Ouagadougou : Dans l’univers des amoureuses des «dreadlocks »

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A Ouagadougou, les femmes s’intéressent de plus en plus aux « dreadlocks ». Plusieurs salons de coiffure se sont spécialisés dans cette manière d’arranger les cheveux. Autrefois réservés aux hommes, les « dreadlocks » ne semblent plus être que leur seul apanage. Immersion.

Mardi 26 janvier 2021. Nous sommes au salon de coiffure « Asma zone » sis au quartier de Dapoya de Ouagadougou. Arrivée dans ce salon aux environs de 10h, une cliente s’attèle à se faire des dreadlocks par deux employés. Nous découvrons à première vue  que les dreadlocks peuvent se faire avec des cheveux naturels appelés cheveux Nappy (des cheveux non défrisés).

«  Mon amour pour la coiffure est parti même des dreadlocks » 

 Asma Djamila Traoré/Ouédraogo est une jeune mariée, spécialisée dans la coiffe de dreadlocks. Elle est la propriétaire de deux salons dénommés « Asma zone »  qu’elle a ouverts en mai 2019 dont un est réservé spécialement aux dreadlocks.

« Actuellement, même si tu veux faire d’autres coiffures, les clientes te poussent vers les dreadlocks. On a commencé avec une diversité, les twists et autres. Mais avec le temps, les clients nous ont amenés à nous spécialiser dans les « dreadlocks », explique-t-elle.

Elle est elle-même une amoureuse de cette coiffure bien avant d’en devenir une spécialiste dans la pratique. « Mon amour pour la coiffure est parti même des « dreadlocks ». Avant d’avoir le salon, j’avais déjà fait tous les modèles de dreadlocks sur ma tête en tant que cliente dans les autres salons », indique-t-elle.

Appelées cadenettes, parfois « dreads » ou « locks » ou encore « rastas », les dreadlocks peuvent se former seuls lorsque les cheveux poussent naturellement et sans l’utilisation de brosses, peignes, rasoirs, ni ciseaux. Elles peuvent également être faits à l’aide d’un peigne ou d’un crochet. L’on peut aussi simplement crêper les cheveux avec les mains.

La coiffure se pratique sur tout type de cheveux. Hommes, femmes comme enfants adoptent cette coiffure de nos jours. Les clients de Asma Djamila Traoré sont aussi bien des femmes, les plus nombreuses, que des hommes. Ils fréquentent son salon pour appliquer des extensions de locks sur leurs cheveux, ou en faire avec leurs propres cheveux ou les entretenir.

Asma Djamila Traoré/Ouédraogo en train de coiffer une cliente

Les clientes qui n’ont pas les cheveux longs décident d’ajouter des mèches pour faire paraître le modèle souhaité. « Quand on a les cheveux courts, on n’a pas l’effet recherché. Mais si tu entretiens, les cheveux s’allongent au fil du temps. Du moment où tu ne touches plus à tes cheveux, tu ne peignes plus, ça facilite la pousse des cheveux car ce sont des coiffures protectrices», explique Asma Traoré.

Celles ou ceux qui n’ont pas beaucoup de cheveux ou des cheveux défrisés, peuvent aussi faire les dreadlocks avec les mèches. « Avec les mèches, ça ne tient pas longtemps comme si c’était avec les cheveux Nappy. On a des clientes qui n’ont pas les cheveux Nappy mais on arrive à faire les dreadlocks avec les mèches que ce soit avec les mèches semi naturelles ou les mèches naturelles », confie la promotrice de Asma Zone.

« Les prix sont fonction de la prestation »

Les prix des coiffures varient en fonction du volume et de la longueur des cheveux. Toutefois une marge est fixée, à écouter dame Traoré. Pour les dreadlocks avec les cheveux uniquement, les prix vont de 35 000 F à 100 000 F.

Les prix des dreadlocks avec les extensions (mèches ajoutées aux cheveux) sont dans l’intervalle 50 000 à 200 000 FCFA. Les mèches utilisées pour la coiffure de dreadlocks ont des prix également variables, selon la longueur. Les mèches courtes sont au prix de 65 000 F CFA, les mèches moyennes au prix de 90 000 F et les mèches longues au prix de 140 000 F CFA.

« Les prix varient ; c’est en fonction des fournisseurs. Les prix dépendent de la prestation que les clientes veulent. Le prix est un peu élevé parce que c’est une coiffure qui prend beaucoup de temps. Aussi elle varie en fonction du volume et de la longueur des cheveux. Si tu coiffes une personne, ça prend un certain nombre d’heures avant de finir. .. Ce n’est pas un travail facile», soutient la coiffeuse. Ce qui lui amène à ne faire que  deux coiffures par jour et ne tresse que sur rendez-vous pris au préalable avec le client.

Les coiffures de dreadlocks, toujours selon elle, se font généralement pour un long moment ou à vie. Mais une technique pour les défaire a été développée. Cependant, cette technique ferait perdre beaucoup de cheveux, selon les travailleurs du domaine.

« Cette coiffure est devenue mon identité »

Sandrine Bado

Sandrine Bado est une journaliste. Elle dit avoir découvert pour la première fois les dreadlocks en Côte d’Ivoire en 2016. Elle en est vite tombée amoureuse. « J’adore tellement mes dreadlocks que je trouve un plaisir fou à en prendre soin. J’ai été les faire avec mes propres cheveux. Au départ, certains de mes proches n’approuvaient pas mon changement, mais j’ai eu le soutien de ma famille. C’est une coiffure économique et surtout pratique pour moi au regard de mon secteur d’activité. Depuis que je les ai découverts en 2016, je les avais toujours faits avec des mèches. Par la suite, j’ai pris deux ans à réfléchir avant de faire la coiffure en septembre 2020 avec mes cheveux naturels… j’ai opté pour ce qu’on ne peut plus défaire. Pour ce qui est de mes collègues et confrères,  certains apprécient et n’y trouvent pas d’inconvénients et d’autres pas », témoigne la journaliste.

Le 30 janvier 2021, nous avons rencontré Leilatou Wendpouyré Tassembedo, une étudiante en 6ème année de médecine à l’université Joseph Ki-Zerbo. Elle souhaite se spécialiser plus tard en pédiatrie. Cela fera bientôt quatre ans qu’elle a ses dreadlocks faits avec ses propres cheveux Nappy : «J’ai toujours aimé les dreadlocks depuis que je suis petite. Je trouve que c’est une perte de temps d’aller chez la coiffeuse et attendre. J’ai cette coiffure depuis avril 2017. Je me sens bien avec cette coiffure. Par rapport à mon entourage indirect, c’était eux le problème au début. Quand je marchais dans la rue, des gens me fixaient carrément du regard mais ça ne me disait absolument rien. Car c’est un choix que j’ai fait. Actuellement, ce sont les mêmes personnes qui parlaient mal de cette coiffure qui m’envient », dira cette autre amoureuse des locks.

Leilatou Wendpouyré Tassembedo, étudiante

Elle, par contre, n’est pas passée dans les mains d’une spécialiste. « Ma coiffure a une histoire parce que ce n’est pas une coiffeuse qui me l’a faite, je peux dire que c’est moi-même qui l’ai faite. Au début, je me suis renseignée dans les différents salons mais je n’ai trouvé personne pour pouvoir le faire. Ensuite, j’ai eu un coiffeur à côté de chez nous qui m’a dit qu’il pouvait le faire mais il fallait que je me coupe les cheveux car j’avais de très long cheveux… et il l’a fait une première fois avec un chiffon. Je devais aller  tous les deux jours pour qu’il arrange. Je suis allée 2 ou 3 fois et ensuite il est parti sans m’informer », confie l’étudiante. Se retrouvant ainsi seule à entretenir ses cheveux, elle avait ses astuces. « Il me fallait du gel pour arranger les racines des cheveux quand ça commence à pousser, un crochet, de la pommade et du champoing pour les laver ». Aujourd’hui ces locks sont aussi long que des extensions au point de faire douter son entourage qu’il s’agit bien de ses cheveux naturels.

Cependant, des « nappy locks » aussi longs peuvent être source de revenus. Certaines personnes pour un besoin de changer se coupent les locks qu’elles réutilisent plus tard ou les vendent. Et Leilatou Wendpouyré Tassembedo ne l’ignore pas. « J’ai vu sur le net, certaines personnes qui coupent leurs cheveux naturels dreadlocks pour vendre, c’est comme les mèches », dit-elle.

Des Locks incompatibles avec son métier de médecin

Il est vrai que les personnes qui  portent les dreads ne sont toujours pas vues d’un bon œil dans la société. La future pédiatre en a fait les frais. «Des personnes m’ont approchée pour essayer de me convaincre que ce n’était pas une coiffure faite pour quelqu’un qui prétend vouloir être médecin. Ils se disaient qu’à l’hôpital, les patients allaient mal voir ce style. Une fois j’ai pris la garde à l’hôpital et une patiente m’a conseillée de couper mes dreadlocks  parce qu’elle en avait, mais à cause des jugements de la société, elle a dû les couper », a-t-elle expliqué.

Qu’à cela ne tienne, les dreadlocks sont entrés dans les habitudes des Ouagalaises. Les raisons de l’adoption de cette coiffure sont multiples, économie de temps et d’argent, effet de mode, coup de cœur, etc… Et chacun y va selon son bon vouloir.

Deborah BENAO (stagiaire)

Burkina 24



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