Burkina Faso : Trois communes implémentent la redevabilité dans la gestion des finances publiques

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Du 21 au 23 avril 2021, une caravane de presse a sillonné les communes de Houndé (Région des Hauts-Bassins), Dédougou (Région de la Boucle du Mouhoun) et Soaw (Région du Centre-Ouest) pour s’imprégner des résultats du Programme « Pour un renforcement de la participation citoyenne et de la redevabilité dans la gestion des finances publiques ». Ce projet qui promeut la participation citoyenne à la gestion des finances publiques a débuté en décembre 2018 et prend fin en mai 2021. 

« Il a y eu une amélioration de la redevabilité. Le projet qui est venu, sensibilise les citoyens à venir participer aux journées de redevabilité. Et avec ce projet, il y a vraiment de la transparence. Nous sommes là, mais nous ne pouvons pas tout voir. Avec l’apport de ces citoyens, on se corrige ». C’est le commentaire de Nestor Birba, premier adjoint au maire de la commune de Soaw qui apprécie la portée du programme « Pour un renforcement de la participation citoyenne et de la redevabilité dans la gestion des finances publiques ».

Financé par la Fondation Helwett et piloté par Oxfam au Burkina Faso avec ses collaborateurs, le programme a été implémenté dans les communes de Houndé, Dédougou et Soaw et s’est fixé pour mission de contribuer au renforcement de la participation citoyenne dans la gestion des finances publiques.

Le programme s’est développé sur trois axes à savoir la stimulation de la participation citoyenne à la gestion des affaires locales, le suivi citoyen de la gestion des finances publiques y compris celles relatives au Fonds minier de développement local (FMDL), et la mise en échelle de preuves au niveau local et national pour influencer les changements politiques et structurels de la réduction des inégalités.

« Ce qui a changé dans notre façon de faire, c’est surtout la transparence »

Pour ce faire, Oxfam avec ses partenaires, le Centre d’études et de recherche appliquée en finances publiques (CERA/FP), l’Organisation pour le renforcement des capacités de développement (ORCADE) et le Réseau citoyen pour la bonne gouvernance (RECIBOG) ont mené des actions de renforcement de capacités des acteurs et impulsé, dans les communes susmentionnées, la mise en place de Comités de veille citoyenne (CVC). Ces Comités œuvrent avec les populations et les autorités politiques locales à propulser la participation citoyenne dans la gestion des finances publiques.

Dans la commune de Soaw (Région du Centre-Ouest), l’esprit porté par le programme semble avoir été bien intégré par les différents acteurs. « A ce jour, nous sommes à notre 6e journée de redevabilité durant cinq ans. Ce qui a changé dans notre façon de faire depuis le début du projet, c’est surtout la transparence qui est l’un des objectifs visés par ce projet », a constaté Ali Guiré, Secrétaire général de la mairie de Soaw. Grâce au Fonds minier de développement local, la mairie a pu réaliser des projets dont la construction de salles de classes, d’un magasin de stockage d’aliments pour bétail, des latrines, des forages.

A écouter Germain Nana, le Président du Comité de veille citoyenne (CVC) de Soaw, depuis l’installation de la structure qu’il dirige, « le CVC a procédé à des tournées de sensibilisation » et s’est impliqué dans la gestion des finances publiques. « Aujourd’hui, quel que soit l’entrepreneur qui descend ici pour une réalisation quelconque, nous ne sommes pas des techniciens en bâtiments, mais nous nous approchons pour qu’il ne réalise pas une infrastructure qui ne va pas porter des fruits pour les bénéficiaires », a illustré Germain Nana.

Par ailleurs, avec les interpellations, l’école de Soaw arrive à avoir à jour, les dotations de vivres pour la cantine scolaire. Une action qui est à mettre à l’actif des efforts du CVC de la localité. De l’avis de son président, la mise en place du CVC est « une révolution démocratique ». « On ne va plus contraindre les gens comme sous la révolution, mais c’est pour les amener à réviser leurs positions et dire que le développement de notre localité nous appartient à tous et que chacun doit y mettre du sien pour que tout puisse bien marcher », a-t-il martelé.

Redevabilité : Le budget communal 2021 de Dédougou traduit en Dioula et affiché au sein de la mairie

Afin que les différents CVC puissent mener à bien leurs missions, les partenaires d’Oxfam ont, via des sessions de formation, outillé les acteurs sur le FMDL, le suivi budgétaire, le plaidoyer, la communication notamment sur les réseaux sociaux afin de mieux porter les multiples interpellations, assurer une redevabilité effective et mieux impacter les populations en termes de sensibilisation, notamment sur le civisme fiscal.

Dans la Commune de Houndé (Région des Hauts-Bassins), les efforts du Comité de veille citoyenne a permis par exemple d’attirer l’attention de l’autorité sur l’édification « en souffrance » d’une école dans le village de Kari Lonkuy. Grâce au FMDL, ce village a bénéficié d’une infrastructure scolaire. Mais son érection a connu quelques difficultés.

Selon Amadou Kaoussou Bakouan, directeur de l’école de Kari A (Kari Lonkuy), la construction des salles de classe a débuté en avril 2020 et était « censée se terminer en juillet » de la même année. Malgré un changement de prestataire, le retard persiste et « pire », dit-il, « il y a un problème de qualité » de l’ouvrage. A la faveur de la caravane de presse, les différents acteurs (société civile, autorité locale) se sont expliqués.

Vidéo – Ecole de Kari A : Des infrastructures en souffrance 

Burkina 24

Ainsi, Amadou Kaoussou Bakouan a apprécié positivement l’action du CVC de Houndé impulsé par le Programme « Pour un renforcement de la participation citoyenne et de la redevabilité dans la gestion des finances publiques ». « N’eut été ce comité de veille, on allait nous fournir un travail qui ne pourra pas atteindre dix ans. Et là, personne ne gagne », a indiqué le directeur de l’école de Kari A. Le même sentiment est partagé par Moumouni Dabré, Directeur de cabinet du maire de Houndé.

« L’action menée par Oxfam et les différentes ONG pour l’implication est à saluer parce que ça répond même à l’esprit de la décentralisation ». M. Dabré reconnaît qu’il y a eu un changement depuis l’implémentation du projet. « Ce que nous avons remarqué comme changement, c’est d’abord l’éveil. C’est une meilleure organisation de la veille citoyenne, c’est aussi le fait d’avoir mis en place des canaux officiels de remontée et de descente de l’information », a-t-il fait avoir.

« … les recettes au niveau de la commune ont légèrement augmenté »

Et pour mieux booster la participation citoyenne et la transparence dans la gestion des finances publiques, des cadres tels les journées de redevabilité « sont régulièrement organisées », selon le Directeur de cabinet. « Toutes les couches sociales sont impliquées », a-t-il précisé. Aussi, au fil des années, explique M. Dabré, la mairie « est passée à une retransmission en direct sur les ondes de la radio locale mais aussi sur la page Facebook de la mairie », des journées de redevabilité.

A Dédougou dans la région de la Boucle du Mouhoun, le même programme est implémenté avec la mise en place d’un Comité de veille citoyenne. Ainsi, prenant l’exemple du civisme fiscal, Lamoussa Kadinza, Président du CVC de Dédougou a expliqué que des actions de sensibilisation ont été menées. « On est parvenu à mobilier l’ensemble des organisations de la société civile, du secteur informel et nous avons fait passer le message. Nous pensons que le message a été entendu parce que dans le suivi que nous avons organisé après, on s’est rendu compte que les recettes au niveau de la commune ont légèrement augmenté. Cela veut dire que ce que nous avons fait a payé », a relaté M. Kadinza.

Emile Yaméogo, secrétaire général de la maire de Dédougou a confirmé l’impact positif du programme. « Avec la présence de ce projet, des informations sont distillées tous les jours. Ce qui fait que depuis 2018, si vous regardez le budget, il y a une augmentation d’environ 20% en recettes propres » a-t-il fait savoir.

Lamoussa Kadinza (à gauche), est le Président du CVC de Dédougou

Le CVC de Dédougou a également effectué des activités de plaidoyer et de contrôle de l’action municipale. Mais à écouter le Président du CVC, une difficulté « majeure » subsiste. « Lors de la journée de redevabilité, on est revenu là-dessus, se rappelle-t-il. Nous avons une autorité communale qui est inaccessible, qu’on n’arrive pas à rencontrer. Si vous voulez rencontrer les autorités, surtout le maire, il est inaccessible ».

Mais sur le sujet, Yacouba Zongo, chargé de projet au Centre d’études et de recherche appliquée en finances publiques (CERA/FP) a rassuré que les acteurs « arrivent à toucher » le maire de « temps à temps ». Aussi, a-t-il ajouté, « il (le maire de Dédougou, ndlr) commence à comprendre. On espère qu’avec le temps, il va se rendre beaucoup plus disponible ». 

Réactions des partenaires d’Oxfam dans la mise en œuvre du programme

  • Yacouba Zongo, chargé de projet au Centre d’études et de recherche appliquée en finances publiques (CERA/FP) : « Il y a des résultats satisfaisants que nous avons engrangé durant ces trente mois de projet à Dédougou notamment sur le plan de la redevabilité, la transparence, la participation citoyenne et dans une certaine mesure, dans la mobilisation des ressources».

  • Séraphine Zoma, chargée de projet à l’Organisation pour le renforcement des capacités de développent (ORCADE) : « Dans ce programme, nos actions étaient plus focus vers le renforcement des capacités surtout, ce qui concerne le secteur minier (…). C’est un acquis pour nous parce que les CVC arrivent vraiment à suivre tout ce qui est fait avec les ressources du Fonds minier de développement local ».

  • Abel Rodrigue Zongo, chargé de projet au Réseau citoyen pour la bonne gouvernance (RECIBOG): « A l’heure du bilan, nous apprécions grandement l’action du CVC de Soaw. Lors des différents sondages d’opinion, il est ressorti que les populations apprécient énormément l’action de ce comité. C’est un tampon entre la communauté et les élus locaux ».

Que ce soit à Houndé, à Dédougou, ou dans la commune de Soaw, les autorités municipales apprécient positivement l’intervention du programme à l’instar de Emile Yaméogo, secrétaire général de la maire de Dédougou. « Nous sommes satisfaits de la présence d’Oxfam dans la commune de Dédougou (…) Avant que le projet ne s’installe dans la commune, les citoyens avaient du mal à participer à la gestion de la cause commune », a-t-il déclaré.

En termes de redevabilité, dans les trois communes où est implémenté le programme, avec la participation des partenaires d’Oxfam, les budgets communaux sont traduits en langues nationales et affichés au sein des mairies et dans les lieux publics. Par ailleurs, les journées de redevabilité sont organisées afin que les populations puissent juger les actions des exécutifs municipaux.  

Avec ce projet, l’accent a été mis sur le suivi citoyen du Fonds miner de développement local. Depuis son opérationnalisation au premier semestre de l’année 2020, la commune de Houndé a reçu 2.150.060.615 F CFA, la Commune de Dédougou a reçu pour sa part 82.285.526 F CFA et pour la Commune de Soaw, ce sont 60.605.845 F CFA qui ont été versés dans les comptes de la municipalité. Avec ces nouvelles ressources, grâce au programme, les comités de vielle citoyenne ont reçu les outils techniques pour mieux assurer un suivi des dépenses.

Franceline Pedehombga/Sawadogo, chargée de programme à Oxfam

Décembre 2018 – mai 2021. Le Programme « Pour un renforcement de la participation citoyenne et de la redevabilité dans la gestion des finances publiques » prend bientôt fin. Au début de sa mise en œuvre, « les communes disaient qu’elles organisaient des cadres de redevabilité, mais les populations ne s’y intéressaient pas », se rappelle Franceline Pedehombga/Sawadogo, chargée de programme à Oxfam.

« On a mis ces cadres, poursuit-elle, pour amener les citoyens à jouer réellement leur rôle dans le développement de la commune. Nous voyons que c’est une réalité sur le terrain. Peut-être que c’est un début, mais on a dans chaque commune, un noyau qui veille ». Ainsi, pour Franceline Pedehombga/Sawadogo il est « pertinent » de poursuivre ce projet qui est mis en œuvre avec le financement de la Fondation Hewlett.

« Nous avons échangé avec le bailleur qui nous a accordé une seconde phase. Donc, nous allons continuer à renforcer ces acquis sur le terrain parce que ce n’est que le début. Nous allons continuer à travailler pour que la veille citoyenne et la redevabilité dans la gestion des finances publiques soient une réalité dans nos communes d’intervention », a promis Mme Franceline Pedehombga/Sawadogo.



Ignace Ismaël NABOLE

Journaliste reporter d'images (JRI).

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