Sécurité au Burkina :«Lorsqu’il s’agit de poursuivre un journaliste pour diffamation, cela est très rapide» (Dr Lassané Yaméogo)

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Le forum organisé par la Fondation des Médias pour l’Afrique de l’Ouest (MFWA), en collaboration avec le Centre National de Presse Norbert Zongo (CNP-NZ), a pris fin au soir du lundi 30 août 2021. Plusieurs propositions ont été recueillies notamment pour l’amélioration de la situation des journalistes au Burkina Faso dans ce contexte d’insécurité. 

Tout au long de ce forum qui a duré toute la journée, des experts ont, à tour de rôle, présenté des communications sur des thèmes à savoir « média et contexte sécuritaire : ce qu’il faut savoir de la situation sécuritaire et comment se comporter ? », « Menaces contre les journalistes », enfin une communication sur le thème « comment le journaliste doit-il se protéger sur le terrain de collecte de l’information ? ». 

Le premier sujet a été présenté par l’expert en sécurité Mamoudou Sawadogo qui s’est articulé sur les difficultés de sécurité que rencontre le Burkina Faso. En effet, il est ressorti de sa présentation que le problème sécuritaire du Burkina est dû à la mauvaise gouvernance mais aussi au manque de collaboration avec les pays de la sous région.

« Souvent en voulant éteindre le feu, les dirigeants dans la hâte prennent des décisions qui pénalisent plus la sécurité. Voyez la création des VDP, vous pensez qu’après la guerre on peut récupérer les armes encore ? Les bétails qu’ils détournent, avez-vous déjà entendu une communication sur ces cas ? », a déclaré l’expert.


A propos de l’origine de cette situation, l’expert en sécurité a également indexé le manque de collaboration sous régionale. « Cette guerre pourrait aller même jusqu’à 20 ans. Vous voyez les autres pays voisins sont assis à jouer les non concernés. Mais on ne peut que s’en prendre à nous, car on a fait pareil avec le Mali en 2011 », a-t-il ajouté.

Dr Lassané Yaméogo, enseignant chercheur à l’université Joseph Ki Zerbo, a fait une communication sur le 2ème thème, la présentation des menaces reçues par les journalistes. Ainsi il a indiqué que l’une des raisons qui participent au ralentissement du travail journalistique est la lenteur des dossiers soumis par ceux-ci en justice donc une « injustice sociale ».

« Lorsqu’il s’agit de poursuivre un journaliste pour diffamation, cela est très rapide. Mais quand c’est le journaliste qui se plaint pour menace, on a l’impression que le dossier peine à avancer au niveau juridique », a-t-il expliqué.

Il a également souligné que le nouveau code pénal a un impact sur le rendu du journaliste, a-t-il dit, l’empêchant d’aller récolter des informations et se contentant des communiqués. « Un fait qui se déroule ici, on est souvent obligé de citer les presses internationales car on n’a pas accès à l’information. Mais dans ces temps de terrorisme, toutes les parties veulent que la communication soit en leur faveur. Mais c’est ça le journaliste, avoir les sources nécessaires et choisir la bonne information », a-t-il  clarifié.

Il faut noter que le dernier thème a été présenté conjointement par le journaliste Hyacinthe Sanou et le commandant Guy Hervé Yé, directeur en charge de la communication de la gendarmerie nationale. « Il faut travailler à assainir l’opinion en apportant des informations nettes.  

Les populations civiles estiment malheureusement que la lutte est juste une histoire de FDS, à vous de leur faire changer d’avis. Il nous faut une collaboration appuyée pour permettre de détecter des cas de radicalisation. On ne peut plus s’asseoir et dire que le terrorisme a une facette, une couleur, ou une ethnie particulière. Figurez-vous qu’il y a certains villages où ce sont des veilles femmes qui partent mettre des bombes sous des ordres. Comment nous on peut agir ? », a déploré le commandant de la gendarmerie nationale.


Le journaliste Hyacinthe Sanou a, quant à lui, souligné que les techniques de rédaction devraient être revues dans ce contexte, pour « éviter de semer la psychose » au sein de la population. « Dans nos rédactions il y a des termes à proscrire en ce moment de crise. Il faut également prendre du temps pour analyser le sujet avant toute publication », a-t-il appelé.

A l’issue  de cette rencontre, plusieurs propositions ont été élaborées pour l’amélioration du système sécuritaire  tant pour les journalistes que pour les autres composantes de la société.

Abdoul Gani BARRY

Burkina 24



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