Exploitation artisanale et semi-mécanisée de l’or : À l’école du Burkina Faso

Dans le cadre du projet de coopération Sud-Sud pour la promotion d’une exploitation artisanale et semi-mécanisée de l’or sans cyanure ni mercure, des acteurs du secteur de l’orpaillage du Ghana, de la Guinée, du Mali et du Burkina Faso ont bénéficié d’un voyage d’étude au Burkina Faso du 14 au 16 octobre 2021. Ce voyage d’étude conduit par le Programme de Microfinancements du Fonds pour l’Environnement Mondial (PMF/FEM) a permis aux participants de s’échanger les bonnes pratiques en matière d’exploitation artisanale et semi-mécanisée de l’or et surtout de découvrir une technologie de tous les espoirs en expérimentation au Burkina Faso pour la dépollution des sites d’orpaillage et la restauration des sols dégradés. 

L’exploitation artisanale et semi-mécanisée de l’or est une activité qui est en pleine expansion au Burkina Faso et contribue à réduire le chômage et la pauvreté. Selon l’Agence Nationale d’Encadrement des Exploitations Minières Artisanales et Semi-mécanisée (ANEEMAS), le secteur de l’exploitation minière artisanale compte plus de 800 sites, occupe plus d’un million de personnes à temps plein avec une production d’une dizaine de tonnes d’or ayant généré environ 232,2 milliards de FCFA en 2016.

Seulement, le secteur reste toujours marqué par l’utilisation non contrôlée de produits chimiques tels que le cyanure, le mercure, le zinc, etc. qui sont des produits hautement dangereux pour l’environnement et pour la santé humaine et animale. 

C’est donc soucieux de l’impact de l’utilisation de ces produits chimiques que le Programme de Microfinancements du Fonds pour l’Environnement Mondial (PMF/FEM), qui a fait de son cheval de bataille la lutte contre la dégradation des terres, la lutte contre les polluants organiques persistants et les produits chimiques, pour ne citer que ceux-là, a monté un projet novateur sud-sud regroupant le Ghana, la Guinée, le Mali et le Burkina Faso. Ce projet de coopération Sud-Sud vise la promotion d’une exploitation artisanale et semi-mécanisée de l’or sans cyanure ni mercure dans ces quatre pays d’intervention. 

Site d’orpaillage à Bilgotenga dont les activités ont été interrompues par les forces de l’ordre pour une meilleure réorganisation

« L’idée est partie d’une visite de projet et pendant nos tournées, nous avons constaté l’exploitation de l’or au Burkina Faso et son traitement avec le cyanure et le mercure. Nous nous sommes dits que si on laissait faire, la contamination sera à une très grande échelle et entrainant la dégradation de l’environnement et des problèmes de santé pour l’homme. Nous avons ensemble monté un projet novateur sud-sud qui nous permet aujourd’hui le voyage d’étude », explique le Coordonnateur national du PMF/FEM, Noel Compaoré. 

Ainsi, une vingtaine de participants constitués de responsables d’associations et d’ONG intervenant dans le secteur de l’orpaillage artisanal et semi-mécanisé ont effectué ce voyage d’étude au Burkina ponctué de visites de sites d’orpaillage et de communications. 

Et justement pour permettre aux participants de se familiariser avec la règlementation régissant l’exploitation minière artisanale au Burkina, C’est l’ANEEMAS qui plante le décor avec une conférence sur la réglementation de l’exploitation artisanale de l’or au Burkina.

Une réglementation, certes dense, mais qui peine à assainir totalement le secteur de l’orpaillage marqué par la fraude dans la commercialisation de l’or produit artisanalement et l’utilisation des produits chimiques prohibés (cyanure et mercure). Après cette première communication, l’impact de l’utilisation des produits chimiques comme le mercure et le cyanure dans l’exploitation artisanale et à petite échelle a été présenté aux participants. 

Puis direction, le site d’or de Bilgotenga dans la commune de Absouya (région du Plateau Central). Sur ce site, l’on a essayé d’être en conformité avec la réglementation en subdivisant le site en trois zones : la zone d’extraction où se trouvent les galeries, la zone de traitement et la zone d’habitation et d’activités diverses où se trouve le marché.

Les participants au voyage d’étude posant avec le maire de la commune de Dassa Jean Gulbert Bayili (premier plan au centre)

Après le Plateau-Central, le cap est mis sur le Centre-Ouest, plus précisément à Dassa, une commune de la province du Sanguié.  Dans cette commune, en effet, en contre bas d’un site abandonné dans le village de Nébia, l’Institut de Recherches en Sciences Appliquées et Technologies (IRSAT) expérimente une technologie dont l’objectif est de dépolluer le site par la phytoremédiation. 

« Sur ce site, nous avons utilisé une plante bien connue à travers le monde parce qu’utilisée depuis des décennies pour traiter les sols, les eaux, pour le génie civil dans certains contextes. C’est le chrysopogon zizaïnodes, un type de vétiver », explique Dr. Martine Diallo/Koné, maitre de recherche à l’IRSAT. 

Le chrysopogon zizaïnodes ou le vétiver, un dépolluant en expérimentation dans un site abandonné à Nébia

De l’avis de la chercheuse, le Vétiver a des racines très longues qui lui confèrent une capacité de s’enraciner profondément et de prélever les polluants dans un sol pollué. En même temps, elle permet aussi de conserver l’eau et d’arrêter la matière organique, ce qui permet une fertilisation du sol.

Selon Dr. Koné/Diallo, cette technologie qui est en phase expérimentale, grâce à un financement du FONRID, pourrait être l’alternative efficace pour la dépollution des sites d’or abandonnés ou en exploitation. Elle nourrit l’espoir de voir cette technologie appliquée à grande échelle dans les sites d’orpaillage.

Dr. Martine Diallo/Koné, maitre de recherche à l’IRSAT posant avec le Coordonnateur national du FEM, Noel Compaoré sur le site expérimental du Vétiver à Nébia

Une chose est certaine, les visiteurs du jour ont tous marqué leur émerveillement face à cette technologie facile à appliquer à l’image de Ali Bocoum, chargé de programme de l’ONG DONKO au Mali.

« L’utilisation du vétiver sur les sites abandonnés afin de restaurer les sols dégradés est vraiment salutaire et c’est une première pour nous. Nous pensons pouvoir vulgariser cette plante dans les sites abandonnés au Mali et voir ce que cela peut nous donner comme résultat », relate-t-il.

 Pour Barry Ousmane, Président de l’Union communale des artisans miniers de Kampti et responsable du site d’or de Bantara (Sud-Ouest), c’est un ouf de soulagement de voir que de très belles initiatives ont été prises pour l’amélioration de l’exploitation artisanale et semi-mécanisée de l’or dans les sites.

Ousmane Barry, Président de l’Union communale des artisans miniers de Kampti

« C’est une technologie qui m’a convaincu. Il ne restait que ces genres d’initiatives pour espérer la dépollution des sites comme les nôtres qui existent depuis 20 ans. Imaginez un peu le taux de pollution de nos sites durant tout ce temps », s’exprime-t-il, visiblement ému par cette technologie. Cet artisan minier a d’ailleurs émis le souhait que l’IRSAT installe un site pilote à Kampti.

Marina Kaboré/Sawadogo, de l’association Wendkouni du Namentenga, elle aussi fonde de réels espoirs sur le vétiver pour la dépollution des sites d’exploitation artisanale de sa province. Son association, dans le cadre de ses activités, œuvre contre l’utilisation du mercure et du cyanure dans les communes de Yalgo et de Bouroum.

Dans l’ensemble, c’est un voyage d’étude qui a été « très enrichissant et bénéfique » pour les participants à titre personnel mais aussi pour leurs communautés auprès de qui ils vont partager les expériences acquises.

Selon Lamine Diallo, coordonnateur régional de l’ONG Carbonne Guinée dans la région de Kankan, son pays, la Guinée, à l’image des autres pays membres du projet de coopération sud-sud, fait face également à l’utilisation du cyanure et du mercure.

« En tant qu’agent sensibilisateur, à mon retour je vais partager ces expériences positives avec nos orpailleurs, ajouter aux expériences positives guinéennes pour aller de l’avant. Le mercure est un tueur silencieux et le cyanure tue à la seconde. On découvre assez de maladies chez nous et malheureusement les agents de santé n’ont pas la maitrise de décrire les signes cliniques qui sont causés par le mercure. Et parfois on attribue ces maladies à des mauvais sorts. Les gens utilisent encore le mercure sans équipements de protections », confie-t-il.

Ali Boucoum de l’ONG DONKO du Mali: « C’est vraiment un voyage d’étude très intéressant et très bénéfique pour nous » 

« Ce voyage nous a permis d’avoir de plus amples informations et de l’expérience que nous allons capitaliser et partager avec nos bénéficiaires orpailleurs du Mali afin de réduire considérablement l’utilisation du mercure dans les zones aurifères. Nous avons vu l’utilisation du vétiver qui consiste à restaurer les terres dégradées, qui peut être utilisé dans les sites d’orpaillage afin de réduire la dégradation à laquelle ces sites sont confrontés. C’est vraiment un voyage d’étude très intéressant et très bénéfique pour nous », ajoute pour sa part Ali Boucoum de l’ONG DONKO du Mali.

La délégation ghanéenne, elle, également, ne tarit pas aussi d’éloges à ce projet de coopération sud- sud. Elle a estimé que ce voyage d’étude a été un rendez-vous du donner et du recevoir. Le Ghana ayant une longue tradition en matière d’exploitation artisanale de l’or, la délégation a partagé avec les autres participants les bonnes pratiques utilisées au pays de Kwame N’krumah.

Visite d’un site de cyanuration à Nébia

Mohamed Zingtang de Zukpri CREMA (Community Resource Management Area) a suggéré que l’Etat burkinabè s’implique davantage en encadrant l’exploitation artisanale de l’or, en impliquant des professionnels, géologues qui iraient par exemple avec des outils, indiquer la direction du filon et permettre une exploitation responsable des sites d’orpaillage.

Mohamed Zingtang de Zukpri CREMA (Ghana): « l’Etat doit impliquer des géologues dans l’orpaillage »

« S’il y a un géologue qui indique la direction du filon, il y a de très forte chance qu’il n’y ait plus de pagailles et que les gens ne soient plus en train de creuser un peu partout avec leurs méthodes traditionnelles qui sont plus ou moins hasardeuses.

Une fois que le site est épuisé, il ne faut pas attendre, il faut boucher les trous, sélectionner des variétés de plantes qui croissent vite et qui peuvent reverdir la zone, la rendre encore utilisable pour l’agriculture », a conseillé cet expert ghanéen.

Le coordonnateur national du PMF/FEM, lui, tire un bilan satisfaisant au terme de ce voyage d’étude. « Par rapport aux sites d’exploitation, nous avons vu ce qui est bien et ce qui n’est pas bien. Et entre pays, nous avons échangé et des conseils sont ressortis. Au niveau des conférences, il y a beaucoup de choses que nous ne connaissions pas et qu’on a appris et les gens à leur retour vont partager avec les orpailleurs qui sont restés sur place. Nous savons qu’à l’issue de ce voyage d’étude, il y aura un impact positif et un changement de comportement au niveau des sites et nous savons qu’ils vont attirer d’autres orpailleurs pour intégrer le projet pour avoir de bons comportements », conclut Noel Compaoré.

Pour la suite de ce projet de coopération sud-sud pour l’orpaillage sans produits chimiques, un autre voyage d’étude est prévu les mois à venir en République de Guinée. 

Maxime KABORE

Burkina 24

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