Par rapport aux conditions d’existence des médias, il a expliqué que pour que les entreprises se portent bien, il faut proposer « des produits alléchants ». « Si l’audimat augmente, si le lectorat augmente, l’argent rentre et si l’argent rentre on va pouvoir quand même rémunérer à leur juste valeur le travail intellectuel qui est fait donc par les journalistes », commente-t-il.

Boureima Ouédraogo a rebondi sur cette question en faisant comprendre qu’il faut faire en sorte que l’on puisse travailler à avoir un cadre économique favorable au développement de vraies entreprises de presse afin que les professionnels des médias puissent vivre dignement de leur travail. « Ce qui les amènerait à avoir une certaine distance avec les pouvoirs d’argent et les pouvoirs politiques », dit-il. Il a notifié que cela appelle à des reformes sur les questions de fiscalité et sur celles liées à la subvention des médias.

Vers « une banalisation » des menaces subies par les journalistes

Concernant les menaces et intimidations exercées sur les journalistes, Boureima Ouédraogo s’offusque : « Quand on parle de plus en plus de menaces, on a moins de réactions. Quand on porte plainte, il  n’y a malheureusement pas de suite. C’est cette impunité qui amène certaines personnes à aller jusqu’à l’irréparable».

Avant la clôture de l’activité, un film documentaire titré « Récit national : Histoire politique et luttes populaires au Burkina Faso » et portant sur « l’histoire socio-politique du Burkina Faso de 1919 à 2009 » a été diffusé.

Josué TIENDREBEOGO (stagiaire)

Burkina 24



Rédaction B24

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