Angélique Kidjo, le « Redemption Song » de Bob Marley et l’esclavage mental du Noir

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La diva béninoise Angélique Kidjo a été choisie pour prester le 24 septembre 2016  à Washington lors de l’inauguration du musée national, symbole de la longue marche des Afro-américains depuis le drame de l’esclavage jusqu’à l’élection d’Obama.  En plus de la célèbre chanson « Redemption Song » de Bob Marley, elle a enchainé avec Afrika de Miriam Makeba avec laquelle elle a fait disparaître le « temps gris » et fait lever « le soleil » sur le National Mall de Washington là où le révérend Martin Luther King a prononcé son célèbre discours « I have a dream ». Chroniqueuse pour Le Monde, elle est revenue sur ce moment unique plein d’émotions et sur l’histoire des Afro-américains.  

Née au Bénin, installée à New York depuis 1998, Angélique Kidjo reconnue « ambassadrice de la conscience 2016 » par Amnesty International« cherche encore aujourd’hui à décrypter l’histoire américaine ».

Elle voit en l’inauguration du National Museum of African Amerian History and Culture (NMAAHC) une tentative « de rétablir des ponts entre l’Amérique, son sombre passé et ses origines africaines ».

« Redemption song » de Bob Marley

Devant des dizaines de milliers de personnes réunies sur l’esplanade du National Mall de Washington, « là même où Martin Luther King a prononcé son plus célèbre discours « I have a dream » », elle a chanté Redemption Song, du Jamaïcain Bob Marley « qui, mieux que tout autre, raconte l’exode et la souffrance des esclaves ». La substance du message véhiculé par la chanson est « Emancipate yourself from mental slavery », c’est-à-dire, « émancipe-toi de l’esclavage mental ». La pertinence de son contenu, dit-elle, « rend toujours le moment grave ».

Redemption song

By Angélique Kidjo

Plus qu’un bâtiment « imposant », pour la diva, la cérémonie inaugurale du musée afro-américain est le symbole de l’héritage et du bilan du président Obama. Placé juste à côté du Washington Monument, « l’obélisque planté en face de la Maison Blanche, l’emblème même de la République », le musée, « dont les magnifiques expositions sont si nécessaires, est désormais incontournable, tout comme le sera la place d’Obama dans l’histoire des Etats-Unis », analyse Angélique Kidjo.

Paradoxe : « les clichés et les préjugés vont encore bon train »

L’Amérique célèbre le musée de l’émancipation des Afro-américains de la manière « la plus fastidieuse » au moment où « elle est rattrapée par la division et la violence raciale », note la diva. En témoigne le couvre-feu qui règne à Charlotte (Caroline du Nord) où un homme noir a encore été tué par la police, le 20 septembre.

Et Angélique Kidjo de relever que « la nation américaine est née d’un paradoxe qu’elle n’a jusqu’à présent pas réussi à surmonter ». Un paradoxe  qui est « encore bien vivant aujourd’hui », dit-elle.  « Je suis une femme noire vivant à New York et je m’aperçois que les clichés et les préjugés vont encore bon train. Juste un exemple : dans une nouvelle série très branchée de HBO The Night Of, toutes les femmes noires sont des prostituées, tandis que tous les hommes noirs sans exception sont des criminels. Et ceci en 2016 ! », s’indigne Angélique Kidjo.

Après « Redemption song » de Bob Marley et sur une demande avant l’arrivée de Stevie Wonder « sans trop réfléchir », la lauréate du Grammy de l’album world  2016 choisit  Afirika, pour rendre « hommage à Miriam Makeba et à la beauté de mon continent ». Et sur ses injonctions, rapporte-elle « tout le public reprend en chœur le refrain et des sourires apparaissent un peu partout dans la foule ». Une foule parmi laquelle elle a aperçu « même Oprah Winfrey qui, mains levées, chante à tue-tête : « Ashe e mama, she e mama Afirika ». Le temps gris vient de disparaître et le soleil se lève enfin sur le National Mall ! ».

Oui Koueta                                                          

Burkina24



Oui Koueta

'The vitality of a country can also be measured through that of its journalists'

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