Soixantenaire de l’indépendance à Banfora : Les déplacés internes n’ont pas eu la tête à la fête

Banfora a accueilli la célébration des 60 ans de l’indépendance du Burkina Faso le vendredi 11 décembre 2020. Entre défilé, buffets garnis et autres activités fastes, la fête se vit dans tous les coins et recoins de la ville. Sauf les sites d’accueil temporaires habitant les déplacés internes comme à « Flabouguouni », la zone non lotie de l’ex cimetière où Burkina24 a rencontré des dizaines de femmes.

 

Dans la zone non lotie de l’ancien cimetière de Banfora, les habitants n’ont pas la tête à la fête. Plutôt préoccupés par la recherche de leurs pitance quotidienne, ils vivent ce vendredi 11 décembre à l’image des autres jours : Tristesse, incertitude, privation, une vie hantée par le seul souci de trouver de quoi tromper la fin. Et ce depuis qu’ils ont fui la mort en abandonnant proches et biens il y a de cela 10 mois qui de Djibo, Arbinda, Guorgadji, Combory et autres localités situées dans «la « zone rouge ».

Il est 9h quand nous arrivons au domicile de A.D. Assise sur une natte, la trentenaire s’attèle à coiffer sa fille. Sur la raison de leur présence sur les lieux, elle en appelle aux témoignages de Adja, une petite fille de quatre ans qui répond aussitôt par « Mayedé» qui est l’expression de la mort en langue Fulfuldé. Elle est désormais ancrée dans tous les esprits.

« A Guorgadji. Les terroristes ont tué plusieurs des nôtres », confie cet enfant dont la famille ne vit que de faibles revenus issus des services de prestations d’aide boucher que son père offre à l’abattoir. « Nous sommes venus en catastrophe. Nous avons du mal à joindre les deux bouts. Le mois passé nous avons des boites de céréales de la part des services sociaux », confie Dame A. La mère de sept enfants avait reçu plus tôt, un foyer amélioré de l’Initiative de coopération et d’appui aux actions humanitaires et de développement (ICAHD) international.

Les adultes non plus n’ont pas encore oublié les horreurs subies. K.B du haut de ses 60 ans se rappelle comme hier de la série noire qui l’a éloignée de son Combory natal un lundi matin. « Les hommes armés ont tué mon frère ainé et mon fils à l’aube ».

A.M, une autre déplacée a vu de ses deux yeux, le corps ensanglanté de sa belle-mère dont « la balle a transpercé les deux oreilles ».

La mendicité au bout de l’espoir

A.M, âgée de 18 ans, est la seule qui n’a pas l’air d’avoir quinze ans de plus que son âge réel. En fuyant la mort, elle a aussi perdu sa vie d’agricultrice et d’artisane.

« A Arbinda, je cultivais. Je confectionnais aussi des nattes traditionnelles avec la paille et je gagnais bien ma vie. Ici, les journées sont de plus en plus longues. Les autorités nous ont plusieurs fois réunis à la mairie pour s’enquérir de nos difficultés. Mais nous n’avons pas encore bénéficié d’accompagnement substantiel», se désole-t-elle.

Depuis son arrivée dans ce site jouxtant l’ancien cimetière, elle est témoin de quatre opérations de soutien. La première qui date d’avant la tabaski et la dernière, de la veille. « Les agents des services de l’action sociale avaient donné trois sacs de maïs à notre communauté. Cette semaine, on nous a distribué du maïs pour vider les locaux afin de les aménager pour accueillir les festivaliers ».

A la fin de la parade civile et militaire ayant mobilisé 3500 personnes, des déjeuners sont offerts dans différents endroits de la ville pour les festivaliers. Mais, laissés en marge du programme, les déplacés internes ignorent tout de la fête. R.M, âgée de 50 ans, se désole de n’avoir pas de quoi « manger et se vêtir » convenablement. L’instinct de survie  réduit F.M au statut de mendiante.

Agée de 35 ans, cette mère de quatre enfants et portant une grossesse  squatte les rues de la ville pour espérer la générosité des âmes sensibles.

« La pratique de la mendicité est de plus en plus récurrente depuis l’arrivée des déplacés. On essaie de les aider parce qu’ils n’ont pas d’autres alternatives », fait remarquer le taximan Jules. Mais la dizaine d’enfants assis à l’ombre d’un arbre est loin de l’imaginer.

Pour eux, leurs mères qui rentrent parfois les bras chargés sont des lingeuses. Agés de 8 mois à 10 ans, ils n’ont que pour seul jouet, un pneu usé. Au Sahel, ils étaient confiés à un maitre coranique. Mais ici, la question de leur éducation n’est pas une préoccupation de l’heure. « Tout le monde sait qu’on ne peut pas aller à l’école sans moyens. Pour le moment, nous cherchons d’abord à survivre », se résout K.B.

Défécation à l’air libre, abris précaires

A « Flabougouni », K.M, 35 ans fait partie des « privilégiés ». Cette mère de 10 enfants dort à 13 dans une petite case qui n’a pas l’air d’accueillir plus de cinq personnes.

 

D’autres comme A.D  dorment à 8 dans des huttes de fortunes réalisées avec de la paille, du bois et une bâche en plastique. Des abris d’une précarité remarquable qui n’empêchent pas leur accès aux reptiles, encore moins aux moustiques.

L’eau potable et l’assainissement constituent un luxe inespéré pour ces familles qui s’approvisionnent dans un puits archaïque dont la margelle a pour seul aménagement, des sacs de sable déposés sur des branches d’arbres. Une natte en paille leur sert de murs de toilettes et ils ne disposent pas de WC.

A 12h quand nous quittons les lieux. A.D, âgée de 50 ans, nous montre une fois de plus les trois pierres déposées au milieu de traces de cendres. « Nous n’avons pas encore allumé de feu », ceci pour dire que rien n’a été mijoté ici depuis le lever du soleil. « Pour le moment, seuls les déjeuners et les diners sont assurés ici. On le doit beaucoup à la générosité de la population ».

 Après plusieurs coups d’œil dans tous les sens, K.D  se résout à ramasser des morceaux de branches. « Si ma fille  ramène de quoi préparer, on pourra l’utiliser pour faire du feu », commente la cinquantenaire en scrutant l’horizon.

Aminata SANOU

Correspondante de Burkina 24 à Bobo-Dioulasso



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