Tribune : “L’école burkinabè : Grabataire depuis 118 ans” (2/3)

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Ceci est une tribune de Zakaria Guingané sur l’état du système éducatif burkinabè. Subdivisée en trois parties, elle sera diffusée sur trois jours. Voici la deuxième partie.

Bien pensée et bien mise en œuvre, l’école catapulte le développement

A moins qu’un Système Educatif (SE) ne soit piloté par des individus abrutis à vision philosophique et idéologique inféconde et absconse comme c’est le cas en Afrique depuis les dépendances octroyées, l’attelage de l’acquis, de l’appris au vécu quotidien concourt utilement au bien-être et à la puissance d’une société. Ces retombées sont encore plus complètes si et seulement si un tel Système Educatif est moulé dans la langue maternelle des bénéficiaires directs que sont les apprenants.  Beaucoup d’études et de productions littéraires ont démontré la véracité de cette assertion. Rejoignant ce concert d’analyses, nous avons aussi et très modestement souligné cela dans notre œuvre intitulée Débâcle et Espoir d’une République, page 47 : « (…). Un pays qui s’instruit exclusivement dans une langue étrangère n’obtiendra qu’un niveau de développement théorique et sans saveur. (…).».

Parler de l’importance de l’éducation pour une nation, c’est parler de cette triade d’objectifs qu’on peut l’y assigner. En parcourant ce document intitulé Burkina Faso : Cent ans d’histoire, 1895-1995[1] en son volet « système éducatif » à la page 1763, nous trouvons ceci : « La scolarisation profite d’une part aux individus concernés et d’autre part à la famille et à la collectivité dont ils font partie. Elle permet à l’individu d’élargir ses connaissances et ses qualifications et de mieux gagner sa vie. Les avantages collectifs (…) sont plus larges». Que comprendre par « avantages collectifs » de l’école ? Petites parenthèses d’abord. Burkinabè que nous sommes, nous est-il venu un jour à l’esprit de nous demander si, par exemple, le phénomène des médicaments de la rue existe en France ? A notre avis non. Ce phénomène y est même inimaginable. Alors une autre question : pourquoi cela est-il impensable ? Eh bien ce n’est pas parce que les français sont suffisamment nantis pour s’acheter les produits pharmaceutiques homologués par les normes de l’OMS. La vérité est que, et c’est là qu’intervient la dimension éducation, le taux d’instruction là-bas frôle les 100%. Là-bas, ce n’est pas la police ou la douane qui traquent les négociants de ces produits prohibés. Non, ceux-ci ont autres chats à fouetter. C’est plutôt l’école, dans ses dimensions institution/formation, qui le fait à leur place et leur permet de vaquer bonnement à d’autres urgences. Là-bas également, il n’y a plus de soucis à construire et équiper des centres de santé afin de soigner les innombrables pathologies qu’induit la consommation de ces médicaments mortels. Non. Dans les pays occidentaux, les centres de santé et hôpitaux les plus huppés y sont déjà pour autres choses. N’est-ce pas dans ces centres de santé de référence que nos gouvernants, qui devaient construire des hôpitaux de ce standing comme le font leurs homologues occidentaux, partent pour se soigner et par ricochet enrichir ces pays avec nos milliards de francs CFA ? Incontestablement, l’école est pour l’essentiel, la première et la dernière voie de développement d’un pays. Mais encore faut-il qu’elle soit hors de danger. 

Le système éducatif burkinabè souffre de beaucoup de maux

Jusqu’à preuve du contraire, à notre avis, le premier mal de « notre école » est sa privatisation originelle, congénitale et permanente. Elle est née sur le lit d’un privé : l’Eglise (en 1900) et est restée seule dans son berceau privé jusqu’en 1906 où le pouvoir public colonial lui trouvât des demi-sœurs avec la construction des autres écoles coloniales. Depuis cette date jusqu’en 1969 (donc 69 ans), les deux types d’école cohabiteront allègrement pour aliéner les petits voltaïques avec ; l’un leur inculquant l’existence d’un Dieu qui aurait créé le « Blanc » pour « civiliser » le nègre (lisons Une vie de boy de Ferdinand OYONO, montrant une église ségrégationniste avec des blancs assis d’un côté sur de belles chaises et les noirs d’autre côté sur des troncs de d’arbres morts) et l’autre type d’école les formatant pour devenir des forçats de la France. Rappelons-nous de la lettre circulaire du gouverneur Chaudié. Le régime YAMEOGO cautionnera ce duo éducatif en y apportant son soutien. En 1969, le général Sangoulé LAMIZANA eut l’outrecuidance de nationaliser toutes les écoles catholiques (Claude Sissao, 1985, p.64) mais pour combien de temps ? Le poids de la guerre froide à l’échelle mondiale aggravé par le pacte incestueux entre tous les régimes politiques voltaïque et burkinabè des années 70 à 90 et le système capitaliste impérialiste rappellera à l’ordre nos pouvoirs politiques que « l’école burkinabè » doit impérativement prendre part à la messe de la « libéralisation tous azimuts ». Ainsi, en 1991, l’entrée du pays dans les Programmes d’ajustement structurel (PAS) signe le désengagement de l’Etat des secteurs sociaux dont l’éducation. Cela conduisit au retour avec vitesse grand V des établissements privés dès la fin des années 90 et la rétrocession en 2000 à César des écoles catholiques nationalisées.

Comment les PAS, imposés par les institutions de Bretton Woods (Banque mondiale et FMI) et mis en application par le CDP de Blaise, Roch, Salifou, Simon et Cie en 1991 ont fait de « notre école » un produit marchand au lieu qu’elle soit un bien social pour l’épanouissement total de notre peuple ? La réponse est dans le document cadre des mêmes PAS. Deux morceaux choisis au niveau de la question relative à la « Révision de la politique de financement du système éducatif » des pays passés sous ces PAS. Le petit un de ce volet dit ceci : « les Etats doivent faire supporter les dépenses d’éducation secondaire et tertiaire par les bénéficiaires en encourageant la création d’établissements secondaires privés et en instituant un système de prêt remboursable par les étudiants en lieu et place du système actuel de bourse gratuite et en modulant le montant de ces bourses en fonction des revenus familiaux comme cela existe pour les bourses d’études du secondaire (ndlr : soit dit en passant, les mêmes P.A.S ont fait disparaître ces bourses aux lycées et collèges) ». C’est donc ce point qui a signé l’acte de naissance des établissements privés qui foisonnent dans nos villes et campagnes à des frais de scolarité et d’inscription pouvant vous causer un AVC. L’hebdomadaire burkinabè L’Economiste en sa parution du 16 septembre 2013 indiquait que sur 1631 établissements secondaires d’enseignement général au Faso,  il y avait 893 privés et naturellement 738 publics. Nul doute que les données fraiches de 2017-2018 sur cette question seraient encore plus gravissimes. Ce même point nous rappelle que les bourses pour étudiants contingentées aujourd’hui à 2 000 sur une population estudiantine de près de 100 000, a été décidé loin de nos frontières mais malheureusement en présence des ouailles politiques nationales d’hier et d’aujourd’hui. Et à un moment où la vie est plus que devenue chère malgré Notre Insurrection des 30, 31 octobre et 2 novembre 2014, lorsque la CNSE exige le retour des bourses scolaires et l’amélioration de celles servies à la poignée d’étudiants ; « la construction et l’équipement des infrastructures éducatives adéquates » pour en finir avec ces « boutiques éducatives privées », on crie à la récupération politique comme si cela était anormale si et seulement si cette récup politique était favorable au peuple.

Quant au petit deux du volet « Révision de la politique de financement du système éducatif » des PAS, il nous donne l’historique du rachitisme salarial dont souffrent les fonctionnaires de façon générale et les acteurs de l’éducation de façon particulière. Le point appelle à : « réduire la part jugée excessive (98%) des dépenses salariales dans le budget de l’enseignement primaire notamment par la formation d’un nouveau type d’enseignant. Cet enseignant nouveau type devrait être recruté à un niveau légèrement inférieur (ndlr, au lieu de BEPC + 2 ans cela devait être BEPC + 1 an) à celui des actuels instituteurs adjoints ce qui permettra de les classer à une échelle de rémunération inférieure ». Cette directive des PAS a été bel et bien implémentée dans les années 2000 mais fort heureusement la lutte des syndicats et de celle de notre peuple amèneront le pouvoir de la IVe République à faire rétropédalage. Toutefois, et il faut le reconnaître, les conséquences dévastatrices d’une telle aventure politico-éducative certes éphémère continuent de nuire au système éducatif. Par ces mesures antisociales consacrant la totale négation de notre souveraineté, le niveau des élèves, étudiants et même de certains personnels enseignants a pris un énorme coup. L’analyse montre donc que depuis 118 ans, il y a deux offres éducatives au Faso : i) l’offre privée (trop lourd dans la balance) avec le privé confessionnel (catholique et maintenant islamique et protestant) et le privé laïc ; ii) l’offre publique très essoufflée du poids de l’autre. Qu’elles soient confessionnelles ou laïques, ces structures privées, bien qu’intégrant les programmes officiels dans leurs enseignements, sont inaccessibles aux enfants du peuple qui y étudient faute d’établissements publics. Aussi une très bonne partie de ces établissements privés ne respectent point les clauses des cahiers des charges, bornés qu’ils sont à prioriser le  profit à la formation des apprenants. Avec cette triste réalité dépeinte doit-on aujourd’hui s’étonner du bas niveau de nos élèves et de certains enseignants ?  

Les autres maux du système éducatif sont innombrables. Il y a le manque criard de moyens financiers alors qu’il y a suffisamment de l’argent dans le pays (lire la Déclaration du SNAID sur www.lesechosdufaso.net du 21 mars 2017) ; manque de personnels qualifiés, pléthore des effectifs. Ensuite, il y a la répression toujours servie aux acteurs (sous tous les régimes, beaucoup d’acteurs de l’éducation ont été violentés, persécutés et tués. Par exemple, lors de la grève des étudiants de 1979, le régime de Seyes Zerbo a exclu environ 300 étudiants ; etc.). On n’oubliera pas les réformes hasardeuses et bien d’autres maux. En ce qui concerne justement les réformes éducatives, la conclusion que nous tirons est que jusque-là, elles sont toutes improductives à une petite exception près. Nous en avons pour preuve la catastrophe éducative dont le système Licence-Master-Doctorat (LMD) est responsable depuis son adoption (rendue obligatoire par la Banque mondiale et le FMI suite au sommet de Bologne) au Burkina Faso en 2009. Pour exemple, le taux de succès des étudiants de la première session L1 S1 de 2012-2013 à l’UFR/SVT de l’Université Ouaga I Pr Jseph Ki-Zerbo était de 9% (soit 97 admis sur environ 1050 inscrits). Et ceci n’est que le minuscule bout de l’iceberg.

Le bal des réformes commence avec Maurice Yaméogo. Alors qu’on disait qu’on était devenu indépendant, le régime de président Yaméogo avait donné une orientation au système éducatif qui se révèlera très tôt obsolète et inefficace. Il y avait trois types d’apprenant entre 1960 et 1966 constitués du système classique avec l’éducation de base d’une poignée d’enfants (cela se faisait par sélection) ; l’alphabétisation des adultes avec ce « programme d’alphabétisation pour adultes en français » et la formation des jeunes ruraux. Pour MADIEGA et NAO dans Burkina Faso : Cent ans d’histoire, 1895-1995, « aucune opération de suivi n’ayant été prévue, les adultes, qui acquièrent dans le cadre de ce projet les bases de la lecture et de l’écriture, retombent souvent dans l’analphabétisme le plus complet, faute de pratique ». Et que dire de cette opération d’éducation rurale du même gouvernement en 1961. L’opération a été entamée avec comme objectif de : « de scolariser tous les jeunes âgés de 12 à 17 ans qui n’ont pas bénéficié du système scolaire ». Ce qui est curieux, c’est que « ce programme de trois ans (…) qui proposait d’assurer à tous les petits voltaïques n’allant pas à l’école une instruction élémentaire en formation agricole basée sur l’apprentissage de nouvelles méthodes culturales », a été défini et financé par l’agence française SEDES (Société d’Etudes pour le Développement Economique et Social. Ndlr, les trois derniers mots nous rappelle le PNDES). A les analyser de près, on ne peut que s’empresser de qualifier ces réformes comme certains l’ont déjà fait de hasardeuses, incohérentes, inopportunes, inappropriées et précipitées. Les choses ne se sont pas arrêtées là.

Après le pouvoir de Maurice, l’Ecole burkinabè connut une kyrielle de réformes mortes-nées dont les plus emblématiques restent celles de 1978, 1979, 1984 (on se rappelle de cet Appel de Gaoua en 1986 où Thomas Sankara prenait pour responsables les enseignants de la déchiqueture de l’enseignement). Il y a aussi celles de 1994 (premiers Etats généraux de l’Education), de 1996 (les deuxième Etats généraux de l’Education), de 2002 (Assises sur l’Education), de 2004 avec les Séminaires gouvernementaux sur l’Education, de 2007 et 2013 avec les lois d’orientation de l’Education. C’est la mode. Et pour ne pas rester en marge, le pouvoir du PNDES, pardon, du MPP a aussi adopté sa politique éducative. Adoptée le 31 mai 2017 en Conseil des ministres, cette nouvelle trouvaille made in MPP s’appelle « Plan sectoriel de l’éducation et de la formation (PSEF) », attendue pour être mise en œuvre courant 2017-2030. Avec le mouvement de la CNSE né après son adoption, on est en droit de se demander si le PSEF sert toujours.    

L’orientation de toutes ces politiques éducatives exhalant une subordination de notre pays à l’ancienne-nouvelle puissance coloniale qu’est la France et aux institutions financières internationales, ces gymnastiques éducatives appelées projets, programmes ou plans de l’Education ont toujours une caducité qui crève les yeux aussitôt qu’elles sont élaborées et prêtes à être mises en œuvre. A cela, il faut ajouter les actes purement et simplement criminels de certains acteurs qui assurent l’implémentation de tels projets. En effet, et pour ces acteurs, l’objectif premier est plutôt de se remplir les poches au lieu de servir le système éducatif et le pays.  Il souviendra à tous et à toutes, que, pendant la mise en œuvre du fameux Plan décennal de développement de l’éducation de base (PDDEB), des ministres dormaient chez eux avec des sommes de plus de 700 millions de francs CFA enfouies sous des matelas.

Le pays gagnerait à écouter les syndicats

L’éducation pour une nation doit servir donc de substrat pour son développement. Et cela nécessite l’appropriation des curricula et autres moyens capables de produire au bout de l’échelle de l’instruction et d’éducation un type de citoyen pas seulement compétent comme l’a toujours modelé toutes les réformes éducatives expérimentées jusque-là mais imaginatif et inventif. Ceci est un des pans de la lutte engagée hier par le CODMPP, la CCVC et aujourd’hui par la CNSE. Que cela voudrait-il dire exactement ? On se plaint que notre pays exporte ses matières premières (ressources agricoles surtout) sans aucune transformation ; que nous manquons d’expertise dans l’extraction minière, tout cela est la résultante d’une éducation centrée uniquement sur le « Savoir » qui magnifie les connaissances intellectuelles ; un peu sur le « savoir-être » correspondant à la capacité de produire des actions et des réactions adaptées à la société humaine et à l’environnement[2] et sur « l’être » se référant  à l’état biologique et psychique des individus. Ceci n’est pas mauvais en soi, mais nous posons-nous souvent la question comment les Etats-Unis d’Amérique, la France (très pauvres en ressources naturelles par rapport au Burkina Faso), la Corée du Nord et les autres puissances sont-ils arrivées à forger leur développement que nous convoitons tant ? Comment sont-ils arrivés à maîtriser le nucléaire pour leurs besoins civils et militaires ? Comment la Corée du Nord est-elle arrivée nonobstant la cruauté du monde capitaliste avec comme chef de file les USA du merdier Donald TRUMP à concevoir des missiles à longue portée ? Comment ? Tout cela leur a été possible pour deux grandes raisons : la première c’est l’orientation de leurs systèmes éducatifs sur le « savoir » ; le « savoir-être » ; « l’être » mais aussi et surtout sur le « savoir-faire » qui renvoient aux compétences pratiques, à la maîtrise par l’expérience de l’exercice d’une activité artisanale, artistique, domestique, intellectuelle technique, technologique et sportive. La deuxième raison, c’est que les peuples américains, français et coréens, souverains qu’ils sont, ont misé sur la chose éducative. Ils n’ont reçu aucun kopeck des contribuables à l’extérieur. Et même s’ils doivent en recevoir, ils le feront sur des bases d’une collaboration saine et totalement dénuée de compromission.

Au Burkina Faso, la CNSE exige seulement 30% du budget national pour juste offrir une éducation décente au peuple sachant que pour une éducation qui permettrait d’atteindre le niveau de la seule petite Corée du Nord il en faudra deux à trois fois plus. La commission d’enquête parlementaire de l’Assemblée nationale burkinabè exige même 35%. Mais qu’entend-t-on dire les autorités ? Pour le  gouvernement KABA THIEBA, cela augmenterait les dépenses de l’Etat en termes de salaire à 50 milliards additionnels. Et après ? Il y a 101 ans la Russie du Tsar était à 80% rural comme le Burkina Faso l’est aujourd’hui. Après leur sursaut révolutionnaire et les moyens conséquents investis dans le capital humain, les russes sous l’URSS ont envoyé leurs citoyens sur la lune à moins de 50 ans d’expérience politique et ce, sans posséder aucune colonie ne serait-ce qu’à la taille du quartier « Karpala à Ouagadougou » sur la planète. Aujourd’hui, on peut tout dire sur la Russie, mais elle demeure une grande nation. Ce qui est sûr, c’est que si la Russie après octobre 1917 avait : i) appliqué les conclusions de la Conférence mondiale sur l’Education Pour Tous (ETP) tenue à Jomtien en Thaïlande du 5 au 9 mars 1990 ; ii) suivi les injonctions du Forum mondial sur l’Education tenu à Dakar du 26 au 28 avril 2000 et iii) adopté une Loi 013 portant orientation de l’éducation, si elle avait fait tout cela disons-nous, elle n’aurait pas été capable de convenablement et ce, en permanence nourrir, soigner, éduquer et loger son peuple, de concevoir l’arme nucléaire et de conquérir l’Espace. 

Malheureusement sous nos cieux et plus particulièrement au Burkina Faso, toutes les réformes mises sur orbite ne laissent aucune place à ce type de production du citoyen politiquement conscient, techniquement compétent et productif, intellectuellement imaginatif et inventif et intégré à la masse. Ce n’est pas nous qui le disons. Lisons les termes de référence de la Loi 013 portant Loi d’orientation de l’Education de Base. Selon la Fédération des Syndicats nationaux des Travailleurs de l’Education et de la Recherche (F-SYNTER) dans un des numéros de son organe d’information dénommé TER, cette dernière trouvaille (cette Loi donc) régulant notre système éducatif actuel fait la part belle à l’abandon précoce de l’apprenant des « bancs d’école » pour son insertion dans la vie active. « Par l’option de privilégier le développement des « compétences » en lieu et place des connaissances comme Buts du système éducatif burkinabè à l’Article 14, cette réforme réduit la formation à l’acquisition de capacités opérationnelles pour le système de production. Elle ne se soucie donc pas de formation de cerveaux aptes à la recherche, à l’invention, à l’innovation, au développement des pensées. Il en résultera une brisure des capacités de notre peuple à planifier et à organiser son développement et même à imaginer un destin différent de celui que nous imposent les puissances et institutions impérialistes, (ndlr, la Banque Mondiale, le FMI, l’UEMOA et la BCEAO) »[3].

La lutte des syndicats de l’éducation est donc fondée

C’est à juste titre que la CNSE dans sa PFR minimale, appelle au « renforcement effectif des capacités du personnel de l’éducation de tous les ordres à travers un plan cohérent de formation ». Sur la base de ce sous-point, la CNSE voudrait qu’au cycle primaire par exemple, les enseignants soient recrutés à partir du Baccalauréat. C’est même un rappel au pouvoir de l’APMP[4] puisque ce projet est décliné dans le document du PDSEB, une des variantes de la Loi 013. La position de la CNSE sur cette question est hautement responsable car bien que cela puisse créer deux catégories différentes de personnels (recrutés avec BEPC et Bac) au sein de de ses militants, son objectif est beaucoup plus focalisé sur la qualité de l’éducation que sur des gains égoïstes de ses camarades qui se trouveraient dans l’un ou l’autre cas. Rien que pour cela, la CNSE mérite des félicitations et encouragements. Enfin, la pratique de recruter les personnels d’enseignement avec un niveau de qualité n’est pas nouvelle dans le système. On se rappelle que pour renforcer le nombre des instituteurs blancs avant et après nos fameuses indépendances, les premiers instituteurs made in Haute-Volta étaient recrutés avec le Certificat d’Etudes Primaires (CEP). Avec l’effondrement subséquent du niveau des élèves, ce diplôme va être par la suite déclassé au profit du BEPC toujours en vigueur. Après 50 ans d’expérience de l’enseignement avec le BEPC et vu le niveau actuel de certains enseignants de part et d’autres, on peut dire que la CNSE a bien pensé sa PFR. L’un comme dans l’autre, les pourfendeurs du mouvement de la CNSE peuvent tout reprocher à cette structure mais il y a une réalité qui se dégage de sa position. Par beaucoup de points de sa plate-forme, on peut dire sans se tromper qu’elle mène une lutte du peuple. Et pour cause. Qui est content et fier d’inscrire son enfant dans un privé à coût de milliers de francs CFA ? Qui ne voudrait pas que dans son secteur, dans son quartier, ou son village il y ait un ou plusieurs établissements primaires et secondaires publics susceptibles d’accueillir ses enfants au lieu que ceux-ci (pour le cas des grandes villes) soient obligés de se faufiler dans les ruelles bondées de véhicules pouvant les écraser à tout bout de champ ? Par « l’amélioration de l’accès à l’éducation » et « l’amélioration des conditions de travail pour une efficacité du système éducatif » le tout attelé à « l’adoption d’un statut valorisant des personnels de l’éducation et de recherche », toutes ces inquiétudes doivent être levées. C’est dire que la lutte doit se poursuivre et ce, avec une intensité jamais égalée n’en déplaise à un certain Daouda SIMBORO qui, parce que tentant de tendre sa sébile au MPP pour des postes politiques futurs, dit sur Burkina24, que « les syndicats d’éducation doivent prendre ce que le pouvoir leur donne ». Avant comme après un quelconque protocole d’accord, la flamme de la lutte doit être maintenue au grand dam d’un certain Paul KABA THIEBA qui, parce ayant été absent de la classe, que dis-je, du pays pendant presqu’une vie, ignore l’histoire de nos syndicats. Il ignore encore que les différents sacrifices que les personnels de l’éducation et beaucoup de fonctionnaires consentent journellement dans les villes et les hameaux de culture les plus reculés du Faso sont le reflet de leur PATRIOTISME. Pour pouvoir savoir compter l’argent à la BCEAO, il faut avoir su compter en classe. Suivez mon regard. La lutte doit donc continuer pour une école populaire même si cela amènera le pays à atteindre le ratio 80% de la masse salariale sur recettes fiscales internes.

Zakaria GUENGANE

Elève Conseiller pédagogique de l’enseignement secondaire, option : anglais à l’Ecole normale supérieure de l’Université Norbert ZONGO ;

Ecrivain et militant de la CGT-B/F-SYNTER et de l’ODJ.

Email : [email protected] 


[1] Le document a été conçu par MADIEGA Yénouyaba Georges et NAO Oumarou (Internet)

[2] De Wikipédia

[3][3] Le Travailleur de l’Education et de la Recherche – TER – n°26 – Avril 2015 ; p 5.

[4] Alliance des Partis de la Mouvance présidentielle (MPP + les autres).



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