Marche du 24 avril à Fada : “C’est parce qu’il y a des soucis dans la cité que nous sommes debout” (Emmanuel Ouoba)

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Emmanuel Ouoba, coordonnateur du « Mouvement U Gulmu Fi », s’est prêté aux questions de Burkina 24 le mardi 20 avril 2021. Ce mouvement de la société civile a décidé de prendre à bras le corps, les différentes difficultés auxquelles est confrontée la Région de l’Est du Burkina Faso. A cet effet, une marche est prévue par cette organisation, le 24 avril 2021, dans la ville de Fada N’Gourma. Dans cette interview, le coordonnateur du « Mouvement U Gulmu Fi » en dit plus sur les raisons qui sous-tendent la tenue de la marche.

Burkina 24 (B24) : Rappelez-nous les principales revendications portées par votre mouvement.

Emmanuel Ouoba : Le « mouvement U Gulmu Fi » a vu le jour compte tenu de ce qu’il y a comme situation au niveau de la Région de l’Est. La région, c’est un certain nombre de problèmes qui assaillent les populations et menacent l’économie et la survie des populations au niveau de cette région. Les préoccupations du « mouvement U Gulmu Fi », c’est d’abord la question sécuritaire. 

Dans ce contexte que vit notre pays, la région de l’Est est l’une des régions où la crise sécuritaire est assez prononcée. La revendication à ce niveau est que l’exécutif puisse œuvrer à garantir la sécurité des biens et des personnes et qu’il y ait une meilleure prise en charge des personnes déplacées internes.

Elles ne sont pas dans un camp de  déplacés, mais dans ce qu’elles ont pu se fabriquer comme abris dans les quartiers périphériques de la ville de Fada N’Gourma, elles vivent dans des conditions vraiment très déplorables. Nous souhaiterons qu’il y ait un meilleur regard vis-à-vis de ces gens du point de vue de l’alimentation, de l’accès à l’eau et de l’éducation de leurs enfants.

Au-delà de la sécurité, l’une des préoccupations qui est connue du monde, c’est la question du réseau routier qui est totalement délabré, des voies impraticables. C’est vrai, on va nous dire qu’il y eu des lancements. Mais dans tous les cas, aujourd’hui, les choses peinent à se concrétiser sur le terrain et voilà pourquoi nous interpellons les autorités pour qu’elles puissent prendre toutes les mesures qui conviennent afin que les usagers puissent emprunter des voies correctes.

L’autre grande question, c’est le Centre hospitalier universitaire (CHR) de Fada N’Gourma. Pour un centre de référence, qui est dédié à toute la région, c’est vraiment déplorable de constater que dans le CHR de Fada N’Gourma, les bâtiments sont vétustes, exigus parce qu’il n’y a pas assez de chambres pour les malades surtout en pédiatrie et en maternité.

Parfois, on voit les parturientes dans les couloirs de la maternité, à même le sol, ce n’est pas du tout beau. Au-delà de cet aspect, il y a aussi l’insuffisance du matériel, notamment la question du groupe électrogène qui est fréquemment en panne. Nous pensons que cela mérite une solution adéquate.

Sur l’exigüité, il y a quelques temps, les autorités avaient entrepris quelques travaux de réfection et même d’extension. Malheureusement, cela a été suspendu depuis de longs mois. Or, au niveau de l’extension, il y avait déjà été fait des fondations, les ayant abandonnées, ces fondations sont devenues maintenant comme des bassins. Quand il pleut, l’eau y stagne et ça devient comme un nid où les moustiques se développent à souhait et naturellement, ce n’est pas bon ni pour les agents de l’hôpital, ni pour les malades qui viennent pour se soigner et qui, malheureusement, peuvent contracter d’autres maladies liées à cet état de chose.

Le dernier élément, c’est au niveau de l’exploitation du gisement de phosphate au niveau de Kodjari,  du village de la commune de Tansarga dans la province de la Tapoa. Voilà tout ce qu’il y a comme préoccupations autour desquelles le mouvement se mobilise.

B24 : Pour ces préoccupations, vous avez entrepris une marche le 24 avril 2021. Comment celle-ci va se dérouler ? 

Emmanuel Ouoba : Nous voulons que tout soit suffisamment clair pour tout le monde. Le mouvement U Gulmu Fi organise une marche le 24 avril et c’est une marche assez pacifique à Fada N’Gourma. Nous appelons la population à sortir massivement et que chacun puisse se munir de son cache-nez et que de façon disciplinée, cette marche pacifique serve d’interpellation à l’autorité pour qu’elle sache qu’on n’est pas content de la situation et que nous souhaiterions que dans les meilleurs délais, dans les jours à venir, que quelque chose soit réalisé pour soulager la population qui souffre depuis longtemps.

B24 : Mais bien avant l’annonce de cette marche, avez-vous pris langue avec les autorités pour faire ressortir les différents griefs ?

Emmanuel Ouoba : De façon spécifique en tant que tel, non ! Le mouvement U Gulmu Fi, en tant que coalition, est assez jeune. Mais dans d’autres cadres, il y a eu des efforts de discussion avec les autorités de ces mêmes problèmes, que ce soit la question de la route, du CHR et même sécuritaire. Il y a eu des discussions. Malheureusement, cela n’a pas permis de constater des changements positifs et satisfaisants. Voilà pourquoi aujourd’hui nous allons donc vers cette initiative qu’est la marche.

B24 : Outre la marche, est-ce que d’autres activités sont prévues ?

Emmanuel Ouoba : Certainement ! Nous voulons interpeller les autorités et la marche n’est qu’une forme parmi tant d’autres. Si à l’issue de cette marche les autorités restent muettes, on sera obligé encore d’envisager autre chose pour interpeller. Mais dans tous les cas, nous nous inscrivons dans des manifestations citoyennes, pacifiques, en conformité avec ce qu’il y a dans la matière.

C’est surtout sur ça que je voulais insister, parce qu’il y a des gens qui pensent qu’il s’agit de semer la tambouille dans la cité, mais c’est le contraire.

C’est parce qu’il y a des soucis dans la cité que nous sommes debout afin que des solutions viables soient trouvées et que de façon épanouie, les populations vivent tranquillement et puissent voyager avec plaisir et vaquer à leurs occupations sans avoir peur qu’en cas de maladie, on ne puisse pas se soigner sur place.

Propos recueillis par Ignace Ismaël NABOLE

Burkina 24



Ignace Ismaël NABOLE

Journaliste reporter d'images (JRI).

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