CHU de Tengandogo : Dans l’antre de l’hôpital de tous les Burkinabè

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Situé au Sud de Ouagadougou, le Centre hospitalier universitaire (CHU) de Tengandogo se présente comme un hôpital de haut niveau, où souvent les patients n’y viennent qu’après avoir parcouru plusieurs hôpitaux. Beaucoup pensent que le CHU de Tengandogo, autrefois appelé “Hôpital Blaise Compaoré”, n’offre ses services qu’aux Burkinabè « nantis » ou aux expatriés. Un séjour permet pourtant d’affirmer que tout sujet peut bénéficier de soins appropriés dans ce complexe hospitalier qui fait la fierté du “pays des Hommes intègres”. Reportage ! 

Mercredi 28 juillet 2021. 8h30. Nous sommes dans l’enceinte du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Tengandogo. Tout a l’air calme. Pas d’engouement comme c’est le cas dans plusieurs autres hôpitaux publics de la place. COVID oblige, le port du masque est exigé.

La verdure de la pelouse, nouvellement coiffée, laisse découvrir sa splendeur. Des femmes, munies de brouettes et de balayettes, sillonnent la cour de l’hôpital. Elles sont du service d’hygiène.

Arrêtés ou assis sur des pavés, des garde-malades devisent entre eux. Ils inspirent la compassion chez certains visiteurs. Ce n’est pas facile d’avoir un proche à l’hôpital, surtout quand son état ne s’améliore pas !

Nous nous dirigeons vers la salle N°2 destinée à l’enregistrement pour les consultations. La salle, assez grande, est gardée propre, à l’image d’une salle d’attente d’un aéroport ou d’une grande banque de la place. Chaque patient ou son accompagnateur, après avoir tiré son numéro, patiente, sur des chaises faites à base de fer, attendant son tour de passage.

Les patients devant les guichets pour les consultations

À chaque sonnerie de l’alarme, les yeux sont rivés sur de petits tableaux d’affichage sur lesquels défilent l’ordre de passage de chaque patient. Tout, ou presque, est informatisé dans cet hôpital public. Même les employés pointent en rentrant. Bref ! Tour à tour, les patients sont orientés vers des médecins pour les consultations.

La consultation à 5000 FCFA

Toujours dans la salle d’attente, nous décidons de suivre un malade qui ne s’exprime pas en français. Mais Faissal Traoré, qui accompagne son père pour un contrôle dentaire, décide d’intercéder. Après quelques minutes d’attente, la sonnerie retentit et le tableau affiche leur numéro. Enfin ! Faissal Traoré s’approche pendant que son père reste assis.

Toute consultation coûte 5.000 FCFA, apprend-on. Mais, il y a une légère diminution du montant pour les patients détenant une assurance maladie.

Le bon obtenu, Faissal et son géniteur s’empressent de rencontrer un médecin dentiste. À l’issue du contrôle, Faissal Traoré se dit impressionner par l’organisation au sein du CHU. En fait, c’est la première fois pour son père et lui de venir à Tengandogo. Le jeune homme apprécie bien la façon dont les malades sont accueillis et pris en charge.

Il souligne néanmoins avoir rencontré quelques difficultés pour retrouver les différents services. “Ce n’est pas facile. La signalisation fait défaut à Tengandogo, avec les 39 bâtiments que compte ce complexe hospitalier. Il est facile de se perdre dans cet hôpital“, dit-il, arborant un large sourire.

Le problème de signalisation des différents services à Tengandogo soulevé. 

Et de suggérer : « C’est très bien organisé. Mais si vous ne connaissez pas l’hôpital comme nous qui sommes à notre première fois, c’est difficile de s’orienter. Il faudrait vraiment revoir ce côté-là ».

Pour ce qui est du coût des soins, Faissal Traoré remarque un petit surplus par rapport à certains grands hôpitaux de la place. Mais pour lui, ce surplus vaut la peine, vu la qualité du service offert et des infrastructures. “La qualité a toujours un coût. Ce n’est pas pour rien plusieurs ministres se font soigner ici”, avance-t-il, l’air stoïque.

Rupture de stock de bons pour les patients assurés… 

Geoffroy Nabi accompagne ses frères pour la consultation. Il se trouve que le stock des bons pour les patients ayant une assurance vient d’être épuisé. Au fait, à son arrivée, il ne savait pas qu’il fallait tirer un numéro d’ordre de passage avant de s’asseoir.

Assis pendant un certain temps, ils constatent que ceux qui arrivaient après lui retiraient un bout de papier. “Au début, je ne savais pas qu’il fallait tirer un numéro de passage. C’est l’unique difficulté que j’ai eue. Sinon c’est plutôt bien ce qui se passe ici“, marmonne-t-il.

Geoffroy Nabi accompagne ses frères pour la consultation

Il ne se rend compte de son erreur que lorsque c’est trop tard. Malheureusement, ces frères sont repartis sans se faire consulter à cause de la rupture du stock des bons des malades assurés. Il leur faut revenir un autre jour.

Généralement, de nombreux cas graves de maladies sont transférés au CHU de Tengandogo, considéré comme un établissement sanitaire de haut niveau. Bâti sur une superficie de 16 hectares, avec une capacité de 600 lits d’hospitalisation, des bureaux logés dans 39 bâtiments, c’est, en tout cas, l’un des plus grands hôpitaux du Burkina Faso.

Le lit d’hospitalisation de 5000 FCFA, le jour

Mais le caractère du CHU conforme aux critères esthétiques et aux normes internationales semblent l’éloigner de la plupart des Burkinabè.

Le lit d’hospitalisation de 60 000 FCFA

En effet, plusieurs Burkinabè ne profitent pas des services de cet hôpital qui fait la fierté du pays, avec son personnel capable d’offrir des soins de qualité. Le CHU de Tengandogo étant vu comme un hôpital construit pour les plus nantis. Et pourtant !

Le lit d’hospitalisation de 7000FCFA

La base tarifaire de 1991 appliquée au CHU de Tengandogo est la même que celle en vigueur dans les autres grands hôpitaux publics du Burkina, selon les informations sur place.

Les tarifs reviennent presque au même titre que dans les autres structures sanitaires publiques. La consultation est à 5000 FCFA.

Étant un hôpital public, le CHU de Tengandogo obéit aux règles sanitaires émises par l’État à travers notamment le ministère de la santé publique.

La pharmacie hospitalière

L’autre élément important au CHU de Tengandogo : La pharmacie hospitalière. Mais elle connait des insuffisances, selon des responsables de l’hôpital. Surtout des ruptures fréquentes en termes de produits. C’est d’ailleurs le cri du cœur de plusieurs médecins rencontrés pendant notre séjour à Tengandogo.

Ils plaident pour que la pharmacie hospitalière soit ravitaillée fréquemment pour faciliter la prise en charge des patients. “C’est ce service qui fait la force d’un hôpital“, précisent-ils.

La pharmacie hospitalière permet d’avoir le bon médicament au bon moment, confie Dr Corine Foro, responsable de la pharmacie hospitalière au CHU de Tengandogo.

Toutefois, elle soutient que l’existence et la fonction de la pharmacie hospitalière sont méconnues de la population qui est habituée à se procurer des produits d’une pharmacie à une autre à l’extérieur de l’hôpital.

Pourtant grâce à la pharmacie hospitalière, l’hôpital de Tengandogo arrive à soigner les patients à qui des factures sont délivrées après les soins.

Un lit de réanimation

Aux urgences par exemple, la prise en charge du patient est entamée dès son arrivée sans que le service financier n’entre en contact avec l’accompagnateur, les membres de la famille ou le patient lui-même. Ce n’est qu’après lui avoir administré les premiers soins que sa facture sera établie.

Environ 160 millions de francs CFA de déficit…

Mais la pharmacie hospitalière a un coût sur le fonctionnement du CHU de Tengandogo, reconnaissent les autorités sanitaires. Plusieurs patients, en effet, n’arrivent pas à solder leurs factures après la prise en charge. Ce qui fait que le CHU de Tengandogo accuse, à ce jour, un déficit d’environ 160 millions de francs CFA.

Selon le directeur général du CHU de Tengadogo, Ferdinand Tiendrébéogo, avec l’aide de la pharmacie hospitalière, les gens sont soignés, mais en fin de compte, ils ne parviennent pas à solder leurs factures.

Le directeur général du CHU de Tengadogo, Ferdinand Tiendrebéogo

À l’écouter, dans la plupart du temps, c’est le service social de l’hôpital qui s’occupe de ces factures. Un service qui peine à se relever lui aussi, regrette-il. Il salue, par ailleurs, l’appui du ministère en charge de l’action sociale qui intervient  régulièrement et solde certaines factures.

Au CHU de Tengandogo, le prix des lits d’hospitalisation s’élève à 5 000, 70 00, 10 000 et 60 000 FCFA par jour. Et le malade a droit à trois repas par jour. Les chambres de 60 000 sont des suites où il y a un salon, une douche, un frigo à la disposition du malade.

Chaque Burkinabè, selon ses moyens peut se faire soigner à Tengandogo, affirme le DG de l’hôpital. En réalité, ajoute-il, les 5000 ou 60 000 FCFA que le patient paie lui revient en termes de restauration et de confort. Et l’hôpital ne gagne presque rien là-dessus, selon ses dires.

Le repas offert aux patients VIP (où un lit d’hospitalisation fait 60 000 FCFA)

Plus de souci pour la chirurgie cardiaque

Grâce à la chirurgie cardiaque, aujourd’hui au Burkina Faso, le problème de cœur peut être traité avec succès. A Tengandogo, il est, en effet, possible de subir une chirurgie cardiaque. Pendant notre séjour, nous avons, d’ailleurs, eu la chance de participer à une intervention du genre.

Il s’agit de l’opération de la cure artérielle chez un garçon de trois ans, dans une salle où rien n’y accède sans être désinfecté. Pas de contact avec le monde extérieur, chacun est à son poste et a un rôle précis à jouer. Lire la vidéo 👇🏿

Mais comme dit l’adage populaire, l’arbre ne doit pas cacher la forêt. Presque tous les responsables de services que nous avons rencontrés au CHU de Tengandogo relèvent de nombreuses insuffisances notamment la pharmacie hospitalière qui n’est pas assez ravitaillée, le manque d’équipements au sein du laboratoire, des pannes fréquentes d’appareils, d’autres problèmes qui limitent les capacités d’intervention des médecins…

Willy SAGBE

Burkina 24



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