Drame de Solhan : Le génie de nos ancêtres aurait pu nous servir de rempart

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Ceci est une tribune d’un libre penseur sur le drame de Solhan.

« Rien de ce qui est humain, ne m’est étranger », disent les humanistes. Aujourd’hui, aucune personne digne d’appartenir à l’espèce humaine ne peut rester indifférent à l’attaque terroriste survenue à l’aube du 5 mai 2021 dans la commune de Solhan située à une quinzaine de kilomètres de la commune de Sebba dans la province du Yagha. L’acte plus qu’effroyable, scabreux et abject qui a fait plus de 100 morts avec des habitations et marché incendiés, interpelle nos consciences et a fait annuler par le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, sa visite à Lomé au Togo. Depuis hier, au même titre que le drapeau national, notre moral est en berne et le pays tout entier retient son souffle. Quelle hécatombe ! Quelle barbarie inouïe et innommable ! Même dans les bagnes de Cayenne et de Tataouine où les geôliers avaient le droit de vie et de mort sur les prisonniers, on n’assistait pas à un tel barbarisme barbaresque.

Au-delà du factuel, on comprend bien le côté émotif qui s’est ensuivi chez certains, notamment des femmes de la société civile qui envisagent de s’habiller toutes en blanc ce lundi 7 juin. Mais l’heure est plutôt propice à d’autres choses. En effet, il convient d’aller au-delà, de se poser des vraies questions et d’agir en conséquence.

J’entends certains chanter l’incompétence du gouvernement, et d’autres appeler au rappel des ambassadeurs militaires sur le théâtre des opérations. Les uns et les autres ont certainement leur part de raison, mais je pense qu’il faut avoir une lecture plus large des choses. En cela, c’est une lapalissade de dire que l’État a lui seul ne peut pas tout faire et que chacun de nous doit jouer sa partition. Et c’est en cela que le rôle des Volontaires pour la défense de la patrie est salutaire.

Mais l’attaque odieuse de Solhan vient nous rappeler que nous devons encore explorer d’autres voies de résolution de la question de l’hydre terroriste.

Que de prières à travers la Bible et le coran avec nos leaders religieux, que de dons financiers d’institutions et d’anonymes, de contributions financières des députés et des membres du gouvernement, que de loi de programmation militaire, que de budget “rehaussé” pour renforcer l’équipement des forces de défense et de sécurité pour la sécurité du pays, que d’invitations à la collaboration en terme de renseignements faites à l’endroit des populations, que de déplacements à Sotchi, Paris, Berlin, etc. Alors, on ne peut donc pas dire que le gouvernement dort sur son dossier sécuritaire.

Mais que nenni ! L’hydre terroriste qui n’en a cure, tel le phénix, ne fait que renaître de ses cendres et nous fait un insolent pied de nez. Pour ma part, je me pose la question de savoir la contribution des génies de nos ancêtres dans cette guerre asymétrique. Quelle a été la plus-value qu’ils ont pu apporter dans cette lutte antiterroriste ? Avons-nous suffisamment exploré cette voie de résolution endogène du péril ?

Nos chefs traditionnels doivent coopérer

Quand je me rappelle qu’à l’entrée de Ouahigouya où j’étais en déplacement, on me raconta les prouesses d’un ressortissant d’un village de la région qui, pour lutter contre le terrorisme, rend mystiquement le village invisible à chaque projet d’attaque terroriste, je me dis que ce génie de nos ancêtres doit être partagé avec les autres localités et il aurait pu nous servir de rempart pour éviter ou amoindrir le drame de Solhan. Nous connaissons aujourd’hui dans certaines de nos communes des boutiquiers qui n’ont pas besoin d’agent de sécurité pour leurs boutiques. Nous y avons également des propriétaires de troupeaux de bœufs qui les laissent sans surveillance la nuit tombée. Et dans l’un ou l’autre de ces cas, le malfaiteur ou voleur qui s’y rend la nuit, repart bredouilles étant donné qu’une fois sur les lieux, il ne retrouve même plus sa cible.

C’est aussi cela que j’ai appelé « Les drones de Saaga » dans mon livre Possibo la Diabolaise en guise de suggestion comme piste endogène de résolution de cette spirale de la violence. Malheureusement, aujourd’hui, avec l’assimilation des valeurs occidentales et notre esprit qui se trouve à Washington ou à Paris, même certains enfants des dépositaires de ce génie africain ont parfois un esprit inculte, en jachère, sur les connaissances y afférentes. Eux qui devaient en être les héritiers. Il va falloir une renaissance africaine au risque de disparaître sur la carte du monde. Pour certains, cette question doit demeurer tabou. Mais on ne peut pas promouvoir la médecine traditionnelle et refuser paradoxalement de promouvoir le « wac utile » africain. Sur cette question, nos chefs traditionnels ont une grande partition à jouer. Chacun se considérant garant de la sécurité des populations relevant de son ressort territorial, doit faire en sorte que sa circonscription soit une zone inaccessible ou invisible pour l’ennemi.

C’est un devoir impérieux pour ces chefs, car on le sait tous : l’État ne peut pas par exemple avoir au même moment dans toutes les zones crisogènes du pays, des forces de sécurité présentes dans tous les 10 ou 15 villages d’une commune rurale. Seuls nos chefs traditionnels, avec les dozos, doivent avoir le monopole sur ce sujet, mais à condition qu’ils soient des vrais héritiers de nos traditions africaines et coopèrent entre eux sur la question pour un partage des savoirs. On pourrait me rétorquer que 200 volontaires pour la défense de la patrie qui sont wackés, sont morts dans cette lutte mais a-t-on malgré tout réellement et suffisamment exploré cette piste ?

Là est la question. Ayons le courage d’approfondir notre recours en la matière au risque d’être traité de paganiste par certains de nos compatriotes à l’esprit assimilé. Mais pourvu que ce paganisme nous soit utile en préservant des vies comme dans ce village de la région du Nord. Restons profondément africains !

Cbs L’iconoclaste

L’écrivain chroniqueur



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