Nomadisme politique : « Il veulent nous tuer politiquement » (Jérémie Sawadogo)

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Depuis fin avril 2021, des conseils municipaux sont confrontés à une décision administrative. Ladite décision émanant du ministère de l’administration territoriale a ordonné le remplacement de certains conseillers municipaux et régionaux. Le ministre les accuse d’enfreindre au code électoral. Seulement, cette décision est farouchement contestée par les élus locaux concernés. Pour le faire savoir, ils ont tenu un point de presse ce mardi 18 mai 2021 à Ouagadougou.

Environ 800 conseillers dans près de 15 communes sont concernés par la décision du ministre en charge de l’administration territoriale. En effet, Clément Sawadogo accuse ces derniers de nomadisme politique. Une chose qu’il estime être interdit par le code électoral. Face à cette situation, son ministère a instruit les « gouverneurs de régions de remplacer certains conseillers municipaux et régionaux ». Trois raisons ont été avancées par Clément Sawadogo pour la prise de cette décision.

Pour lui, certains élus ont formellement démissionné de leur parti d’origine, d’autres bien que n’ayant pas formellement démissionné du parti dont ils portent le mandat. Des faits qui ont conduit le ministre à parler de nomadisme politique en évoquant l’article 238 du code.

Mais selon les explications des conseillers municipaux impactés par cette décision, « aucun acte de destitution n’est possible sans l’adoption de nouveaux textes » car ils n’ont pas formellement démissionné. Face à cette situation, l’ancien ministre en charge de l’administration territoriale, Siméon Sawadogo avait consulté le conseil d’Etat sur la question, lequel avait alors conclu à « un vide juridique » et invitant le gouvernement à adopter des textes.

Pour le maire de Solenzo, Désiré Traoré, le ministre de l’administration territoriale avait bien connaissance de l’existence de ce vide juridique. Il s’étonne alors de voir le gouvernement s’embarquer dans la décision du ministre en engageant une action. « Nous sommes dans une situation atypique où dans un Etat de droit, un gouvernement décèle un vide juridique sur un sujet majeur ( …) et malgré tout, choisit de prendre des décisions hautement sensibles sans aucune base juridique », a-t-il martelé.

Allant plus loin dans ses propos, le maire de Solenzo a indiqué que « le gouvernement invente une notion qui n’existe pas dans le droit positif en la matière, « la démission de fait » ». Pour lui, le code pénal fait mention de « démission libre » et non de « démission de fait ou démission tacite ». Selon ses dires, il est impossible de sanctionner un citoyen sur la base de notion qu’on a soi-même inventée.

 Une situation qui vient montrer en plus de l’affaire de la mosquée de Pazani que le gouvernement va à l’encontre des décisions de justice selon ses propos. « Le gouvernement s’illustre par le non-respect d’un autre principe sacré de droit qui est l’autorité de la chose jugée », a ajouté Désiré Traoré. Fort heureusement pour eux, l’avenir semble radieux.

Les conseillers impactés par cette décision dénoncent également une « immixtion irrégulière et évidente de l’appareil d’État dans les affaires intérieures des partis politiques ». Pour eux, le gouvernement doit laisser les partis politiques régler leurs problèmes en interne. A travers la décision du ministre, ils voient une chasse aux sorcières. « Ils veulent nous tuer politiquement », a laissé entendre Jérémie Sawadogo, maire de l’arrondissement 10 de Ouagadougou.

Pour sa part, le député maire de Houndé, Dissan Boureima Gnoumou a souligné que la décision du ministre est «une mesure anti administrative ». Selon ses propos, cela  constitue une sanction grave. Revenant  sur les conséquences de cette décision sur le fonctionnement des mairies, il a relevé que des collectivités sont pratiquement à l’arrêt. « Il y a des communes qui n’ont pas de budget », a-t-il lancé.  Une situation qui aura des conséquences « terribles » à long terme. Pour la démarche à suivre, les conseillers concernés par la décision ont indiqué qu’ils ont entamé des procédures.

Basile SAMA

Burkina 24



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