Affaire des 130 tablettes : « Les députés n’en avaient pas besoin » (député Alexandre Sankara)

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La polémique monte autour des « 130 tablettes de dernière génération » offertes aux élus nationaux par le ministère du développement de l’économie numérique. Selon ce département, elles ont été obtenues de l’entreprise Huawei chargée de la réalisation des travaux de construction de la fibre optique sur le tronçon Ouaga-Manga-Paga frontière du Ghana. Burkina24 a contacté un certain nombre de députés qui disent ne pas en savoir davantage sur le sujet. Raison évoquée, ils n’étaient pas présents lors de la remise, parce qu’absents de la capitale. Deux d’entre eux, Alexandre Sankara (UNIR/PS) et  Moussa Zerbo de l’UPC se sont  cependant exprimés sur le sujet. Ils ont fait part de leurs perceptions sur la question  de la sécurité de même que sur les dispositions de la loi anti-corruption. Tous deux sont unanimes que le parlementaire peut s’offrir une tablette et entendent tirer les conséquences liées à cette dotation.

Les élus du peuple  contactés par Burkina24 ont indiqué qu’ils ont appris le don des tablettes à travers la presse. La raison, ils se trouvaient à des séances de travaux dans les différentes régions du pays.  C’est le cas d’Alexandre Sankara de l’UNIR/PS qui se trouvait à Tenkodogo. « Je ne savais pas qu’il y avait une histoire de tablettes. Je l’ai appris dans la presse comme tout le monde », a-t-il dit.

La pertinence d’une telle dotation

Mais il a tenu à s’exprimer sur le sujet, notamment sur la pertinence d’une telle dotation. Le député Alexandre Sankara est plutôt catégorique. « C’est vrai. Je crois que les députés n’en avaient pas besoin. Ils peuvent se payer des tablettes ».

Moussa Zerbo de l’opposition, notamment l’UPC,  l’est un peu plus moins. « C’est un outil de travail comme tout autre », dit-il. Mais précise-t-il, « ce n’est pas un député qui ne peut pas s’offrir une tablette ».

Des tablettes à  500 000 F CFA l’unité ?

Les députés sont concernés par la loi 004-2015/CNT portant prévention et répression de la corruption au Burkina Faso. Alexandre Sankara dit avoir « lu des juristes qui pensent que c’est incompatible avec la loi anti-corruption ». C’est le cas notamment d’Abdoul Karim Sango, qui s’est exprimé sur le sujet sur son compte Facebook.

Affaires des 130 tablettes 

Abdoul Karim Sango s’exprime sur le sujet

En effet la loi stipule en son article 3, a) qu’est un agent public « toute personne civile ou militaire qui détient un mandat législatif, exécutif, administratif, judiciaire, qu’elle soit nommée ou élue, à titre permanent ou temporaire, qu’elle soit rémunérée ou non et quel que soit son niveau hiérarchique ou son ancienneté ».

Alexandre Sankara estime qu’il y a lieu avant de recevoir « un don dans le contexte pareil » de « toujours faire attention, analyser » et surtout faire le rapport avec «  qui donne, pourquoi on donne, est-ce qu’on peut prendre en tenant compte de la loi anti-corruption ». Selon lui, le problème, ce n’est pas la valeur. « Ça peut être 5 francs, 1 million. Le problème d’abord, c’est, est-ce que c’est normal. Il faut regarder la loi. Avant de recevoir le don, il fallait regarder ces dispositions », préconise-t-il.

La question de la sécurité informatique

« Il faut faire attention, parce que ce sont des outils d’informations », analyse Alexandre Sankara. Il perçoit mal qu’une « grande société étrangère en matière de télécommunications » mette à la disposition de l’assemblée nationale, « une institution souveraine » du matériel informatique. « On ne sait pas ce qui peut se cacher derrière un outil d’information comme une tablette », dit-il.  Et « ils peuvent même contrôler notre système d’informations à distance», a-t-il relevé. Il propose de recourir aux services d’un informaticien « qui va auditer ces tablettes pour voir s’il n’y a pas des puces ultra secrètes qu’on a glissées ».

Un avis que partage son collègue Moussa Zerbo. « L’hypothèse n’est pas à exclure. Il faut prendre des précautions. On peut passer par ce canal pour avoir des données sur les travaux au niveau de l’Assemblée nationale », a-t-il indiqué, même si dit-il, les séances au niveau de l’Assemblée, « c’est public ». Prenant cet aspect du fonctionnement de l’institution à témoin, il pense qu’ « il ne faut pas être trop critique par rapport à ce qui se passe ».

Tirer les conséquences

La réception des tablettes est déjà faite. L’heure est à l’appréciation de l’acte posé par le ministère en charge de l’économie numérique. « En tant que député, nous savons d’où nous venons. Nous venons du peuple et nous sommes à l’écoute de ce même peuple » a dit Moussa Zerbo. Le vin est tiré. Il faut le boire. « Si à la base, on estime que c’est inopportun, là, la responsabilité du ministère et aussi bien de l’Assemblée est engagée. C’est ensemble que nous allons tirer les conséquences de ce genre de pratique », a-t-il conclu.

Pour rappel,  la cérémonie de remise symbolique de ces matériels informatiques a eu lieu le 10 novembre 2016 en présence du Président de l’Assemblée nationale, Salifou Diallo. Ce sont au total « 130 tablettes de dernière génération » acquises grâce à l’appui de la société Huawei Technologies/Burkina Faso. Les donateurs pensent ainsi contribuer à l’amélioration du travail des 127 représentants du peuple.

« C’est dans le cadre de la modernisation de l’administration publique que nous avons pu à travers la société Huawei Technologies obtenir 130 tablettes à hauteur de 65 millions de FCFA pour les honorables députés, après le don aux membres du gouvernement. Nous avons encore d’autres initiatives en faveur des étudiants et en faveur aussi de la population. Donc, nous attendons d’avoir des dons pour pouvoir satisfaire la population », avait expliqué Aminata Sana/Congo, ministre des TIC.

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Burkina24

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