Littérature : Zakaria Guingané entre les débâcles et les espoirs de la République de Gangla

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« Débâcles et espoirs d’une république ». C’est le titre du roman écrit par l’actuel élève stagiaire, conseiller pédagogique de l’enseignement secondaire à l’école normale supérieure de l’université de Koudougou, Guingané Zakaria. Dans cette interview donnée à Burkina24  le 23 mars 2017, le professeur d’anglais explique la source de son inspiration, et décline ses espoirs tant pour l’Afrique, le Burkina et la littérature. 

Burkina24 : « Débâcles et espoirs d’une république ». Quand l’histoire a-t-elle commencé  ?

Guingané Zakaria : Ce nouveau bébé est né dans des conditions difficiles. L’histoire très exactement a commencé en 2011 en manuscrit, c’est-à-dire les premières phrases que j’ai écrites avec mon stylo  c’est en 2011. J’ai bouclé le tapuscrit  en 2013. Il a été déposé chez mon préfacier le 25 juillet 2013. C’est ce qu’on peut dire sur l’histoire.

B24 : Qu’est ce qui a nourri cette histoire ?

 GZ:  D’abord, c’est l’amour de l’écriture  aussi c’est ma réponse à l’appel de nos devanciers, je parle des écrivains, des combattants de la liberté. J’ai une fois lu, quand j’étais au lycée, Mongo Béti le Camerounais qui avait écrit dans la revue « présence africaine », L’Afrique noire, littérature rouge. Il invitait tous les écrivains africains dans les années 55 à s’engager résolument, dans la libération du continent.

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Il l’a démontré par lui-même  une année après avec l’écriture de « Ville cruelle » où effectivement  il montre  l’exploitation éhontée de la puissance coloniale française  au Cameroun avec toute la complicité des valets locaux de cette puissance. Et au niveau interne, Nazi Boni, Norbert Zongo, avec Le Parachutage et la situation sociopolitique de notre pays,  que nous avons connue pendant notre naissance, et que nous vivons toujours.

 Voilà l’un dans l’autre ce qui a fondé l’écriture de ce roman, sans oublier  les autres aspects, c’est-à-dire, participer au développement littéraire, culturel et intellectuel de mon pays, donner à la génération actuelle et à venir, un héritage littéraire, la vérité effectivement ou l’autre vérité.  Parce que malheureusement, nous n’avons pas la chance de dire partout ce qui se passe réellement dans nos pays. Je pense que compiler dans un roman est beaucoup plus accessible par rapport à d’autres supports. Et c’est la raison pour laquelle nous avons écrit ce roman.

B24 : La république démocratique de Gangla ressemble curieusement au Burkina Faso avec un héros qu’on va appeler Dabo, qui a des traits de ressemblance avec Dabo Boukary, Norbert Zongo. Avec une révolution réussie qui ressemble à une insurrection. Peut-on dire que c’est une caricature du Burkina Faso ?

GZ : Pas tout à fait,  puisque le Burkina Faso c’est toute l’Afrique. J’insiste sur la question parce que si vous parcourez mon roman, j’aime appeler ça un voyage, dans les méandres politiques de toute l’Afrique. J’ai effectivement pris le nom Dabo, comme personnage principal. C’est ma part de contribution dans  la recherche de vérité sur son cas.

Il  y a également comme une sorte de caricature de ce qui se passe au niveau national. De nombreux auteurs l’ont dit. Des scientifiques également. L’auteur ou l’historien est fils ou fille de sa société. Le sujet «Débâcle d’une république » part d’une république imaginaire mais tous les habitants des pays africains vont se retrouver dans le roman.

B24 : «Débâcle et espoir » donne l’idée que tout ne va pas comme il faut actuellement en Afrique. Mais vous ouvrez une fenêtre d’espérance. Vous pensez que l’Afrique s’en sortira un jour ?

GZ : Justement ! Et là je m’arrête pour  encore féliciter mon éditeur parce qu’avec la fougue de dire la vérité, j’avais seulement consacré « débâcle d’une république ». Après relecture, il m’a dit qu’il y a un grain d’espoir et qu’il me propose  effectivement de revoir. Je n’ai pas hésité. J’ai mis l’aspect espoir.

Cela veut dire que cette république imaginaire est en totale déliquescence. Lorsqu’on parle de république, on voit directement l’Etat de droit. Quand on parle d’Etat de droit, on voit la liberté. Moi je ne conçois pas la liberté au niveau micro seulement. C’est-à-dire la liberté individuelle. La grande des libertés c’est au niveau macro. La liberté de l’Etat, liberté du territoire ou de la nation, ce que l’on appelle le pays.  Si elle ne l’a pas,  il est évident que les micros libertés (si vous me permettez le terme) ne peuvent pas effectivement  prospérer.

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Parlant de manque de liberté, je parle de manque de souveraineté. Aucun pays toujours sous domination ne peut effectivement rêver aller de l’avant et aussi être dans le concert des pays développés. C’est à travers ces aspects que nous avons conçu ce projet  pour montrer qu’il y a quelque chose qui ne va pas.

Mais le dire simplement n’est pas  suffisant. C’est un appel, une invite à la mobilisation, comme mon préfacier a eu à le dire,  au combat pour changer véritablement la société. C’est cela une des quintessences de ce roman.

B24 : 2012, avec une œuvre publiée  en anglais, 2017, avec une autre publiée en français. Doit-on attendre encore 5 ans ou Guing Zack, comme on vous appelle, va sortir une nouvelle œuvre ?

G Z : Il faut dire que j’ai plus de 4 manuscrits chez moi qui dorment. D’autres sont déjà évalués pour l’édition. En fait le problème qui se pose ce sont les moyens. C’est à compte d’éditeur et personnellement je ne peux pas mettre la pression sur quelqu’un qui a pris la responsabilité de mettre ses moyens pour éditer mon œuvre.

Néanmoins, concernant le deuxième roman, le plan est déjà un acquis. J’ai un  recueil de nouvelles, une pièce théâtrale. Je vais certainement maximiser sur le roman qui va venir parce que pour la petite histoire, il porte sur la question du terrorisme. C’est pour montrer les vrais visages et les vraies causes fondamentales de cette situation que nous vivons aujourd’hui.

B24 : Parlant de la difficulté d’édition, est-ce que vous estimez que la littérature a un avenir au Burkina ?

G Z : Bien évidemment ! Puisque le pays lui-même a un avenir et je suis un homme d’espoir.  Il faut vivre avec une positivité dans son cœur. Raison pour laquelle j’ai ouvert une fenêtre d’espoir dans mon œuvre.

On aime dire aujourd’hui que les gens ne lisent pas. Et j’aime dire qu’il faut que les gens évitent de relativiser, parce qu’à l’école, à l’université, dans les administrations, il y a des œuvres qui sont au programme qui effectivement sont d’une importance capitale au point où les gens sont obligés de lire pour leur promotion.

C’est vrai avec le boom de l’Internet, les réseaux sociaux,  on est beaucoup plus accrochés à nos  tablettes. Malheureusement,  c’est dans nos pays où le débit de Internet est beaucoup moins fort qu’on dit que les gens ne lisent pas. Là où il est plus fort, en France par exemple, il y a plus de 170 000 livres qui sont produits chaque année et les gens lisent.

Ce qu’il faille faire donc, c’est justement travailler. Non seulement à encourager l’écriture, je parle du cycle politique. Les écrivains ne vont pas s’assoir pour attendre. Il faut qu’ils se mobilisent pour se battre mais aussi faire un travail pour encourager la lecture.

Je crois que il y a un avenir pour l’écriture, et il y a beaucoup d’écrivains au Burkina. Il faut peut-être commencer à avoir la littérature africaine, burkinabè dans les langues nationales.

Propos recueillis par Abdou ZOURE et Fabienne SANON (Stagiaire)

Burkina24

Abdou ZOURE

Abdou Zouré est le rédacteur en chef de Burkina24.

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