Burkina Faso : A la découverte de “Yinézou”, une troupe de danse Gourounsi

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« La culture, c’est ce qui demeure dans l’homme lorsqu’il a tout perdu », dixit Édouard Herriot, écrivain et ancien Maire de Lyon. C’est fort convaincu de cette maxime que des Burkinabè se consacrent à valoriser leurs cultures. Ainsi donc, de l’Est à l’Ouest en passant par le Nord, le Sud et le Centre, on voit des troupes de danse, des organisations et des associations qui naissent et qui ont pour objectif de défendre, préserver et transmettre aux futures générations une culture propre à elles. C’est le cas de la troupe Yinézou de Goundi dans la province du Sanguié. Formée dans les années 2000, elle œuvre pour la sauvegarde de la culture gourounsi à travers la danse (le binon). Burkina24 est allé à leur rencontre. Difficultés, acquis et appréciations des autorités sont des éléments à découvrir dans les lignes qui suivent.

Goundi, une localité située à 116 kilomètres de Ouagadougou, la capitale du « pays des Hommes intègres ». En ces temps de saison hivernale, l’on peut constater la beauté de la nature tout en profitant d’une bonne pluie qui arrose le paysage en cette matinée de 13 aout 2021. 

Entre les braves paysans qui sont déjà aux champs, les ouvriers de certaines entreprises qui embarquent pour les chantiers et les femmes qui attendent que la pluie se calme pour faire sortir leurs commerces au bord du bitume (sortie ouest de la route Koudougou-Dédougou), on constate malgré sa proximité avec la ville de Koudougou que Goundi a su se protéger tant bien que mal de l’expansion de la ville. 

« Nous ne faisons pas de différence de sexe »

Il est 8H00 exactement quand on rentre dans la cour de notre hôte. Tradition oblige, il faut avoir un hôte dans le village afin d’avoir accès à certaines explications et à certaines… choses. Après des salutations d’usage, comme cela se fait au village et toujours sous une pluie qui fait des caprices, nous passons à l’explication de notre présence au village de Goundi, quoique l’hôte soit déjà au courant.

Peu après, la pluie décide de prendre congé de nous, mais cela ne sera que de courte durée. Il est en ce moment 11H passées de quelques minutes. Avec l’hôte en tête, nous nous installons dans une buvette, histoire de boire un verre avant d’entamer la journée. Et comme s’il avait lancé un signal, les membres de la troupe Yinézou s’amènent un à un. En un rien de temps, la troupe était au complet.

14H30, après avoir partagé un repas ensemble, nous prenons la direction de Réo où la troupe doit livrer une prestation lors d’une cérémonie. Après 20 minutes à travers les champs sur une voie rouge, nous débouchons sur la cité de Réo, réputée pour son fameux porc au four.

Née en Mars 2003 à Goundi, la troupe Yinézou de Goundi est composée de 14 membres. « Dans notre troupe, il y a des hommes comme des femmes. Nous ne faisons pas de différence de sexe », nous dit Raoul Basson, l’encadreur de la troupe. A la question de savoir si c’est donc une troupe traditionnelle qui s’essaie dans l’égalité des sexes, il nous répond par l’affirmative arborant un large sourire.

« Tout le monde peut faire partie de la troupe »

De la semaine régionale de la culture à Koudougou à la Semaine nationale de la culture à Bobo-Dioulasso en passant par d’autres compétitions nationales et internationales, la troupe a fait plusieurs scènes. Plusieurs fois récompensée tant au niveau national qu’au niveau international, elle fait la fierté de Goundi, dans le Centre-Ouest du Burkina Faso. « Nous avons représenté le Burkina Faso en Egypte lors de la 1ère édition de la conférence islamique », raconte Raoul Basson, visiblement très fier de ses aventures. 

On le sait aussi, réunir plusieurs personnes qui ont des activités diverses n’est pas aisé. Mais la troupe Yinézou a réussi le pari, à chaque fois pour les répétions et pour les différentes prestations. Sur cet aspect, l’encadreur explique que les répétions se font à la maison des jeunes de Goundi. Pour les prestations, chaque membre se débrouille pour se libérer et se rendre disponible.

« Nous avons des jours de répétitions qui sont les mercredi,  jeudi et samedi. Nous nous retrouvons à la maison des jeunes et on répète. Et c’est lors des répétitions qu’on essaie de colmater des pas de danse »,  confie Raoul Basson. Revenant sur les conditions d’adhésion à la troupe, l’encadreur laisse entendre ceci : « tout le monde peut faire partie de la troupe. N’importe qui peut être membre. Il suffit d’avoir la volonté et apprendre à danser ».

« En réalité, dans notre danse, il n’y a pas de mystique dedans »

De la manière qu’il n’y a pas de conditions pour intégrer la troupe, son encadreur explique que c’est de cette même manière qu’ils « ne se prennent pas la tête » avec un palmarès bien garni et les passeports remplis de voyages à l’international. Une situation que Raoul Basson saisit pour nous expliquer un cas bien connu des troupes de danse traditionnelle. Il s’agit du mysticisme légendaire qu’on leur attribue.

Selon ses propos, la troupe Yinézou n’est pas mystique, ne requiert pas une initiation particulière et n’exécute pas de danse rituelle. Avec un air humoristique, il nous explique que la troupe ne s’implique pas dans de telles pratiques. « En réalité, dans notre danse, il n’y a pas de mystique dedans », lance-t-il. Il souligne cependant qu’il existe bien des danses réservées à certaines occasions mais la troupe Yinézou « s’en éloigne. Ces genres de trucs ne nous intéressent plus ». 

Sur les difficultés que rencontrent la troupe Yinézou de Goundi, son encadreur en voulant les évoquer, nous laisse un grand soupir. D’un coup, son visage se sert, il oriente son regard vers le ciel et met plus de 5 minutes avant de nous revenir. « C’est trop », lance-t-il. Pour lui, les difficultés sont nombreuses. « Pourtant, la troupe fait la fierté du pays », rétorque-t-il. Visiblement, Raoul Basson recherche le problème à cette situation.

« Les gens apprécient notre travail »

« Tout dernièrement, nous avons participé à une émission télé à Ouagadougou. Pour le déplacement même, c’est un ami qui nous a aidés et il est même venu nous soutenir sur place. En plus de ça, nous avons des problèmes de local pour nos répétitions car la maison des jeunes est en mauvais état », raconte l’encadreur qui martèle qu’« il y a assez de problèmes ». Le paradoxe se produit à partir du moment où Raoul Basson indique que la population s’intéresse à ce qu’ils font. « Les gens apprécient notre travail », dit-t-il.

Nous replongeons dans le problème commun de tous les Burkinabè : le manque de soutien. Comme le disait un artiste humoriste sur Burkina24, « les gens vous encouragent seulement. Même s’ils peuvent faire quelque chose pour vous, ils ne le feront pas ». Face à cette situation, nous repartons voir le maire de la commune de Réo, le Dr Louis Bazimo qui a assisté à la prestation de la troupe à plusieurs reprises. Selon ses propos, « c’est toujours avec un réel plaisir que nous assistons aux prestations de la troupe Yinézou de Goundi ».

Allant plus loin dans ses témoignages, il estime que c’est une troupe qui a la « qualité, la vigueur, la motivation et le talent ». Un mélange qui offre « une très belle troupe », selon les dires de Dr Louis Bazimo qui lance que « c’est une troupe emblématique de notre commune ».  Sur l’accompagnent de la mairie, il souligne que « si nous sommes au courant, nous prenons souvent en charge leurs déplacements ou leurs hébergements ».

« C’est la folie quand la troupe Yinézou de Goundi est en prestation »

Du côté de la direction régionale de la culture des arts et du tourisme, l’on s’aligne sur les propos du maire. Pour Fousseni Mien, le directeur régional de la culture du Centre-Ouest, l’essence même de la troupe est « de promouvoir une danse spécifique qui est le binon », une danse, déplore-t-il, en voie d’extinction. Selon ses dires, la modernisation a pris le pas sur certaines valeurs culturelles d’où la nécessité d’appuyer les troupes traditionnelles afin de préserver la culture locale. 

Sur l’appréciation faite de la population, nous avons eu l’occasion de voir cela lors de la prestation de la troupe. Des spectateurs qui n’hésitent pas à se joindre à Raoul Basson et ses camarades, des invités qui s’essaient et même des journalistes qui, derrière leurs cameras, se laissent entrainer par les sonorités. « Ça, ce n’est rien d’abord. A nos prestations, personne ne reste assis. C’est la folie quand la troupe Yinézou de Goundi est en prestation », conclut Raoul Basson.

18H00, notre séjour dans le village de Goundi prend fin et nous nous dirigeons vers Koudougou afin de regagner Ouagadougou. Loin des feux tricolores des villes, loin des lampadaires qui illuminent les rues et loin des nuisances sonores créées par les innombrables maquis des grandes villes, nous laissons Goundi dans son calme, sa tranquillité et dans sa tradition… 

Basile SAMA

Burkina 24



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