Burkina Faso : Le cri de cœur de Dramane Paré pour « rapprocher la dialyse des dialysés »

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Dans les années 1998-1999, l’Association burkinabè des dialysés et insuffisants rénaux (ABUDIR) a été créée depuis la Côte d’Ivoire. Le Burkina Faso ne disposait pas de Centre de dialyse si bien que les patients souffrant d’insuffisance rénale, faisaient leur dialyse en Côte d’Ivoire. Ce n’est qu’en 2000, que le pays a acquis son premier centre de dialyse, suscitant ainsi le retour des patients burkinabè dialysés en Côte d’ivoire, au bercail. A ce jour, même s’il ne peut pas faire « le point exact » Dramane Paré, président de l’ABUDIR dénombre entre « 700 et 1 000 » patients sous dialyse au Burkina Faso. « Tous ceux qui sont dialysés sont d’office membres », a-t-il ajouté, lors d’une interview le mardi 13 janvier 2021.

Burkina 24 : Quel point faites-vous des centres de dialyse au Burkina Faso ?

Dramane Paré : A ce jour, il y a quatre centres fonctionnels au Burkina Faso. Il y a le Centre hospitalier universitaire (CHU) Yalgado Ouédraogo (à Ouagadougou, ndlr) qui compte au moins 32 générateurs. Au Centre hospitalier universitaire de Bogodogo (à Ouagadougou, ndlr), il y a au moins 12 générateurs. Au CHU de Tengandogo (à Ouagadougou, ndlr), il y a aussi au moins 12. Il y a aussi Bobo-Dioulasso qui a 12 à 15 générateurs aussi. Ce sont les quatre centres fonctionnels actuellement au Burkina Faso.  

Un cinquième centre a été ouvert à Ouahigouya, mais il n’est pas encore fonctionnel. On a des problèmes d’électricité et d’eau. Je pense que les générateurs sont sur place, il reste à les tester et commencer la dialyse. Sans l’électricité et l’eau, c’est un problème. Je profite de votre micro pour demander à la Société nationale d’électricité du Burkina (SONABEL) et à l’Office national de l’eau et de l’assainissement (ONEA) de voir notre cas pour qu’on puisse ouvrir le centre de dialyse à Ouahigouya.

Burkina24 : Les appareils disponibles satisfont-ils la demande ?

Dramane Paré : Les appareils qui sont là actuellement, ça ne suffit pas. En matière de dialyse, les normes, c’est quatre heures, trois fois par semaine de dialyse qu’un patient doit faire. Mais compte tenu du nombre de malades, et par rapport au nombre de générateurs qu’on a, on est obligé de faire deux séances de quatre heures par semaine. Je profite remercier les médecins traitant et tout le personnel médical pour leur dévouement et leur accompagnement, parce que ce n’est pas facile.

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Burkina 24 : Il y a comme un silence autour des montants pour une dialyse. Combien coûte une séance ?

Dramane Paré : Au Burkina Faso, si on doit calculer la séance de dialyse, il faut calculer avec le personnel, l’électricité et ça doit tourner autour de deux cent mille Francs CFA (200 000 F CFA) par personne. Parce que si on ne prend que les consommables, ça peut tourner autour de 100.000 F CFA.

Burkina 24 : Est-ce que la politique sanitaire actuelle facilite les choses pour les personnes souffrant d’insuffisance rénale ?

Dramane Paré : Je remercie tout d’abord nos autorités parce que tout le monde sait que la dialyse coûte cher à l’Etat et aux malades. Mais actuellement, on est écouté et on est suivi par les autorités. Si vous visitez les centres de dialyse, dans la sous-région, nous sommes en tête par rapport aux générateurs de dialyse, et aussi on ne fait que recruter le personnel pour aider la dialyse.

La dernière fois, avec le confinement du covid-19, les dialysés qui étaient à l’extérieur ne pouvaient pas se déplacer pour venir à Ouagadougou parce qu’il n’y avait plus de moyens de transport. Mais, le Président de l’Assemblée nationale (Alassane Sakandé, ndlr), nous a compris et il a trouvé un pied à terre pour tous les dialysés qui venaient de l’extérieur, avec une prise en charge. Je profite lui dire un grand merci. Si on a ce genre d’accompagnement, ça nous soulage plus.  

” A défaut que chaque commune ait son centre de dialyse, que chaque région ait son centre de dialyse” (Dramane Paré)

Au niveau des médecins, on est accompagné, on est écouté, mais on demande toujours leur accompagnement pour rapprocher la dialyse des dialysés. Quand vous prenez quelqu’un qui est malade qui se trouve à Cinkassé (ville située à la frontière entre le Burkina Faso et le Togo, ndlr), qui doit chaque fois prendre un véhicule venir jusqu’à Ouagadougou faire sa dialyse et repartir, physiquement il est atteint, financièrement également.

Mais s’il y a un centre de dialyse à Tenkodogo, c’est à côté, il peut venir faire sa dialyse et repartir le même soir. A défaut que chaque commune ait son centre de dialyse, que chaque région ait son centre de dialyse pour rapprocher la dialyse des dialysés.

Burkina 24 : Au regard de la situation des personnes sous dialyse au Burkina Faso, quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?

Dramane Paré : Il y a les difficultés financières. La dialyse coûte cher à l’Etat et au malade. Les examens on n’en parle pas, ce n’est pas donné à quelqu’un de faire la dialyse sans contrôle. Il y a des examens périodiques qu’on ne peut pas faire parce que ça coûte cher. Dans les normes avec la dialyse, il y a des examens que tu dois faire périodiquement tous les mois, deux mois, quatre mois (…).

Au niveau de l’Etat, c’est le même problème. La dialyse coûte cher à l’Etat. Au départ, on était à un milliard de F CFA de subvention. Aujourd’hui nous sommes à trois milliards de F CFA, mais c’est insuffisant. Dans les années 2009, on était au nombre de 25 dialysés avec un milliard de F CFA. Actuellement nous valons entre 700 et 1 000 avec trois milliard de F CFA par an, c’est insuffisant. On a toujours des problèmes pour prendre en charge les dialysés à 100%. Notre lutte, c’est pour cela. Au Bénin, les dialysés sont pris en charge à 100%. Les examens, les produits, tout est pris en charge par l’Etat.

Nous souhaitons un jour que notre Etat aussi décide que la dialyse est prise en charge à 100%, parce que, actuellement au Burkina Faso, il faut payer cinq cent mille (500 000 F CFA) pour avoir la dialyse et il n’y a même pas la place. Il y a des gens qui ont les cinq cent mille de F CFA, mais on dit qu’il n’y a pas la place. Tu as tes cinq cent mille pour payer, mais tu vas aller mourir parce qu’il n’y a pas la place. C’est un cri de cœur que je lance aux autorités afin de multiplier les centres de dialyse pour sauver les vies des Burkinabè qui sont sous dialyse.

Burkina 24 : Quels conseils avez-vous pour les personnes ne souffrant pas d’insuffisance rénale ?

Dramane Paré : [Suivez la réponse dans la vidéo]

Burkina 24

Burkina 24 : Votre organisation se fait également connaître au-delà des frontières du Burkina Faso. Qu’en est-il exactement ?

Dramane Paré : Le réseau des associations des hémodialysés de l’espace UEMOA a été créé en 2012 à Niamey. Depuis lors, on œuvre avec l’UEMOA pour la prise en charge au niveau de la sous-région des dialysés pour qu’un dialysé du Burkina Faso puisse se déplacer aller en Côte d’Ivoire par exemple, continuer sa dialyse, faire ses activités et revenir sans problème.

Actuellement, il y a des pays comme le Burkina, le Niger, le Bénin, le Mali, où on peut avoir la dialyse si l’association est au courant. Elle prend contact avec l’association sœur de ce pays. Là-dessus, on est en train d’œuvrer pour amener cela au niveau de la CEDEAO pour permettre aux dialysés de se déplacer. En octobre 2019, on a renouvelé le bureau.

C’est le Burkina Faso qui a la présidence et je suis en tête. Si nous ne sommes pas unis dans la sous-région, chacun reste de son côté, on ne peut pas voyager. Si tu voyages, soit tu as l’argent pour payer la dialyse chère ou tu ne voyages pas ! Alors qu’il y a des dialysés qui contribuent au développement du pays.

Permettez-nous aussi de tourner faire nos business, nos affaires, pour le développement du pays. C’est ce qu’on mène comme lutte au niveau du Réseau des associations des hémodialysés de l’espace UEMOA.  

Propos recueillis par Ignace Ismaël NABOLE et Irmine KINDA



Ignace Ismaël NABOLE

Journaliste reporter d'images (JRI).

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