Tribune I « Prêts extérieurs et leur gestion : Ne nous trompons pas d’adversaire ! »

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Ceci est une tribune d’un citoyen, Henri S. TAPSOBA, sur la dette des pays africains. 

S’il y a un sujet qui fait l’actualité ces temps-ci, c’est bien celui de la dette des pays africains. Si pour les uns l’Afrique est plongée dans un goulot d’étranglement à cause du niveau élevé de la dette, d’autres par contre estiment que cette dette extérieure est maitrisée, du moins pour le moment.

D’autres encore, plus radicaux, exigent de leurs dirigeants le refus catégorique des financements venant de l’extérieur. Est-ce possible ? Est-ce vrai que lorsqu’on s’endette on tombe dans ce que d’aucuns appellent « le piège de la dette » ?

C’est vraiment paradoxal la manière avec laquelle la dette extérieure est peinte en noir quand on voit de près l’histoire de l’évolution des grandes puissances et leur dette extérieure actuelle.

Les Etats Unis que tout le monde qualifie de pays développé est en passe d’être le pays le plus endetté au monde, si elle ne l’est déjà. La dette nationale américaine n’en finit pas de s’alourdir. Plus massive que l’économie des Etats-Unis elle-même, elle a atteint 22.000 milliards de dollars en 2019.

En septembre 2020, les services du budget du Congrès (CBO) ont indiqué que la dette publique des Etats-Unis va dépasser la taille de l’économie au cours de l’exercice budgétaire 2021 et qu’elle devrait dépasser 100% du PIB en 2021 avant de se hisser à 107% en 2023, le niveau le plus élevé de l’histoire du pays.

De même, la dette extérieure de la France a atteint en fin juin 2020 un sommet historique de 2.638,3 milliards d’euros soit 114,1% du PIB. Ces pays sont endettés jusqu’au cou mais, malgré tout, enregistrent chaque année un progrès économique et social connu et reconnu de tous.

On peut donc se demander si la dette extérieure est vraiment le vrai problème au développement de l’Afrique. Après la deuxième guerre mondiale, les pays européens, asiatiques et surtout la Chine ont intensifié leurs efforts pour accroitre leurs infrastructures, mais surtout pour réaliser leur révolution industrielle. Ils se sont appuyés sur la dette extérieure pour se lever et continuent de s’appuyer sur cette même dette pour avancer.

L’Afrique, pour sa part, a été absente au rendez-vous de la première révolution industrielle, de la deuxième et même de la troisième. Aujourd’hui, le monde est à l’entame de la 4e révolution industrielle, basée sur le digital et les technologies de l’information et de la communication.

L’Afrique saura-t-elle saisir cette opportunité pour enfin entamer sa vitesse de croisière vers le développement ? En tout état de cause, sa réalité n’est pas tellement différente de celle qu’elle avait au lendemain de la seconde guerre mondiale. Elle est toujours crucialement en manque d’infrastructures aussi bien routières que ferroviaires mais aussi technologiques pour amorcer cette révolution industrielle.

La dette extérieure de l’ensemble des pays d’Afrique subsaharienne s’élevait en fin 2018 à environ à 600 milliards de dollars. Beaucoup moins que celle des Etats unis, encore moins que celle de la France.

Ces prêts extérieurs dont la vocation première est d’aider les pays africains à réaliser un pas de géant pour rattraper le temps perdu sont très souvent confrontés à un problème de gestion, d’utilisation et d’orientation, comme c’est le cas dans certains pays comme le Congo Brazzaville. L’un des problèmes actuels de la dette africaine actuelle, il faut le dire, c’est sa petitesse qui ne permet pas de réaliser des mégas projets. 

En avril 2020, contrairement à ceux qui prônent l’annulation de la dette des pays africains pour faire face à la pandémie de coronavirus, le ministre béninois de l’Économie et des Finances, Romuald Wadagni a estimé qu’un allègement de la dette ou un moratoire pour le paiement des échéances ternira davantage l’image des États et compromettra leur accès aux financements futurs.

Il insiste que le fait que les dépenses des États sont appelées à croître rapidement pour contrer la propagation de la pandémie alors même qu’il faut continuer à faire face aux défis du développement.

Le prêt extérieur en tant que tel n’est pas un problème. Il est même bénéfique et indispensable pour les pays africains si et seulement si ce prêt répond à trois principaux critères.

D’abord il doit être consistant et à très long terme avec des années de différé pour ne pas être un poids insupportable pour le pays concerné. Ensuite, il doit avoir un taux d’intérêt très bas pour ne pas engloutir les pays africains dans une spirale de dette infernale. Enfin, le prêt doit être orienté vers les secteurs structurants pour créer de la valeur ajoutée à l’économie et aux conditions de vie des populations.

Mais le prêt doit, par-dessus tout, être accompagné d’une bonne gestion par nos dirigeants. Ce n’est que par ce moyen que nous arriverons à atteindre l’objectif du développement durable tout en gardant la soutenabilité de la dette.

Le Burkina Faso, comme tous les pays du monde, contracte des prêts extérieurs pour faire face à ses défis de développement ainsi qu’au bien-être de sa population. Le montant total des emprunts de l’Etat burkinabé s’est établi à 4 253,12 milliards FCFA, soit 6 493,31 millions d’euros au premier trimestre 2020. Certains se posent donc des questions sur la soutenabilité de la dette du pays ; si elle est maitrisée,  elle est au service du développement économique et social du pays.

Dans son rapport n° 16/173 en date de juin 2016, le Fond monétaire international a soutenu qu’« en dépit d’une conjoncture intérieure et extérieure délicate, le Burkina Faso a continué d’enregistrer des résultats satisfaisants ».

De même, le 5 novembre 2018, la directrice générale de la Banque mondiale, Kristalina Georgieva a personnellement félicité le Burkina Faso pour ses performances de développement avec un taux de croissance de 6,4% en dépit de la situation difficile qu’il traverse.

Le financement extérieur, il ne faut donc pas les diaboliser ; mais les analyser, choisir le plus avantageux, le gérer de manière efficiente et bannir de nos rangs les corrompus pour en tirer le maximum de bénéfices.

Pour faire plus simple, le Burkina Faso, c’est comme une maison que nous voulons construire ensemble mais manquons de moyens. L’Etat a donc emprunté de l’argent en banque pour la construction mais d’autres personnes nous encouragent à dire « non » à ce prêt bancaire parce que c’est risqué. Pourtant, ces mêmes personnes s’endettent depuis toujours auprès de cette même banque et la construction de leur maison avance chaque jour. Veulent-ils vraiment que je construise ma maison ?

Henri S. TAPSOBA



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