Lutte contre le terrorisme : « Que chaque corps soit à sa place » (Luc Adolphe Tiao)

Il a été le dernier chef du gouvernement du Président Blaise Compaoré. Dr Beyon Luc Adolphe Tiao n’est plus à présenter. Après avoir quitté le navire du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) en septembre 2021, il a créé son propre parti dénommé « Rassemblement patriotique pour le développement » (RPD) qu’il a présenté à l’opinion publique le 7 novembre 2021. Dans cette interview sur Burkina24, le président du RPD répond aux questions de Burkina24 sur les raisons qui ont conduit à la création de ce parti, sa démission du CDP, sa relation avec Blaise Compaoré, et également son point de vue sur la situation nationale.

Burkina24 (B24) : Pourquoi avez-vous quitté le CDP ?

Luc Adolphe Tiao (LAT) : Mais écoutez, un parti politique, c’est toute une vie. Et à un moment donné, on peut estimer que le parti ne répond plus à vos objectifs. Et à partir de ce moment-là, vous prenez vos responsabilités pour aller voir ailleurs ou créer vous-même votre propre structure. Dans ce sens-là, je pense que je n’étais plus en adéquation avec l’évolution du CDP. J’ai préféré partir sans conflit. Et puis tenté mon expérience. C’est tout simplement pour cette raison.

B24 : Êtes-vous sûr qu’il n’y a pas aucune autre raison là-dessus ?

Luc Adolphe Tiao (LAT) : Non. C’est vraiment ça. Je dis, je ne me retrouvais plus dans le parti. Et à partir de ce moment, j’ai estimé qu’on n’est pas attaché à vie à un parti politique. Et comme bien d’autres personnes avant moi dans le CDP ou en dehors du CDP, j’ai préféré prendre ma liberté et tenter aussi une autre aventure politique.

B24 : Parlez-nous un peu de vos relations avec l’ancien président Blaise Compaoré ?

LAT : Je n’ai plus tellement de relations avec lui. Parce que vous savez que son état de santé ne lui permet plus de communiquer comme il le faisait avant. Mais j’ai de ces nouvelles avec des personnes qui arrivent à partir pour Abidjan et qui le rencontrent.

B24 : La dernière fois où vous vous êtes vus remonte à quand ?

LAT : C’est depuis octobre 2020.

B24 : Alors dites-nous, vous avez décidé de créer votre propre parti, est-ce que l’on peut savoir exactement les raisons qui ont prévalu à la création du Rassemblement patriotique pour le développement (RDP) ? 

LAT : Tout simplement, parce que nous sommes en démocratie. Et tant qu’on a de l’énergie nécessaire pour servir son pays et qu’on pense qu’on a la capacité de diriger un groupe, il faut y aller. Mon parti qui est devenu notre parti, je préfère parler ainsi, ce parti s’est fixé comme objectif à partir d’une analyse de la situation nationale d’œuvrer d’abord au rassemblement des Burkinabè, compte tenu du fait qu’il y a d’énormes fractures sociales dans notre pays.

Et nous ne pouvons pas continuer à vivre cette situation en chiens de faillance, en ennemis, en clivages. Et cela n’est pas favorable au développement du pays et n’est pas favorable à la cohésion sociale et au vire-ensemble.

Et cette donne dépasse les clivages politiques. Le vivre-ensemble c’est la capacité pour un peuple au-delà de ses divergences qu’elles soient politiques, sociales ou économiques, d’accepter de travailler ensemble pour faire progresser le pays. Et nous avons également jugé que la promotion de la paix devait être l’une des priorités des Burkinabè aujourd’hui au regard de la situation sécuritaire extrêmement difficile. 

Tant que nous n’aurons pas la paix dans notre pays, tous nos efforts que nous pouvons déployer à faire pour le développement seront vains. Et puis troisièmement, nous pensons donc au regard de cette situation sécuritaire, il nous faut nous unir pour qu’ensemble, nous luttions contre le terrorisme.

Et enfin, nous avons estimé que dans ce pays, il y a un certain nombre de valeurs qui tendent à disparaître. C’est le cas du « patriotisme ». Le patriotisme, je pense que c’est une valeur essentielle pour toute société qui veut vraiment se pérenniser. Pour un pays qui veut se faire aimer par ses fils. Lorsqu’il n’y a plus de patriotisme, voilà, nous assistons à beaucoup de maux comme l’incivisme, la corruption et le mal vivre en quelque sorte.

B24 : Ne pensez-vous pas que vous êtes un parti de trop ?

LAT : Il nous reviendra à moi et ma direction politique de prouver que nous ne sommes pas un parti de plus. Que nous sommes un parti qui compte, nous sommes un parti qui va travailler pour se faire distinguer des autres partis politiques à travers son approche des questions politiques, des questions économiques et des questions sociales.

Nous avons une offre politique qui doit sortir de l’ordinaire. Et nous allons travailler énormément et dans ce sens. C’est pourquoi, nous n’avons pas voulu dès le départ nous affilier soit à la mouvance présidentielle soit à l’Opposition au CFOP particulièrement. Et il nous appartient dans notre contexte de travailler d’abord à consolider notre parti, à consolider sa vision.

Nous travaillons à être un nouveau parti qui puisse peser sur l’échiquier national. Et à partir de ce moment, si les situations du futur l’exigent, ça ne nous empêchera pas de façon démocratique de choisir de nous allier à un camp ou à un autre. Mais pour le moment notre objectif est de bâtir le RPD en toute indépendance.  

B24 : S’unir pour bâtir, tel est le slogan de votre parti. Quel message s’y cache là-dedans ?

LAT : Ce message veut simplement dire que dans la désunion, rien ne peut se faire. Dans les conflits, dans les rivalités, dans la haine, nous ne pouvons pas construire notre pays. Nous devons nous unir, parce que l’union n’est pas la négation de la différence. Ce n’est pas la négation de la diversité.

C’est l’acceptation de ces facteurs comme faisant partie de la dynamique démocratique, de la dynamique sociale. L’unité, nous en avons tous besoin. Si nous ne sommes pas unis, par exemple dans notre lutte contre le terrorisme, nous aurons beau changé de gouvernement, rien n’apportera de nouveau à notre pays, cela n’apportera pas de paix à notre pays. 

B24 : Vous venez d’affirmer que votre parti n’est ni de la majorité, ni de l’opposition, mais de quel bord est-il ?

LAT :  Vous pensez que la majorité des Burkinabè sont soit de la majorité, soit de l’opposition ? Vous pensez que la majorité des Burkinabè se préoccupent réellement de savoir s’il faut être de l’opposition ou de la majorité ? La majorité des Burkinabè aspire au développement, aspire à vivre en paix. La majorité des Burkinabè n’est pas dans une lutte de clivage politique. C’est pourquoi, nous pensons qu’aujourd’hui, il faut œuvrer dans ce sens que les Burkinabè peuvent se parler. Ça, c’est très important qu’on comprenne notre message.

Nous, nous voulons une société dans laquelle, les différences ne seront pas des facteurs de désunion. Les différences sont plutôt des facteurs constructifs de consolidation de la démocratie. Mais c’est à partir du moment où on n’accepte pas les différences de diversités que tous les problèmes de la société viennent. « Je pense que ce n’est pas de l’équilibrisme comme le disent certaines personnes ou bien de l’opportunisme comme disent d’autres. C’est une option en toute responsabilité. 

B24 : Est-ce qu’on peut s’attendre à la participation de votre parti à la marche du 27 novembre 2021

 B24 : Quel est votre point de vue sur ces multiples appels à la démission du Président du Faso ?

B24 : Quelle peut être la contribution de votre parti aujourd’hui dans la lutte contre le terrorisme ?

LAT : Notre parti pense que la situation sécuritaire ne peut être résolue que dans une union de toutes les composantes de la société. Ça, il faut se convaincre de cela. C’est pour cela, nous ne cessons d’appeler à ce que tous les acteurs politiques, les différentes organisations de la société civile puissent trouver une solution commune pour travailler ensemble. Et nous, nous croyons fondamentalement que cela est possible.

La seconde c’est qu’il nous faut avoir le courage de regarder la manière dont fonctionne notre système de défense et notre système de sécurité. Il faut qu’on cesse de nous dire que tout ce qui touche à l’armée ou à la sécurité est top secret. Aujourd’hui, ça ne veut rien dire avec les nouvelles technologies que nous avons. Il faut regarder profondément ce qui ne va pas. Qu’est-ce qu’il fait qu’il y a ce dysfonctionnement, qui fait que des forces de sécurité ou de défense sont sur le front et se retrouvent sans moyens même de subsistance à plus forte raison des moyens de défense.  

Et pour nous, il faut œuvrer à mettre les hommes là où ils doivent être. Je n’arrive pas à comprendre que nous sommes dans un pays, un pays organisé où normalement la gendarmerie ne devrait pas jouer un rôle qui est celui réservé aux soldats qui sont formés pour aller au combat et combattre l’ennemi qu’il soit un ennemi asymétrique comme les terroristes ou un ennemi identifié. 

Je crois qu’il faudrait réorganiser l’armée pour que chaque corps soit à sa place. Et que chaque corps sur le front soit dirigé par des officiers supérieurs. Et je pense que c’est l’une des lacunes qu’il faut combler assez rapidement. 

Je pense que du fait qu’il y a ce mélange du genre sur le plan de la défense et de la sécurité, et sur le plan de l’organisation doit poser nécessairement des problèmes internes. Est-ce que les militaires voient d’un bon œil que ce soient les gendarmes qui soient en première ligne du front dans les zones sécuritaires ? Est-ce qu’il y a d’autres raisons qui font qu’on ne fait plus confiance aux gendarmes que je respecte par ailleurs ? Ce sont des questions techniques que le ministère en charge de la défense doit résoudre rapidement.

Et mettre chacun à la place où il a été formé. Egalement s’assurer que notre armée est ravitaillée régulièrement. Pas seulement en armes mais aussi en moyens de subsistance. Le moral des troupes c’est d’abord leur alimentation. Est-ce que les soldats mangent bien ? Est-ce que les soldats sont dans les bonnes conditions ? Est-ce que les soldats n’ont pas des problèmes psychologiques ? Il faut les assister psychologiquement ? Et tout ça, je pense qu’on a comme l’impression que ces facteurs-là ont des problèmes. 

Nous, nous pensons (ndlr RPD) que ça, c’est le deuxième point majeur qu’il faut. La réorganisation de notre dispositif sécuritaire dans une nouvelle vision politique, dans une nouvelle stratégie militaire.

Le troisième point sur lequel nous pensons au RPD qu’il ne faut pas exclure, il faut explorer toutes les voies pour lutter contre le terrorisme. Personnellement, je pense qu’on ne peut pas dire que la voie militaire est la seule solution. Je crois que nous sommes dans cette option depuis le début. Et ça ne donne pas de résultat. Et nous, nous pensons que s’il y a des possibilités d’identifier les ennemis en face, il faut aller vers la négociation. Il faut savoir pourquoi ces gens passent le temps à massacrer nos soldats, à massacrer nos populations.

Dans la négociation aujourd’hui, il ne faut plus avoir le complexe. Il faut aller, cela s’est passé en Afghanistan, au Nigéria et même en ce moment, on sait que cela se passe au Niger. Nous devons donc avoir le courage sincèrement de travailler à établir des parcellaires avec ces mouvements, de leur offrir la possibilité de les comprendre et de les intégrer dans la société. Mais aussi à terme, je crois que si vous regardez les zones où le terrorisme sévit, ce sont les zones les plus pauvres du Burkina Faso. Et le terrorisme prospère là où il y a la pauvreté, là où il y a la misère. 

Ça veut dire qu’à un moment donné, l’Etat a failli dans l’œuvre de construction de la nation. C’est pourquoi, le RPD a une option lorsque nous parlons de développement, nous parlons d’un développement durable inclusif, pas un développement qui va se consacrer sur quelques régions du pays. Nous voulons donc d’une politique qui puisse permettre à tous les Burkinabè là où ils vivent d’avoir le minimum. Malheureusement, ce n’est pas le cas aujourd’hui. Et si nous arrivons à mettre tout cela en œuvre, je crois que nous allons faire reculer le terrorisme ou par la grâce de Dieu, nous pouvons mettre fin définitivement aux différentes attaques que nous connaissons depuis 2015.

B24 : Un mot de fin ?

LAT : Mon dernier mot, c’est que je souhaite que notre pays ne sombre pas dans le chaos. Et je demande à tous les Burkinabè de faire preuve de patriotisme, d’aimer encore leur pays. Mais aussi leur dire qu’il y a un nouveau parti politique qui est là. C’est un parti de la jeunesse, c’est un parti des femmes qu’on puisse nous faire confiance, nous avons des idées, nous avons un projet de société et nous pensons que tout cela pourra contribuer au développement de notre pays, à lui assurer un bel avenir…

Interview réalisée par Willy SAGBE

Burkina 24 

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Un commentaire

  1. c’est l’argent sale du temps où il était au pouvoir qui ressort dans ce parti ?

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