Utilisation des pesticides : Le conseil national de l’agriculture biologique tire la sonnette d’alarme

Le Conseil national de l’agriculture biologique (CNABIO) est très préoccupé par l’utilisation abusive et incontrôlée des produits chimiques de synthèse dans l’agriculture. Face au nombre croissant de personnes qui perdent la vie suite aux intoxications alimentaires liées aux pesticides chimiques au Burkina, le CNABIO et l’Association des Journalistes et Communicateurs Scientifiques du Burkina Faso tire la sonnette d’alarme et propose des alternatives. C’était à l’occasion d’un point de presse animé ce jeudi 8 juillet 2021 à Ouagadougou.

Manger sain est un droit pour chaque humain, mais ce droit risque de se muer en un luxe si l’on n’y prend garde. L’utilisation abusive et incontrôlée des produits chimiques de synthèse dans l’agriculture pose un véritable problème de santé publique. Dans le monde, c’est environ 200 000 personnes qui décèdent par an suite à l’utilisation des produits chimiques dans l’agriculture et bien entendu le Burkina n’est pas épargné. En 2019, 18 personnes ont trouvé la mort suite à une intoxication alimentaire au Burkina. 

Et ces chiffres pourraient continuer à augmenter, puisque d’année en année, les superficies traitées avec des produits chimiques connaissent une croissance. Selon les statistiques du ministère de l’agriculture, de 2009 à 2018, on est passé à une augmentation de 36% en termes de superficies traitées par les produits chimiques. Ces mêmes données montrent qu’on a une tendance à l’augmentation de l’utilisation des produits chimiques de 11% annuellement. 

De l’avis du Dr Damien Lankoandé du Groupe de Recherche et d’Analyse Appliquées pour le Développement (GRAAD), les niveaux d’utilisation des produits chimiques dépassent largement ce qui est recommandé sur les superficies traitées. Pire, ces produits sont utilisés ou commercialisés par des illettrés qui ne s’intéressent qu’à « leur capacité de mort subite des nuisibles tout de suite et maintenant ». A cela s’ajoute le problème de la rémanence de ces produits chimiques qui peuvent rester longtemps dans la nature, affecter la nappe phréatique et engendrer des problèmes de santé.

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Mais il n’y a pas que l’environnement et la santé des consommateurs qui souffrent de la mauvaise utilisation des pesticides, l’économie aussi y laisse des plumes. Selon le Dr Damien Lankoandé, annuellement le Burkina Faso perd en gros 7 à 10% de la valeur ajoutée du secteur agricole pour mauvais usage des produits chimiques dans les systèmes d’exploitation pour un montant estimé à 7 milliards de FCFA.

Dr Cédric Kambiré, chercheur à l’IRSAT/Bobo, spécialiste des questions de l’agroécologie: « Il est impératif de trouver des alternatives »

Pour le Dr Cédric Kambiré, chercheur à l’Institut de Recherche en Sciences Appliquées et Technologiques (IRSAT) Bobo, spécialiste des questions de l’agroécologie, il est impératif qu’on trouve des alternatives à ces systèmes pour préserver l’environnement et la santé des consommateurs. « Dans cette perspective, il y a déjà des travaux qui sont en cours et certains peuvent être diffusés, notamment les biofertilisants. Il y a des composts qu’on peut améliorer avec des micro-organismes pour permettre d’élever la valeur fertilisante et permettre de produire mieux et sainement. On a également des pesticides biologiques qui existent. Ce sont des extraits de plantes locales qui ont montré leur efficacité pour contrôler les ravageurs et je pense que ce sont des solutions aujourd’hui qui sont assez pertinentes sur lesquelles il faut suffisamment communiquer, les faire connaitre par les autorités et les usagers potentiels pour qu’enfin nous puissions préserver notre agriculture et notre environnement et fournir aux consommateurs des produits sains », a expliqué le chercheur.



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