Sachets plastiques : Le Burkina s’en remet au patriotisme des importateurs

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Dans sa stratégie  de  contrer la prolifération des sachets plastiques non biodégradables avec ses lots de conséquences dommageables pour l’environnement et pour la santé humaine et animale, le gouvernement du Burkina Faso a interdit depuis 2014, la production, l’importation, la commercialisation et la distribution des emballages et sachets plastiques non biodégradables sur son ressort territorial.  Pour un récipient  aussi  privilégié de tous les ménages des villes et des campagnes, autant dire que le combat s’annonçait  pour le moins compliqué. Pour ce faire, un délai de 6 mois avait été donné aux importateurs pour leur permettre de se mettre en règle et écouler les stocks qui étaient en leur possession au moment de l’adoption de la loi.  Près de quatre ans après, les commerçants importateurs se sont-ils conformés à la loi N° 017-2014/AN du 20 mai 2014 qui proscrit l’entrée au Burkina du sachet plastique non biodégradable ? Une chose est sure,  des supermarchés à la vendeuse de beignets au bord de la voie en passant par les dépôts pharmaceutiques et autres commerces, rien ne bouscule le sachet plastique. Le grand inconnu, c’est sa nature biodégradable.  


Reportage

6 décembre 2017. Il est 10h.  Le marché Rood-wooko (marché central de Ouagadougou) comme à son habitude à cette heure de la journée, grouille du monde. Devant les commerces d’emballages plastiques, ça discute entre clients et vendeurs. Ici lorsque vous n’êtes pas un client, il vaut mieux ne pas être pressé. Après environ 10 mn d’attente,  notre premier interlocuteur se prête à notre sollicitation. « Oui Monsieur, je vous écoute… ». A peine a-t-il terminé sa phrase que son téléphone sonne. Heureusement, ce fut très bref.

« Nous nous intéressons à la nature des sachets plastiques qui sont commercialisés sur le marché. Si vous voulez bien répondre à nos questions… ».

Méfiance

D’un pas en arrière, notre interlocuteur nous toise d’un regard plutôt méfiant. La sympathie qui s’était installée se dissipe aussitôt,  le climat de la conversation change. « Euh… non, nous vendons les sachets biodégradables. Après tout, je ne suis qu’un semi-grossiste. Nos patrons sont là, c’est avec eux que nous achetons les sachets. Ils sont bien placés pour vous donner toutes les explications », nous rabroue notre semi-grossiste qui refuse même que l’on prenne des images sur ses piles d’emballage.

Nous rebroussons chemin, avec l’idée que nous ne sommes pas bienvenus dans ce milieu. Non loin de là, nous nous retrouvons  devant un magasin de vente en gros des sachets. Ici le patron est absent et aucun de ses employés ne veut répondre à aucune de nos questions. « Repassez après, le patron n’est pas là ».  Ce même  refrain nous sera distillé par la suite dans bien d’autres magasins.

Arrivé à Burkina Plast, spécialisé dans l’importation des sachets plastiques de la Côte d’Ivoire, nous sommes enfin reçu par le directeur commercial adjoint Denis Kaboré. Il est d’emblée formel. « Nous commandons des sachets plastiques bio dégradables », indique-t-il, avant de se raviser tout de suite et d’admettre qu’en réalité, en tant qu’importateur ils n’ont pas le matériel technique pour prouver que leurs sachets sont biodégradables. En fait, si l’on en croit  Monsieur Kaboré, les importateurs s’en remettent uniquement à la bonne foi des fournisseurs et des étiquettes visibles sur les emballages.

Pertes

Néanmoins, les commerçants disposent « d’expériences maisons » pour tester les sachets. « Avant 2014, explique le Directeur Commercial Adjoint de Burkina Plast, lorsqu’on importait les sachets, on pouvait les exposer n’importe où, et les retrouver intacts même cinq ans après ». Mais actuellement, poursuit-il, on fait très attention au niveau de nos commandes parce qu’à un certain temps, les sachets commencent à se dégrader. Sur place, il nous montre des rouleaux de  sachets pour   bâtiment qui se détachent déjà  en lambeaux.

Les explications de Denis Kaboré

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Pour éviter de voir leurs marchandises donc se dégrader avant même leur écoulement, les importateurs limitent leurs stocks afin de les écouler rapidement. Faute de quoi, ils feront des pertes.  Serait-ce peut-être la raison pour laquelle on pourrait retrouver encore les sachets plastiques non biodégradables sur le marché ?

De l’avis de Denis Kaboré, le sachet plastique non biodégradable en plus de résister au soleil, présente un autre avantage économique. En effet, il  a un coût de production moins élevé que le biodégradable et rapporte logiquement bien plus au commerçant. « Le non biodégradable revient légèrement moins cher que le biodégradable, puisque le fabricant ajoute des produits chimiques au non biodégradable pour le rendre biodégradable, et il entend récupérer cet argent et donc le prix de vente revient un peu plus cher », tente de nous expliquer notre vis-à-vis.

50% des emballages plastiques importés toujours non biodégradables…

Comme on peut le deviner,   la méfiance de certains commerçants à nos questions cache bien quelque chose.  Certains commerçants « hors-la-loi » continuent de faire rentrer frauduleusement les sachets plastiques non biodégradables au Burkina, et cela au grand dam des services de contrôle du ministère en charge de l’environnement  et surtout de la douane.

A en croire la Directrice Générale de la Préservation de l’Environnement Fanta Rokia Compaoré/Kafando, les opérations de contrôle révèlent qu’environ 50% des emballages  importés sont encore non conformes aux documents de procédure d’homologation, c’est-à-dire non biodégradables. Une situation que la Direction Générale de la Préservation de l’Environnement apprécie positivement, préférant voir le verre à moitié plein.

Patriotisme

Mais pouvait-il en être autrement ? En effet, depuis l’adoption de la loi il y a près de 4 ans, le ministère en charge de l’environnement ne dispose toujours d’aucun appareil de contrôle. Après une première procédure d’acquisition soldée par une résiliation du contrat avec le prestataire, le ministère conduit par Batio Nestor Bassière (ministre de l’Environnement, de l’Economie Verte et du Changement Climatique) peine toujours à se procurer ne serait-ce qu’un seul appareil dont le coût tournerait autour de 30 millions de FCFA/l’unité.

Etat des lieux

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Une autre procédure d’acquisition serait lancée et devrait permettre au ministère de disposer dans les mois à venir d’au moins six appareils de contrôle. Mais pour un ministère considéré comme l’un des parents pauvres du  gouvernement, on ne pourrait s’empêcher d’être comme un Saint Thomas.

 Pour avoir mis la charrue devant les bœufs, le gouvernement ne compte à présent que  sur « un patriotisme des importateurs », qui à leur tour compte sur la bonne foi des fournisseurs sur la nature de biodégradabilité des emballages.

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Au Burkina, c’est environ 400 000 tonnes de déchets plastiques qui sont produits par an, beaucoup trop, au point que le ministère de l’environnement, de l’Economie Verte et du Changement Climatique envisage déjà une politique d’interdiction totale de sachet plastique comme c’est le cas dans des pays comme le Rwanda ou le Kenya.

En décembre 2017, le département conduit par Batio Nestor Bassière a lancé  sa campagne nationale « zéro sachet plastique » à Dori. Une politique qu’il faut encourager, même si l’on doit déjà penser à trouver une alternative. A ce sujet, une délégation du ministère en charge de l’environnement a séjourné courant 2017 au Rwanda pour s’inspirer de l’expérience de ce pays.

Maxime KABORE

Burkina 24

Rédaction B24

L'actualité du Burkina 24h/24.

Il y a 1 commentaire

  1. Le Probleme du Burkina se situe dans nombreux domaines…Pour parler de patriotisme il faut que les decideurs meme aient le courage de faire le pas…Car je trouve que un probleme qui peut avoir de serieuses repercussions sur lavenir devrait etre pris au serieux…Arretez de caresser le chien dans le sens des poils…Si le patriotisme ne resouds pas le probleme passez aux choses serieuses..Interdisez limportation du plastique…en commencant pas la Racine…Les policiers ou les agents des eaux et foret sont la au service de l’Etat…Eux devraient assurer un controle permanent dans chaque quartier du pays..Il ne faut pas voir le coté “certains vivent a base de cela”. Le patriotisme des agents et des leaders peut resoudre le probleme et ensuite vient linterdiction par ladoption d’une loi…Moi je suis Etudiant au Maroc…Et vraiment le probleme des plastique m’a fait du mal dès mes premiers jours ici…pas de plastique..Du carton bien resistant…De facon generale Le Burkinabe doit se considerer comme responsable 1er du pays..’Mon action determine celui des autres’…Le Faso plast doit etre rebaptisé en ‘anti plast’ et avoir des agents pour le controle…et punir severement chaque revendeur de plastique…Je ne peux pas comprendre que quelqu’un dise cest le patron….car on est pas esclave du patron et linteret de la nation passe avant le mien et celui du patron…Jai mal pour ma patrie..Jai mal pour le Burkina…et je pleures pour les futures generations…Un appel a Tous ceux qui ont ce desir de secourir a un Burkina en misère…Ne dites pas que la politique c’est pour les menteurs…car on est menteur avant d’etre politicien…et ce sont nos actes qui determinent notre veracité et notre mensonge…Ne laissez pas le pays sombrer par ceux qui ont toujours ete deriere vous…Si Tu peux etre un Bon dirigeant et servir dignement Ton pays alors Ta vie serait Insensé de rester a observer des incapables le faire….Le Burkina a Besoin d’hommes forts…Que nos dirigeants actuels soient patriotes! Cest la seule solution..

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