Burkina Faso : Hector Sowto, restaurateur autonome à Ouaga

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Chaque année, 200 000 personnes rejoignent la capitale burkinabè, selon les données de la Mairie de Ouagadougou. La majeure partie de ces personnes viennent des provinces. Hector Sowto, 34 ans, en fait partie. Le ressortissant de Pô a rejoint Ouagadougou en 2009 et a décidé d’y rester pour se créer une place de choix. Si au départ il n’avait ni diplôme ni emploi, il est aujourd’hui titulaire d’un Certificat d’Etudes Primaires (CEP) et est propriétaire d’un restaurant dénommé « Africa Food ». Nous avons passé huit heures avec lui. Reportage !

Samedi 20 février 2021. Il est 7h02  au restaurant « Africa Food » sis dans les environs de l’Hôtel Bravia. Quelque chose s’y prépare !

Un jeune homme s’empresse d’aller dans une cour non loin de là, et revient avec des marmites, des bouteilles de gaz, des plats, des louches et autres ustensiles de cuisine, transformant ainsi les lieux en une sorte de chantier. C’est Hector Sowto, le tenancier du restaurant. « Bonjour, prenez place », nous lance-t-il.

Au menu du jour : Du riz blanc, sauce de pâte d’arachide et sauce de tomate. Après avoir sorti son matériel, il s’applique à la vaisselle et se dispose à répondre à quelques-unes de nos questions.

En 2009, il a quitté la ville de Pô pour migrer vers Ouaga, sur invitation de son grand frère. « Il m’a appelé de venir rester avec sa famille parce qu’il va voyager », explique Hector, tout en rinçant une grosse marmite.

Victime d’un braquage sur la voie publique

Se plaisant dans la Capitale, il décide d’y rester et d’entreprendre. C’est ainsi qu’il s’est lancé dans la vente de cartes de crédits téléphoniques en 2009, avec un budget de départ de 50.000 FCFA, que lui avait offert son frère. Au bout de trois mois d’activité, son capital passe à 150.000 F CFA. Mais c’était sans imaginer le pire… Hector sera victime d’un braquage sur la voie publique.

« C’était vers 18h. Quand je suis arrivé aux alentours du SIAO, il y a des jeunes qui sont venus retirer mon sac et ils sont partis avec tout mon fonds ; parce que j’avais mis tout dedans », nous explique-t-il tout en frottant un faitout avec du savon. Mais c’est aussi sans compter sur le dévouement et la détermination du jeune entrepreneur qui continue d’avancer malgré ce coup dur. Grâce à des économies, il relance son commerce avec la somme de 15.000 FCFA.

A 8h10, le jeune homme a fini de laver ses plats. Il se met à faire des va-et-vient au milieu de l’espace qui lui sert de cuisine ; prélève du riz cru dans un sac et le verse dans une bassine d’eau. Il dépose ensuite une marmite d’eau sur le fourneau contenant des braises. Hector étant occupé, nous choisissons de le questionner pendant qu’il travaille.

Son ainé n’était pas d’avis qu’il s’inscrive au CM1…

Il confie qu’il a poursuivi la vente des crédits téléphoniques jusqu’en 2010  et décide de s’inscrire en classe de CM1, en cours du soir, après avoir passé 13 années blanches.

Son ainé n’était pas d’avis qu’il s’inscrive au CM1. « Il y a un parent qui a dit que non, comme moi j’ai laissé l’école il y a longtemps, d’aller faire le CE1 », nous informe-t-il.

Les frais de scolarité du cours élémentaire étant 8 000 F CFA, ceux du cours moyen à 10.000 F CFA, Hector est inscrit au CE1 par son aîné. Mais le jeune homme décide tout de même de s’inscrire au CM1. « En ce moment, comme je me débrouillais, j’ai ajouté 2.000 F CFA pour faire le CM1 », dit-il.

Les classes de CM1 et CM2 étant en tronc commun, Hector postule alors au Certificat d’Etudes Primaires (CEP) la même année. Suite à l’examen, il réussit à la grande surprise de son aîné.

« Ils ont dit que non, que moi je ne peux pas avoir le CEP, puisqu’on m’a inscrit au CE1. C’est là que je suis parti prendre l’attestation pour leur montrer », nous dit-il avec un brin de sourire. Le retour d’Hector sur les bancs fait régresser ses affaires, puisqu’il n’arrive plus à vendre ses unités à plein temps.

Hector abandonne les bancs à la classe de 3e pour relancer ses affaires

A 8h34, le riz est prêt. Notre chef cuisinier se lance dans la préparation de ses sauces et continue de répondre à nos questions. Après sa réussite au CEP, M. Sowto décide de continuer ses études. Mais avec la charge d’une femme et d’un enfant, il finit par abandonner les bancs à la classe de 3e pour relancer ses affaires.

C’est ainsi qu’il loue un pousse-pousse estampillé « Nescafé » à 250 FCFA par jour, pour la distribution ambulante de café. « Je vendais du Nescafé 24h sur 24. Je ne dormais pas assez », précise-t-il. Avec le profit qu’il a fait, il se fera concevoir son propre pousse-pousse à café.

Pour agrandir son marché, le jeune entrepreneur adopte une technique. A partir de la demande de sa clientèle, il se met à développer son propre business.

« A un moment, les gens m’ont demandé de faire du sandwich. Donc je suis allé payer le sandwich à Marina Market et je suis venu pour faire. Quand j’ai fait, ça n’a pas réussi et j’ai jeté. En ce moment, je ne savais pas faire la cuisine », nous explique-t-il. Après trois tentatives, il finit par réussir la friture de la viande hachée. Ensuite, il ajoute le spaghetti à son menu. Et le tour est joué !

Hector décide d’ouvrir une cafétéria en 2012

A 10h06, la sauce de pâte d’arachide de Hector est prête. Il s’attaque à la sauce tomate. Le temps presse. Il faut accélérer. Le patron de « Africa Food » nous demande un peu de temps pour commencer sa sauce et nous rejoindre après.

« C’est prêt ? » lance déjà Jacques Ouilga, l’un des clients fidèles de Hector. Mais il n’aura pas de réponse favorable. Notre chef cuisinier lui demande d’attendre encore 15 minutes.

Le mélange de la sauce tomate bouillonne au feu. Le cuisinier peut de nouveau nous répondre. Avec les économies qu’il a réunies avec son pousse-pousse à café, Hector décide d’ouvrir une cafétéria en 2012, vers l’hôtel Splendid.

Pour démarrer son commerce, Hector met en œuvre une astuce : Cuisine du spaghetti et servir le voisinage en signe de dégustation. Sa cuisine fut appréciée. De cette première expérience, il décide de faire la même chose pour le riz. Là aussi, que des résultats positifs.

Chez Hector, le plat de riz sauce est vendu à 300 francs

Mais Hector se fera déguerpir en 2015 suite à l’attaque terroriste perpétré sur le café Cappuccino. « Quand j’ai quitté là-bas, je suis parti à Dagnoen ouvrir un kiosque. Mais là-bas ça n’a pas donné. J’ai fait six mois, mais ça n’allait pas », nous éclaire-t-il en refermant une marmite au feu.

Il décide donc d’abandonner son kiosque pour devenir « coursier » pour les différentes procédures administratives au niveau du ministère du transport, comme plusieurs autres jeunes qui proposent leurs services en face de la Direction Générale des Transports Terrestres et Maritimes (DGTTM). Mais il fait long feu dans ce nouveau job.

En 2018, Hector ouvre le restaurant « Africa Food » au projet ZAKA, vers Bravia Hôtel. Le prix de base du plat à Africa Food est de 300 francs, donnant droit à un plat de riz et deux morceaux de viande.

A 11h16, tous les mets d’Hector sont prêts. Un vigile arrive et achète un plat de riz sauce tomate assaisonné au chou bouilli. Une fois servi, celui-ci prend son plat des mains d’Hector et s’éloigne vers l’avenue Kwame N’Nkrumah.

« Un homme qui fait la cuisine comme ça moi ça me plait »

Environ 10 minutes après, c’est au tour de Jacques Ouilga, qui revient tout affamé pour se remplir l’estomac. Son visage se serre quand il apprend qu’Hector est parti faire une livraison et qu’il fallait attendre encore. Décidément… « Il n’a qu’à faire vite, j’ai trop faim », bourdonne-t-il en s’asseyant sur un banc pour patienter.

Coup de chance ! Quelques instants après, Hector revient au loin à pas pressés. Une fois servi, Jacques se fie à nos questions. « Un homme qui fait la cuisine comme ça, moi ça me plait. C’est moins sale. En plus de ça, il ne met pas de Cube Maggi », témoigne le client.

Hector confirme qu’il n’ajoute pas de bouillons dans ses sauces. Et il fait savoir que la première des règles chez lui, c’est la propreté. Jusqu’à 15 h, 46 clients dont 4 femmes sont venus récupérer leurs plats chez Hector.

En tout cas, le jeune de 34 ans se plait dans sa cuisine. « Moi je n’ai pas de problème à faire la cuisine. De toute façon, si tu prends ton travail au sérieux, tu vas manger dedans », nous dit Hector Sowto qui est en passe de devenir un Self-made man. Le ressortissant de Pô compte un jour agrandir son restaurant pour faire davantage de profit. Son rêve : devenir propriétaire d’une chaine de restaurants…

Josué TIENDREBEOGO (stagiaire)

Burkina 24



Rédaction B24

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