Procès Sankara : « Les évènements du 15 octobre ont bien commencé avant le 15 » (Ousséni Compaoré)

Le procès sur l’assassinat de Thomas Sankara et 12 autres poursuit son chemin. L’heure est toujours aux passages des témoins. C’est l’ancien ministre de la sécurité, Ousséni Compaoré, commandant de la gendarmerie à la retraite qui succède à Victor Zongo.

Une fois à la barre, le commandant de la gendarmerie au moment des faits a été interrogé par le tribunal de dire ce qu’il sait sur l’assassinat de Thomas Sankara et 12 autres. A cette question, il répond que les rumeurs circulaient que Blaise Compaoré préparait un coup d’Etat et le président Thomas Sankara lui-même a affirmé que « si Blaise veut faire un coup d’Etat, c’est imparable ».

Cette déclaration fait suite à la position que Blaise Compaoré occupait en son temps. « C’est Blaise qui avait l’essentiel du pouvoir. Il était le commandant de la 1ere région militaire. La sécurité du président était assurée par le Centre National d’Entrainement Commando (CNEC), et c’est Blaise qui commandait le CNEC », a-t-il expliqué.

A l’entendre, seul Blaise Compaoré avait les moyens adéquats pour faire un putsch en son temps. Au regard de son influence au sein de l’armée, Ousséni Compaoré s’est rendu chez Blaise Compaoré pour échanger avec lui  quelques jours avant le 15 octobre 1987, histoire d’apaiser les tensions entre lui et Thomas Sankara, car dit-il si le sang coulait, personne n’en sortirait gagnant. Une démarche à laquelle Blaise a dit accusé réception.

« Il (ndlr Blaise) tenait la totalité de la sécurité, aucune épreuve de force ne pouvait se faire sans lui. J’ai parlé à Blaise parce que je le connais. Quand nous avons discuté, il n’a pas nié, il a dit oui, oui je comprends, on va voir ça, (en souriant) », a-t-il relaté.

A la question du parquet qui était de savoir s’il était possible d’arrêter le président Thomas Sankara au lieu de le tuer, Ousséni Compaoré rétorqua qu’il était difficile de l’arrêter. « Il est difficile pour quelqu’un d’arrêter Sankara et le mettre en prison. Personne n’y pensait. Même les civils savaient qu’il ne pouvait pas être l’arrêter. La seule chose, c’est de l’éliminer. Comment faire pour l’éliminer, c’était ça la vraie question », a renseigné l’ancien commandant de la gendarmerie.

Il ajoute par la suite que les faits du 15 octobre 1987 n’étaient pas une surprise mais quelque chose qui était préparé bien avant. « Il n’y a pas eu la surprise dont on parlait. Quand on regarde le cheminement des faits, aucun doute que c’était préparé en avant. Tout était bien préparé. Il n’y avait pas d’issue, tout était verrouillé. Le piège était fermé autour du président. Les évènements du 15 octobre ont bien commencé  avant le 15 », a-t-il fait savoir.

Par ailleurs, le témoin à la barre en quelques mots donne des détails sur sa journée du 15 octobre, date marquant l’assassinat du président Thomas Sankara. « Le 15 octobre, il y a eu des coups de feu, j’étais à la maison. Personnellement, je n’ai pas entendu, c’est ma femme qui m’a dit. Quand je suis sorti pour voir, j’ai croisé un gendarme qui venait certainement pour me tuer. Et comme j’étais dans la voiture de ma femme, il ne m’a pas reconnu. Après j’ai vu le chauffeur de Blaise qui conduisait la voiture 206 noire du président Sankara. J’ai su que le président était mort ».

Concernant sa déclaration, « j’ai croisé un gendarme qui venait certainement pour me tuer », le président du tribunal était soucieux de savoir comment il a su qu’il venait le tuer. A cette préoccupation, il répliqua : « il venait pour m’embrasser ? On parle du 15,  monsieur le président. Je comprends que vous n’avez pas vécu l’époque, voilà pourquoi cet étonnement. Il venait de la maison de Blaise, donc vous pensez que Blaise leur a envoyé m’embrasser ou me dire bonjour ? ».

Après cet évènement, Ousséni Compaoré a dit être mis en exil à Ouahigouya où il a passé 8 à 9 mois en détention.

Sié Frédéric KAMBOU

Burkina 24

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