Burkina Faso : Le général Tchoutchoubatchou, une étoile montante du web humour

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Keré Abdoul alias le Général Tchoutchoubatchou, est un web humoriste burkinabè. Né en 1994 en Côte d’Ivoire, le jeune humoriste est titulaire d’une licence en géographie. Il s’est fait une renommée chez les amoureux de l’humour sur les réseaux sociaux et s’est construit son monde à lui. Pour mieux  connaitre  la vie de la Star montante du web humour, Burkina 24 est allé à sa rencontre le 25 janvier 2021.

Burkina 24 : Pourquoi avoir choisi de faire l’humour et non la géographie ?

Le général Tchoutchoubatchou : C’est d’abord par passion. Etant petit j’avais déjà  le sens de l’humour. J’étais drôle. Je m’amusais beaucoup avec les gens en racontant des trucs drôles au lycée comme aux activités de vacances. J’ai fait du théâtre, de la danse. Je partais à l’école parce que les parents m’ont mis à l’école pour que  j’obtienne quelque chose.

 À mes débuts, papa m’a dit : « Je vois que tu es dans les petits trucs, mais, il faudra te concentrer sur tes études et avoir tes diplômes ». Et voilà je me suis concentré jusqu’à l’obtention de ma licence. Je savais qu’après la licence, ce n’était pas du tout facile avec la vacation et surtout les concours,  car on y recherchait l’excellence. D’où mon inclinaison vers la comédie en attendant.

Burkina 24 : Quel a été le véritable début ?

Général Tchoutchoubatchou: Les premiers pas furent d’abord à l’université lors d’une formation de jeu d’acteur d’un film long métrage et  d’une série auprès du réalisateur Abdoul Bagué. Cela a été un succès et le film a été projeté au ciné Burkina. Ensuite, j’ai suivi une formation en humour auprès de Gérard Ouédraogo  et j’ai obtenu une attestation, avant d’avoir une autre attestation en comédie.

Burkina 24 : Comment ont été vos premiers pas dans ce monde?

 Général Tchoutchoubatchou : Le début a été très compliqué.  Après la licence, j’ai intégré une société dans laquelle j’ai travaillé comme communicateur (community manager), afin de gagner un peu d’argent. J’ai utilisé ces canaux pour mes petites comédies en attendant mon admission au concours de la fonction publique. Ce n’est pas de l’argent que je recherchais mais je cherchais à faire grandir cette passion en moi.

Burkina 24 : Quel est votre public cible?

Général Tchoutchoubatchou : Ce sont principalement les jeunes de 18 à 35 ans même s’il y a des moins âgés et des plus âgés qui nous suivent.

Burkina 24 : Quelles sont les étapes pour un métrage ?

Général Tchoutchoubatchou : Tout a commencé par une idée. J’écris les scénarios après réflexion sur les thèmes d’actualités (covid-19, couvre-feu,  les faits de la vie). Ensuite vient le scénario avec l’équipe technique et les acteurs. A l’issue de la sélection des acteurs, ils apprennent 3 à 4 jours en avance pour le filtrage. Une  fois le scénario validé, place au tournage. Le lendemain ou deux jours après le tournage, nous commençons le montage. Nous produisons plusieurs capsules et nous postons  quelques-unes et on met les autres en instance.

Burkina 24 : D’où puisez-vous votre inspiration ?     

Général Tchoutchoubatchou : Je m’inspire de faits divers, de la vie de couple (lorsqu’un mari trompe sa femme comment il s’y prend). Je me mets à la place de quelqu’un qui vit une situation.

Burkina 24 : D’où viennent vos financements ?

Général Tchoutchoubatchou: Je n’ai pas de financement. Je travaillais et je payais pour le tournage de mes vidéos. Soucieux d’avoir des vidéos de qualité, et que le message puisse passer, j’ai dû  approcher des gens pour m’aider à tout faire. Ce qui ne me coûtait pas moins de cent mille. Et par la grâce des choses, j’ai croisé quelqu’un qui m’a aidé et me les faisait à dix mille de temps en temps ou vingt mille.

Je pouvais prendre trois semaines, voire un  mois pour avoir mes vidéos, vu  que je ne pouvais pas lui mettre la pression parce que c’était comme gratuit. C’est ainsi que je publiais une fois par mois ou les deux mois. Et comme c’était par passion et  non  pour l’argent, j’ai toujours continué.

J’ai fait la connaissance d’un réalisateur qui voulait s’essayer après sa fin de formation pour un court métrage mais sans rémunération. Je lui ai demandé en contrepartie qu’il m’aidait à faire mes web vidéos et c’est ainsi on s’est aidé et j’ai fait beaucoup de vidéos. Ensuite, il est rentré au Togo.

J’ai été repéré par la suite par quelqu’un sur  le web pour une collaboration. Il possédait une page Facebook monétisé et moi je devais publier mes vidéos. Malheureusement, la page a été piratée par la suite. Pendant qu’il travaillait à récupérer sa page, j’ai rejoint Hervé Tiendrebéogo  à “Ovis studio” qui nous aidait. Ensemble, nous avons travaillé sur ma page et depuis 2019, nous travaillons toujours en équipe sans une affaire de financement et lorsqu’ il y a un contrat, on se partage les revenus.

B24 : Quels ont été les moments décisifs dans votre carrière d’humoriste?

Général Tchoutchoubatchou : Les moments décisifs, sont les spectacles, les partenariats et contrats. Bien que je ne pensais pas à cela au départ. Dieu merci, ça a commencé à prendre de l’ampleur. J’ai commencé à avoir beaucoup d’abonnés et  de vues. J’ai commencé à être influent.

Les sociétés et les promoteurs de spectacle ont commencé à me contacter pour des contrats, des partenariats, des scènes d’humour et spectacles. C’est à partir du «  festival bonne année, Ouistiti d’or », que tout a commencé à aller.

B24 : Comment êtes-vous vu sur le plan national et international ?

Général Tchoutchoubatchou: Aujourd’hui, nous ne pouvons pas dire que nous sommes nationaux, parce ce que nous produisons  ne sont pas que burkinabè. Il y a des gens qui  pensent que je ne suis pas Burkinabè mais Ivoirien. Et ces gens sont choqués lorsqu’ils me voient dans des endroits. La plupart pensent que mon tournage se passe en Côte d’Ivoire. Je m’arrange à faire certaines choses pour qu’on sache que je suis Burkinabè. Pour eux, quand c’est bon, ce n’est pas burkinabè et lorsque ce n’est pas bon, c’est burkinabè.

Je me dis que si je devrais me montrer nationalement, ce serait aussi de faire mes vidéos en langue locale comme d’autres comédiens. De fois, certains admirateurs commentent et me font savoir qu’ils me suivent depuis un tel autre pays (Guyane, France, Martinique…), des pays dont j’ignorais l’existence et cela me ravit.

En faisant mon humour, je mets le Burkina d’abord en avant, que ce soit à la télé ou ailleurs afin de situer l’identité de ma patrie. Cela me révolte qu’on pense que je ne suis pas Burkinabè. Je veux montrer que le Burkina Faso peut faire aussi ce dont on pense qu’il est incapable de faire et c’est mon objectif.

Burkina 24: En  résumé de ce parcours, quel bilan pouvez-vous afficher?

Général Tchoutchoubatchou: Je ne puis dire que je suis au sommet, ni en bas, mais simplement que c’est équilibré. Je rends grâce à Dieu pour ce stade. À ce niveau, je ne  vis exclusivement que de ce métier.

Burkina 24 : Quel est l’avenir de la comédie burkinabè sur le web ?

Général Tchoutchoubatchou: Je pense que c’est un peu compliqué parce que les Burkinabè ne sont pas plus  sur YouTube. Pour que les burkinabè te suivent, il faut que ce soit plus local. Lorsque ton art devient international, il faut aussi  que quelqu’un puisse t’épauler pour que tu tiennes. Mais tout passe d’abord par l’appréciation de son entourage.

Burkina 24 : Combien de trophées comptez-vous?

Général Tchoutchoubatchou: J’ai en ma possession le trophée de la Web comédie offert par YouTube après 100 000 abonnés, le trophée du meilleur  humoriste 2018 au Cool Online Award.

Burkina 24 : Quel appel lancez-vous à ceux qui veulent s’aventurer dans ce domaine ?

Général Tchoutchoubatchou : C’est de persévérer,  de laisser de côté le gain rapide. La carrière humoristique ce n’est pas de se filmer avec son portable. Certains, dès qu’ils se lancent, abandonnent après quelques temps d’essai. Alors que dans le web, dès que tu te lances, il faut d’abord persévérer, faire du buzz, avoir beaucoup de vues, beaucoup d’abonnés avant d’être rémunéré. Pour que Facebook ou YouTube puisse te payer, il faut remplir un certain nombre de conditions et c’est très difficile.

J’ai fait deux ans avant de persévérer. Contrairement à l’humour, lorsqu’on t’appelle, tu joues ton spectacle, on te paie et tu t’en vas faire autre chose. Dans la comédie également,  tu fais ton casting, si tu es retenu, tu passes le film. A la suite,  on te remet ton argent. C’est ce qui est la différence avec les autres. Alors qu’un web humoriste, il nous faut être régulier, et se vouer totalement au métier.

Joël THIOMBIANO (stagiaire)

Burkina 24



Rédaction B24

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