Tribune I Refus d’enregistrer le procès Sankara : « On a raté le coche d’inscrire Sankara dans le registre mémoire du monde »

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Ceci est un écrit d’un écrivain chroniqueur, Cbs l’iconoclaste, sur le procès du dossier Thomas Sankara.

Aussitôt ouvert hier 11 octobre 2021, le procès des 14 assassins présumés de Sankara et de ses 12 compagnons a été suspendu et renvoyé au 25 octobre prochain pour permettre aux avocats de la défense de se préparer en conséquence.

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Ce, en présence de la veuve Mariam Sankara au visage émouvant, les yeux légèrement humectés de larmes et dans un calme olympien qui trahit son angoisse et sa détresse. Coup de théâtre : le tribunal militaire a rejeté la demande de la partie civile relative à l’enregistrement et la retransmission du procès.

Pour la partie civile, ses avocats et les « Sankaristes » éparpillés dans le monde, c’est une fin de non-recevoir insusceptible de recours et au parfum d’une pilule amère qu’ils ont du mal à avaler. Conséquence : l’humanité devra donc désormais compter sur l’attention, la vigilance et la probité des journalistes pour immortaliser ce procès du siècle au retentissement supranational, des soupçons ayant pesé depuis le drame de 1987 sur la Côte d’Ivoire et la France.

On rate donc là l’occasion d’immortaliser davantage Thomas Sankara qui aura été un homme pétri de valeurs universelles et à la renommée quasi planétaire. En effet, comment peut-on se contenter de confier l’historicité de ce procès aux seuls journalistes et au citoyen lambda présents audit procès ? Même s’ils le désirent, pourront-ils prendre intégralement note de tout ce qui sera dit pendant les débats ?

Ou encore fonder l’espoir que les historiens reconstituent intégralement les faits à l’avenir ? Que nenni ! C’est comme si l’on demandait à l’assistance présente au procès d’assurer le caractère mémorable de ce procès.

Certes, la presse a une grande partition à jouer dans la vulgarisation de ce procès puisque c’est elle qui a permis en partie la réhabilitation en 1906 de Dreyfus dans le procès du même nom en France, mais il convient de relever qu’elle ne saurait être considérée comme un robot dont les performances à historiciser l’affaire Sankara seraient sans bornes.

L’histoire et la postérité en pâtiront

On aurait tant voulu que le tribunal acceptât de permettre l’enregistrement de ce procès et rendre ipso facto une fois de plus justice à Sankara en rendant disponibles les archives sonores y afférentes à l’humanité tout entière et à la postérité. Ce, au regard de la dimension planétaire de cet homme juste qui a su faire germer l’espoir à son peuple et à tous les laissés-pour-compte dans les quatre coins du monde.

En cela, Sankara n’appartient pas seulement qu’au Burkina Faso mais plutôt à l’humanité tout entière. Et à l’instar des archives sonores du procès Rivonia des années 1963 et 1964 en Afrique du Sud, celles liées au procès Sankara méritent d’être inscrites au registre Mémoire du monde de l’UNESCO pour l’éternité de ce « Che africain » et le respect intégral du droit d’accès à l’information qu’on doit à la postérité.

A cet effet, l’UNESCO devait même de son propre chef en faire la demande parce que Sankara est plus qu’un patrimoine mondial eu égard aux valeurs de justice sociale, de liberté, d’émancipation de la femme, etc., qu’il a incarnées.

Car ce serait inconvenant d’avoir les archives sonores du procès Rivonia dans le registre Mémoire du monde de cette organisation onusienne tout en n’y ayant pas celles liées au procès Sankara.

D’autant plus que les valeurs d’égalité et de tolérance défendues par Nelson Mandela, Walter Sissulu et autres jugés au procès Rivonia sont quasiment les mêmes qui étaient chevillées au corps loin d’être immaculé de Sankara. 

Bref, l’humanité a raté un grand coche… Et c’est l’histoire et la postérité qui en pâtiront.

Cbs l’iconoclaste

L’écrivain chroniqueur

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