Burkina : Inoubliable rencontre avec des hippopotames de Bala

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Pour nombre de personnes, la seule vue d’un hippopotame signifie : « fuyons ! ». Pourtant, la meilleure manière de voir ce pachyderme, c’est de se rendre sur son territoire. Se jeter à l’eau pour s’y rendre aussi paraît très risqué. Des témoignages font état d’un gros quadrupède agressif et imprévisible. Cela ne nous a pas empêchés de nous aventurer un certain 4 juillet 2017 dans la mare aux hippopotames de Bala située à une soixantaine de kilomètres de Bobo-Dioulasso. Comme le dira une consœur journaliste, après l’épisode, « ça a été vraiment une décharge d’adrénaline, … de la plus belle eau ». Plus de peur que de mal. Immersion dans un patrimoine touristique riche, mais, qui bat de l’aile !

Mardi 4 juillet 2017, 13h ! Me voici dans une pirogue en compagnie de neuf autres journalistes et de six guides touristiques. Nous voguons sur la mare aux hippopotames de Bala, une biosphère au sein de la forêt classée de Satiri, dans la Province du Houet (Voir Vidéo à La Une). Le territoire occupé par la mare est sous la coupole de l’Agence de l’eau du Mouhoun (Ministère en charge de l’eau) et gardée jalousement par l’Association de gestion des ressources forestières (AGEREF) et par l’Office national des aires protégées, OFINAP (Ministère en charge de l’environnement).

Selon Souleymane Yaméogo, Inspecteur des eaux et forêts, par ailleurs Chef d’unité de Bekuy/OFINAP, le réseau hydrographique est constitué par le fleuve Mouhoun et ses affluents dont le prolongement est la mare aux hippopotames de Bala. Ces sources très importantes sont à l’origine de l’alimentation de la mare en eau, confie-t-il.

Dans ce parc national où vivent plus de 75 hippopotames, il est interdit de chasser, d’habiter, de cultiver. Le prélèvement de l’eau est conditionné. Egalement, la seule pêche autorisée se fait avec des filets à grosses mailles. Nous ne partons pas pour pêcher, mais pour visiter les… hippopotames. « Quoi ? ».  « Oui ! Des hippopotames ! ». « Moi, je refuse d’aller observer les hippopotames parce que je suis le seul fils de mon père », décline un journaliste avant l’embarcation.

Nous flottons sur la mare aux hippopotames de Bala. (© Burkina24)

Tarzan des temps modernes…

Comme lui, beaucoup se refusent de tenter le diable. Après avoir rempli quelques formalités, nous avons droit à une visite guidée. Comme en train de suivre un documentaire sur « National Geographic » ou « Ushuaia TV », je reste serein, guidé par un tempérament curieux à l’image du Franco-namibien Olivier Houalet, ou de Nicolas Hulot, actuel Ministre français de la transition écologique.

Ma décision : je ne rate pas cette occasion de m’approcher pour la première fois d’un hippopotame. Caravaniers, en voyage de presse, nous profitons de notre petite excursion pour visiter cette célèbre mare aux hippopotames du Burkina Faso, cependant en train de lutter pour ne pas tomber dans les oubliettes.

En effet, cette mare paraît un parc isolé. Les activités touristiques s’y font rares. Selon l’un des guides qui n’a pas voulu être cité, les attaques terroristes et le délaissement ont contribué à fragiliser plusieurs sites touristiques burkinabè, même s’il est vrai aussi qu’aucun visiteur n’aimerait finir dans la gueule d’un hippopotame.

Bala n’est pas dans une zone rouge au point de faire fuir des touristes. La mare souffre également de l’ensablement et des plantes envahissantes. Elle aurait plus de dix mètres de profondeur dans les années 80. Actuellement, à environ cinq mètres, l’on pourrait atteindre le sol en profondeur, non sans croiser de plantes aquatiques. Bala a besoin donc de renaître de ses cendres, afin de contribuer à vendre la destination Burkina Faso… Sic !

Nous embarquons quand même comme de véritables guerriers zoulous, des Tarzan des temps modernes. Nous faisons partie des rares visiteurs du site depuis plusieurs semaines maintenant, nous informe notre confident. Mais cette chanson du groupe ivoirien « Petit Yodé et L’enfant Siro » me hante l’esprit : « Hip Pop ! Yo yo yo ! Eh ! Hip Pop ! Yo yo yo ! »… Et ça persiste. Faut-il continuer ou renoncer ? Ironie du sort, il y a, parmi le groupe de visiteurs, un reporter d’images du nom de… Hyppolite. Bref !

En dépit des nombreuses autres mares du Burkina, la mare aux hippopotames de Bala, à vue d’œil, est une immense étendue d’eau sans issue presque dans laquelle résident des fatras de nénuphars. Je ne la connaissais que par ouï-dire. Là-bas, la vie est belle et calme, avec un bel environnement.

Là où nous partons, je savais que tout pouvait basculer. Même si, selon un autre guide, jusqu’à présent, ces hippos n’ont pas fait de victime. « Si un hippopotame agresse un piroguier, c’est que celui-ci ou le village aurait transgressé le pacte. Nous faisons alors des sacrifices et tout rentre dans l’ordre », raconte l’homme.

Aperçu de la mare aux hippopotames de Bala. (© Burkina24)

Les hippopotames accusés à tort ?

Il est dit partout qu’au premier signe d’agitation, l’hippopotame peut se déchaîner. Bien que végétarien, il peut attaquer tout intrus même sur une embarcation solide. Que si le bateau passe trop près, l’animal, très territorial, se glisse en dessous et le fait chavirer d’un seul coup de tête. Après plusieurs minutes de navigation pour une distance d’environ un kilomètre sur cet important potentiel touristique, nous nous approchons de leur territoire. Les hippopotames ne sont plus loin.

Sont-ils réellement agressifs ? Un débat entre journalistes vient d’être lancé. La discussion finit par porter sur l’importance et la protection des ressources naturelles. Un confrère fait savoir que le Burkina Faso est reconnu comme étant une destination privilégiée pour découvrir notamment la faune en l’Afrique de l’ouest.

Vidéo A la Une à retrouver également ici

« Plus de deux tiers de la population d’éléphants de la sous-région se trouvent sur son territoire. A cela s’ajoutent plus de 35 espèces de grands mammifères comme l’hippopotame, l’hippotragus, le buffle, le bubale, le phacochère, le cob de Buffon et plus de 350 espèces d’oiseaux résidents », dit-il. Pris dans ce débat de journalistes, les guides sollicitent un peu de calme.

Nous sommes sur la « pelouse des hippos », du nom de cette vaste prairie. A environ 25 mètres de nous, j’aperçois la tête d’un hippopotame de taille moyenne, qui apparemment a signalé notre présence aux autres membres de sa troupe. Et quelques secondes après, voici « Obaysch (*) » ! Quand j’ai aperçu la tête de ce mastodonte, mon rythme cardiaque a grimpé. A vrai dire, j’ai dû courir après mon instinct de chasseur d’images. Tremblotant plus ou moins que mes confrères, j’arrive à capturer néanmoins quelques images.

Un mastodonte de Bala (© Burkina24)

Une rencontre inoubliable…

L’adrénaline monte. « Obaysch », vraisemblablement le maître des lieux, le gros mâle, vérifie « l’information » de son subalterne. Il nous fixe d’un regard despotique. Son message est compris. A la télé, j’ai appris que ces quadrupèdes possèdent des pattes courtes, avec d’épaisses canines d’environ 70 cm, leurs mâchoires sont des armes efficaces pour attaquer ou se défendre. « Obaysch » semble déjà sur la défensive.

J’ai eu l’impression que ses yeux, ses oreilles et ses narines sont plantés sur sa tête. Surnommé « Cheval du fleuve », cet amphibie herbivore vit généralement le jour dans l’eau douce, les marais de mangroves. La visite aux hippopotames a été de courte durée. Une dizaine de têtes de bêtes de cette race émergeaient quand notre pirogue campait sur leur territoire.

Nous ne l’avons pas vu manger les algues qui poussent sous l’eau, mais savons qu’une fois la nuit tombée, l’hippopotame sort pour aller brouter pendant plusieurs heures l’herbe et les plantes sur la terre ferme.

A notre retour, les autres, qui n’ont pas osé s’aventurer, nous regardent avec convoitise. (© Burkina24)

Je ne pense pas pouvoir lui rendre visite un jour à la nuit tombante. Il ne faudrait surtout pas qu’il me voit en… prince des ténèbres. Pour ne pas se livrer à une compétition d’apnée, nous avons préféré rebrousser chemin. A notre retour, les autres, qui n’ont pas osé s’aventurer, nous regardent avec convoitise comme pour dire : « Hip hip hourra pour vous ! ». Les quelques images capturées sont vite partagées.

En réalité, l’hippopotame est inoffensif à condition de le laisser tranquille. Une simple visite ne lui dit absolument rien. Il convient cependant d’insister sur la situation actuelle de la mare aux hippopotames de Bala. La reprise des activités touristiques, la lutte contre l’ensablement progressif et le désherbage des plantes envahissantes pourraient permettre à la biosphère de retrouver son lustre d’antan, pour le bien-être également des animaux qui y vivent.

Noufou KINDO

Burkina 24

L’hippopotame, une espèce protégée !

Un hippopotame adulte peut peser jusqu’à quatre tonnes et mesurer trois mètres de long pour 1,50 mètre de haut. Il peut nager sous l’eau à 8 km/heure et courir sur terre à 35 km/heure. La femelle porte un seul petit pendant 8 mois de gestation. Le « bébé » pèse 55 kg à la naissance.

Le regard de “Obaysch” (© Burkina24). * : Obaysch est le surnom donné à l’un des mastodontes rencontrés à Bala. Il a été le premier hippopotame vu en Grande-Bretagne depuis les temps préhistoriques, et le premier en Europe depuis la Rome antique. Il a été capturé sur une île quand il avait moins d’un an. Son nom est dérivé du nom de l’île.

L’accouplement, la gestation et la naissance se font sous l’eau. Paradoxalement, l’hippopotame ne reste que quelques minutes sous l’eau avant de remonter respirer à la surface. L’hippopotame est une espèce protégée, pas seulement au Burkina. Il est cependant toujours menacé par la perte de son habitat et pour l’ivoire de ses canines.

Au Niger par exemple, un décret portant Classement de la réserve aux hippopotames, située dans la région de Tillabéry, « Sanctuaire des Hippopotames » a été récemment adopté en Conseil des ministres. Ce Sanctuaire vise à créer une bourgoutière pour les hippopotames et de faciliter la recherche scientifique et l’atténuation des conflits hommes-hippopotames dans ce pays.

N.K

 

Réaction de Souleymane Yaméogo, Chef d’unité de Bekuy/OFINAP, en fin 2017

« En tout cas, nous sommes en train de faire beaucoup d’aménagements au niveau de la mare et ses environnants. Nous sommes en train d’ouvrir d’autres voies pour permettre aux touristes de venir visiter les animaux et la forêt.

Ça commence à aller. En plus, nous évacuons régulièrement les plantes envahissantes notamment en période d’hivernage. Ce qui fait que depuis quelque temps, les effectifs des touristes sont en train d’augmenter.

En 2017, nous avons enregistré environ 700 touristes. Les chiffres sont en train d’augmenter petit à petit, en tout cas, par rapport aux années précédentes. Par exemple, on a eu un peu plus de 500 visiteurs en 2016 et moins que ça en 2015 ».

N.K

 

Détails sur la Mare aux hippopotames de Bala

26 mars 1937 : 1er Classement par l’administration coloniale suivant arrêté n° 836 SE portant classement des forêts de Bansié, du Bambou, de Kapo, du Bahon et de la Mare aux Hippopotames, cercle de Bobo-Dioulasso, Côte d’Ivoire.

– 1987 : Classement en Réserve de Biosphère par l’UNESCO.

– 1990 : Classement site RAMSAR.

– 1990 : Construction de la digue en aval de la Mare par la coopération allemande.

– 2003 : Début du projet Programme d’aménagement et de gestion des écosystèmes naturels (PAGEN), financé par la Banque Mondiale pour une durée totale de 15 ans. Arrêt provisoire du programme en fin décembre 2007, malgré des indicateurs positifs.

– 2004 : Début du Programme Man And Biosphere (MAB-UNESCO) pour le financement de voyages d’étude dans d’autres réserves de biosphère, pour les villageois, et la mise en place de programmes scientifiques sur place.

– La production halieutique exploitable de la mare est estimée à 39 tonnes par an sur la base d’un rendement moyen de 280 kg/ha/an (Sources : Rapport annuel d’activités 2010 de l’OFINAP)

N.K

>>>>>>>>>> Lire aussi : Le Marigot Houet en péril, les silures sacrés en détresse !

Noufou KINDO

@noufou_kindo s'intéresse aux questions liées au développement inclusif et durable. Il parle Population et Développement.

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