Le Marigot Houet en péril, les silures sacrés en détresse !

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Le Marigot Houet traverse la ville de Bobo-Dioulasso du Sud au Nord. Actuellement, il le fait sans doute difficilement. L’insalubrité et l’ensablement portent le fardeau de la culpabilité. Les silures sacrés qui y vivent sont menacés de disparaître. Ils ne vivent plus dans un environnement propice à leur épanouissement. Plusieurs actions de préservation de ce patrimoine culturel sont pourtant réalisées. Mais d’énormes sacrifices restent toujours à faire pour la survie du marigot… sacrificiel.

Les silures de Bobo-Dioulasso sont sacrés notamment pour les Bobo Mandarè, autochtones de la cité de Sya. Ces « poissons-génies » sont perçus comme aïeux par ces derniers. Et c’est pourquoi personne ne devrait les tuer, ni les manger (Ndlr : Plus de détails dans la vidéo à la Une).

C’est principalement la famille Kassamba qui veille au respect de tout ce qui y est sacré. D’après certaines croyances, les silures seraient même des puisatiers, creusant les roches poreuses à la recherche de l’eau potable, opérant le nettoyage et procédant au débouchement des sources.

Au Marigot Houet (Burkina 24)

Les silures protégés, selon Alain Sanou, adjoint au Maire, Chargé des questions culturelles à Bobo-Dioulasso, jouent un rôle important dans la préservation de l’écosystème. Car, soutient-il, les silures facilitent l’accessibilité à l’eau des nappes souterraines. « Quand on ne veut pas qu’un puits tarisse, par exemple, on y met des silures », explique le 4e adjoint au Maire de Bobo.

Les silures figurent d’ailleurs sur les armoiries de la ville et constituent l’emblème de Bobo-Dioulasso. Ces poissons sacrés jouissent du même privilège que l’être humain dans la tradition Bobo. Lorsque l’un d’entre eux meurt, il bénéfice d’un enterrement et des funérailles.

Il est alors enterré dans un linceul blanc, dans le cimetière qui leur est dédié. Si quelqu’un venait à tuer un silure, même par maladresse, il lui est fait obligation d’organiser les funérailles. L’infortuné pourrait également encaisser divers types de sanctions dans le but de l’éloigner d’une éventuelle malédiction.

Où sont situés les silures sacrés à Bobo ?

Les silures font la fierté d’une bonne partie de la population bobolaise. On les retrouve généralement à la mare aux silures sacrés de Dafra, située à 8 km au Sud de la ville dans le quartier Bolmakoté. Pour visiter le lac Dafra, il est déconseillé de porter des habits de couleur rouge ou d’avoir de l’or sur soi. Il faudrait surtout une autorisation de la part des « gardiens du temple ».

Mais, le lac Dafra n’est pas le seul lieu qui abrite des silures sacrés. Plusieurs autres bassins hydrauliques existent. Nous avons eu l’occasion de visiter l’un d’entre eux le 28 février 2018. Au même titre que le marigot Sya, le marigot Sagnon ou la rivière Kou, le marigot Houet est aussi un lieu de culte plein de mystères. Il abrite des silures sacrés. Certains visiteurs y viennent pour demander la fécondité, la santé, le succès, la protection.

Ils peuvent emporter sur le site, entre autres, du lait, des beignets, du pain, des intestins d’animaux sacrifiés qu’ils offrent aux poissons sacrés. Le Marigot Houet attire ainsi de nombreuses personnes, soit en quête de grâces des aïeux, soit par curiosité. Il fait partie des atouts touristiques de la Capitale économique du Burkina. Un débouché du marais se trouve non loin du Musée Communal Sogossira Sanou. Ce marigot traverse l’intérieur de Bobo-Dioulasso du Sud au Nord.

Au Musée Communal Sogossira Sanou (Burkina 24)

Haro sur l’insalubrité…!

Nous avons remarqué qu’il existe tout un arsenal de protection autour du Marigot Houet, impliquant élus locaux, partenaires techniques et financiers, Chefs coutumiers et autochtones. Le jeu en vaut la chandelle. En effet, bien que les berges du marigot aient été réaménagées récemment en 2017, il urge de trouver une solution durable pour la survie des silures sacrés, du moins dans la partie que nous avons visitée. Pour dire vrai, ce sont des silures visiblement en détresse que nous avons aperçus au Marigot Houet.

Ils sont calmes au fond de l’eau qui, mal à propos, est en train de perdre son aspect naturel. Un silence parlant y règne. Les silures protégés ont comme un message particulier à livrer aux humains : « Sauvez-nous ! ». Une demi-miche de pain, réduite en morceaux, leur est rapidement offerte. Mais les « enfants de Dafra » se montrent plus prudents. Ils se méfient des corps étrangers flottant sur l’eau. Après quelques minutes d’hésitation, le pain est dégusté.

Mais, il y a lieu d’insister que l’état actuel du Marigot Houet s’avère un véritable poison pour ces poissons. Jets de sachets plastiques, abandon de calebasses rituelles et de gourdes, déversement d’eaux usées, ont fait de l’endroit un lieu inapproprié pour l’épanouissement des silures. Difficile d’ailleurs de bien apercevoir la carrure de ces poissons généralement sans écailles et dont la bouche est entourée de barbillons.

La couleur obscure de l’eau oblige. Difficile cohabitation, donc ! La couleur verdâtre du cours d’eau, à en croire Dinsou Thomas Dembélé, Chargé de l’assainissement du Marigot Houet, est due notamment aux eaux usées servies au marigot par des structures dont nous tairons les noms.

Pour que le marigot retrouve son lustre d’antan…

Le Chef du village de Kuinima, Famara Sanou (en blanc) au bord du Marigot Houet. (Burkina 24)

Le jet de sachets plastiques et l’abandon de calebasses de culte aux environs du cours d’eau menacent la survie des silures, par ricochet, du marigot. Le Chef du village de Kuinima, Famara Sanou, était présent lorsque nous visitions le Marigot Houet. « Les silures sont en état de détresse. Voyez vous-mêmes ! », déplore-t-il.

Les autochtones n’arrêtent de supplier les uns et les autres. « Certaines personnes viennent pour faire des sacrifices rituels. On n’a pas moins de 12 personnes ici par jour. Les aspects du marigot sont plutôt culturels qu’économiques. Mais, beaucoup abandonnent leurs calebasses et autres ici. Ce qui retombe dans l’eau. C’est le Marigot Houet qui en souffre plus par rapport aux autres marigots. Le marigot souffre également des eaux polluées.

Or, les silures sacrés constituent vraiment un patrimoine, une richesse culturelle de la ville de Bobo-Dioulasso. Même si un meurt, ce n’est pas simple. Sans les silures, on ne parlerait pas de Bobo-Dioulasso. Aidez-nous à ne pas les laisser partir », prie, de son côté, le Chargé de l’assainissement du Marigot Houet.

N’eut été l’infiltration des eaux polluées, raconte-il, l’eau du Houet était même utilisée par les femmes stériles qui se lavaient, se frottaient avec du beurre de karité et parvenaient ainsi à vaincre leur stérilité. Les berges du marigot Houet sont constamment réaménagées, grâce au Conseil régional et ses partenaires. Mais des défis demeurent.

Il serait mieux de poursuivre la sensibilisation des populations, l’installation des poubelles aux alentours, le désensablement du marigot, le réaménagement des berges, l’approvisionnement en eau, la construction de latrines publiques. Il serait également bien d’avoir des agents supplémentaires pour veiller à la protection du site et de ses occupants très… vénérés.

Lire aussi : Burkina : Inoubliable rencontre avec des hippopotames de Bala

Noufou KINDO

Burkina 24



Noufou KINDO

@noufou_kindo s'intéresse aux questions liées au développement inclusif et durable. Il parle Population et Développement.

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