Evariste M. Yogo : « La Brigade de Gendarmerie à Nassoumbou n’a qu’un seul véhicule »

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Suite à l’attaque du détachement du Groupement des Forces armées antiterroristes (GFAT) le 16 décembre 2016, l’Union de la Gauche Extra Parlementaire (UGEP) a jugé utile d’aller s’incliner devant la mémoire des soldats tombés sur le champ de bataille. Le 31 décembre dernier, une délégation de l’UGEP est allée réaffirmer sa solidarité aux troupes sur place et les rassurer de son soutien indéfectible. L’UGEB créée en mars 2016 n’a pas de représentant à l’Assemblée nationale. Ses responsables qui avaient soutenu la candidature de Jean-Baptiste Natama reconnaissent cependant que « l’ambitieux » programme présidentiel de Roch Kaboré mérite un soutien particulier. L’UGEP est un regroupement de quatre partis politiques que sont le Parti socialiste unifié (PSU), l’Alliance ouvrière paysanne (PALOUPA), la Jeunesse consciente du Burkina (JCB) et la Convergence patriotique pour la renaissance/Mouvement progressiste (CPR/MP). Dans cette interview accordée à Burkina24, ce 4 janvier 2017, le Coordonnateur de l’UGEP, Dr Evariste Magloire Yogo, donne plus de détails sur cette visite à Nassoumbou. Il se prononce également sur l’actualité socio-politique et la situation sécuritaire au Burkina Faso.

Burkina 24 (B24) : Vous êtes allés à Nassoumbou le 31 décembre 2016. Expliquez-nous votre démarche.

Dr Evariste Magloire Yogo (EMY) : C’est vrai. Une délégation de l’UGEP s’est rendue à Nassoumbou. L’objectif était d’aller nous incliner devant la mémoire des 12 frères d’armes tombés le 16 décembre. Je profite de l’occasion pour réitérer nos condoléances aux familles.

Il s’est agi également pour nous, à travers cette démarche, d’apporter un soutien moral aux Forces de défense et de sécurité (FDS) du Burkina Faso. Il était de bon ton de dire aux FDS qu’elles ont le soutien moral des civils et des acteurs politiques que nous sommes. C’était là le sens de notre déplacement.

B24 : Vous qui avez été sur le terrain, qu’est-ce que vous avez constaté ?

EMY : Nous sommes arrivés à Nassoumbou en début d’après-midi. Nous avons pu constater sur place que nos Forces de défense et de sécurité bien qu’affligées sont déterminées, toujours débout et prêtes vraiment à défendre nos frontières. Nous avons vu un dispositif impressionnant. Nous avons eu l’occasion de rencontrer le Chef du détachement avancé, le Lieutenant Coulibaly à qui nous avons remis le message de l’UGEP.

Il a pu nous rassurer que lui et ses Hommes sont touchés par notre démarche et qu’ils sont plus que jamais déterminés à combattre le terrorisme malgré la récente attaque et toutes les autres qu’ils ont pu subir. Nous avons vu en tout cas des militaires engagés, déterminés, vaillants. Justement, quand nous revenions de Nassoumbou, nous avons croisé un renfort impressionnant des équipes.

B24 : Il se susurre qu’il y a eu plus de victimes côté assaillants. Votre impression ?

EMY : Nous avons pu nous rendre compte, à travers des échanges avec les populations, que contrairement à ce que certains pensent, il y a eu plus de victimes côté assaillants que côté militaires burkinabè. Vous savez très bien que les populations sahéliennes vont à la fois au Mali, au Niger et au Burkina. Ce sont des éleveurs qui ont la facilité de traverser la frontière.


VIDEO : “Il y a eu plus de morts côté assaillants”

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Et il nous est revenu que le village même dans lequel les assaillants ont enterré leurs morts, ce village malien est identifié. On a pu dénombrer près de 17 tombes. Parmi les assaillants, il y avait également des blessés graves qui ont succombé à leurs blessures. Donc, il faut dire que nos FDS se sont battues avec détermination. C’est juste peut-être pour des raisons de communication que ceux qui ont revendiqué l’attaque disent qu’il y a eu moins de morts parmi eux. Sinon, il nous revient qu’il y a eu plus de victimes côté assaillants.

B24 : A Nassoumbou, comment avez-vous trouvé la carrure, l’âge et le niveau d’expérience des troupes ?

EMY : Certains parlent d’inexpérimentés. Non. Tout militaire reçoit une formation conséquente. Les nôtres sont bien formés. C’est connu dans toute la Sous-région que le Burkina dispose d’un bon système de formation de ses Hommes. Dans les missions de maintien de la paix auxquelles nous participons, je pense que c’est des éloges qui nous reviennent quant aux comportements de nos militaires.

Si c’est vrai qu’il y a une moyenne d’âge, je peux dire que ces militaires sont jeunes. Pour nous, c’est également un atout. Parce que plus on est jeune, plus on est frais, on est déterminé. La preuve est que parmi les assaillants, on arrive à avoir des victimes. Quand on prend l’expérience de Capuccino et de Splendid Hôtel, c’était des adolescents. Donc, les nôtres sont des Hommes bien aguerris. Je ne crois pas que c’est faute de bonne formation.

B24 : Mais, sur le terrain, est-ce que vous avez constaté que notre système de défense et de sécurité comporte des failles ?

EMY : Déjà il faut dire que nous ne sommes pas des spécialistes des questions de sécurité. Nous avons cette démarche qui consiste à dire que nous avons foi à notre armée. Nous avons confiance en notre armée. Et nous leur renouvelons tous nos encouragements et tout notre soutien. Au fait, le terrorisme n’est pas une guerre classique.

Vous savez également que la région sahélienne est une zone extrêmement délicate. Les Forces de défense et de sécurité que nous envoyons dans cette partie du Burkina vivent vraiment dans des conditions de précarité telles qu’il y a régulièrement de la relève. Ce qui ne permettrait pas d’entretenir un système de renseignement assez nourri et régulier.

Nous avons également rendu une visite à la Brigade de Gendarmerie à Nassoumbou. Nous avons constaté sur place que les effectifs sont très faibles. Et que même les moyens logistiques étaient insuffisants. La Brigade de Gendarmerie à Nassoumbou n’a qu’un seul véhicule. Le jour où nous y étions, nous avons constaté que ce véhicule avait même des problèmes de pneumatiques. Par exemple, on a vu l’équipe de la Gendarmerie qui s’apprêtait à se rendre dans un village situé à 45 Km pour appréhender des voleurs de moutons.

Pendant qu’ils font leur travail classique, qui est de réprimer la délinquance, il faut dire qu’il y a aussi la haute délinquance qu’est le terrorisme. Il va falloir renforcer la Brigade de Gendarmerie en nombre, en moyens logistiques et leur permettre d’y rester le plus longtemps possible pour tisser vraiment un bon réseau de renseignement. Nous pensons cependant que ce n’est pas une faille. Mais qu’il faudrait mettre l’accent sur le renseignement.


VIDEO : Le Cri de coeur de Dr Evariste M. Yogo

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B24 : D’aucuns estiment également qu’il faudrait pactiser avec le diable. Votre commentaire.

EMY : Comme l’a dit le Président du Faso, le Burkina Faso n’a jamais courbé l’échine devant ses ennemis. L’histoire nous enseigne que nous sommes un peuple héroïque. Il faut reconnaitre par ailleurs que pendant ses 27 ans au pouvoir, Blaise Compaoré a pactisé avec le diable. Ce n’est un secret pour personne. Le Burkina, sous Blaise Compaoré, était devenu un pays où on accueillait des rebelles touaregs, un pays où à la faveur des relations du régime avec les preneurs d’otages, on passait encore par nous pour la libération de ces otages-là.

On ne dira pas que nous sommes aujourd’hui attaqués parce que c’est une forme d’encouragement et de regret du régime Compaoré. Mais, ceux qui sont encore en train de soutenir Blaise Compaoré doivent nous démontrer que leur mentor n’est plus derrière tout ça. Il faut qu’ils arrivent à nous démontrer que durant les 27 ans, le comportement de leur mentor, du parti qui l’a soutenu, ne favorise pas ce qui arrive aux Burkinabè aujourd’hui.

B24 : Certains estimaient que notre Système de défense et de sécurité a mal à son commandement, à sa hiérarchie. A quoi peut-on s’attendre avec la nomination d’un nouveau Chef d’Etat-Major général des armées ?

EMY : Le Chef de l’Etat en tant que Ministre de la défense également, s’il a estimé de bon ton de faire un réaménagement à la tête de notre armée, c’est pour donner un nouveau souffle à notre armée qui en a d’ailleurs besoin. Nous estimons qu’il a sans doute les raisons qui l’ont poussé à le faire. C’est vraiment pour encourager les troupes.

Et nous, nous ne voyons pas d’inconvénients. Nous invitons plutôt le nouveau Chef d’Etat-Major général des armées à être beaucoup à l’écoute des troupes. Parce que les Hommes qui sont sur le terrain ont une bonne connaissance du terrain. Ils ont des doléances qu’ils font remonter.

B24 : Un mot sur l’avènement des Koglweogo.

EMY : A l’UGEP, nous pensons que cela est une très bonne chose que des citoyens burkinabè décident volontiers de s’organiser pour apporter leur concours à la libre circulation des personnes et des biens. C’est un signe de patriotisme. Il faut maintenant voir dans quel cadre il faut accompagner cette démarche citoyenne. Il y a eu des dérives, certes, mais il y a eu un recul considérable du banditisme, du vol dans plusieurs contrées du pays.

Maintenant, ces citoyens n’ont pas une bonne connaissance de nos lois et règlements. Vous voyez par exemple que le Code pénal n’est pas traduit en langue nationale. Il va falloir donc former ces gens. Nous avons vu ici les VADS (NDLR : Volontaires adjoints de la sécurité) qui ont amélioré la circulation routière dans les grands centres urbains. Il faudrait que les Koglweogo trouvent aussi un accompagnement pour assumer correctement leurs rôles.

B24 : Un dernier mot pour clore cet échange.

EMY : Nous profitons de votre micro pour présenter nos vœux les meilleurs à l’ensemble des Burkinabè. Et leur dire que nous restons convaincus que seul chacun de nous pourra être gardien du message lancé lors de l’insurrection populaire, gardien de l’esprit de l’insurrection. Il ne s‘agit pas aujourd’hui de soutenir tel ou tel camp politique. Il s’agit de soutenir la démocratie, la justice, la solidarité nationale, le patriotisme.

Interview réalisée par Noufou KINDO

Burkina 24


Voici le message de l’UGEP remis au Chef du détachement avancé à Nassoumbou :

     BURKINA FASO

Unité-Progrès-Justice

Nassoumbou, le 31 décembre 2016

L’Union de la Gauche Extra Parlementaire (UGEP),

Aux Vaillants soldats tombés pour la Patrie,

A toutes nos forces de défense et de sécurité.

Chers frères,

Chers patriotes,

Vaillants soldats,

C’est avec consternation et émoi, que nous venons aujourd’hui nous incliner devant la mémoire de nos frères tombés sur le champ de bataille de Nassoumbou, le 16 décembre dernier.

A vous qui continuez,  avec beaucoup de courage et d’abnégation, à faire face nuit et jour aux ennemis du peuple, à la barbarie inqualifiable, nous voudrions vous rassurer de notre soutien indéfectible.  Nous sommes solidaires avec vous car votre combat est juste et noble. En tant que Burkinabé et patriotes, nous sommes débout à vos côtés, pour répondre à tout moment à l’appel de la Patrie.

A bas les apatrides !

A bas les ennemis du peuple !

A bas les terroristes !

Vives les Forces de défense et de sécurité du Burkina Faso !

Vive le Burkina Faso !

La patrie ou la mort, nous vaincrons !

Le Coordonnateur

Dr YOGO Evariste Magloire


 

Noufou KINDO

@noufou_kindo s'intéresse aux questions liées au développement inclusif et durable. Il parle Population et Développement.

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