Colonel-major Kéré : « J’ai été trahi »

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Le colonel-major Boureima Kéré a comparu le mercredi 14 novembre 2018 pour son troisième jour d’audition dans le procès du Coup d’Etat de septembre 2015. En rappel, poursuivi pour complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat, meurtre et coups et blessures volontaires, l’inculpé a réfuté les griefs exposés contre lui. « Je ne reconnais pas les faits », avait-il lancé le lundi 12 novembre 2018. Pourtant, le mercredi 14 novembre 2018, suite à une série de questions-réponses entre lui et un des avocats des parties civiles en l’occurrence Me Séraphin Somé, le prévenu a reconnu avoir « accompagné » le Coup d’Etat.

Pour cette journée du mercredi 14 novembre 2018, la danse a été essentiellement menée par les avocats des parties civiles. Les premières questions sont venues de Me Pierre Yanogo qui a demandé à l’inculpé, le colonel-major Boureima Kéré, chef d’état-major particulier de la Présidence du Faso au moment du coup de force : « en quelle qualité proclamez-vous quelqu’un Président du Faso ? ». A noter que c’est l’inculpé qui a signé la proclamation du Conseil national de la démocratie (CND) faisant du général Gilbert Diendéré, le Président du Faso.

« Je n’ai aucune qualité. C’est une instruction qui m’a été donnée par le général Diendéré et j’ai signé », a répondu l’inculpé. Profitant de la fenêtre ouverte par son confrère, Me Séraphin Somé, également avocat des parties civiles entame une série de questions à l’endroit de l’ancien chef d’état-major particulier de la Présidence du Faso :

  • Me Somé: Est-ce que ce qui s’est passé le 16 (septembre 2015) vous a surpris ?
  • Colonel-major Kéré: Non ! Ce qui s’est passé, il y avait des crises qui pouvaient déboucher sur des situations graves. Mais nous avons pris des mesures pour éviter ce qui s’est passé (…) ce sont des mesures qu’on ne peut pas détailler publiquement.
  • Me Somé : Vous étiez le chef d’état-major particulier de la Présidence du Faso, avez-vous le sentiment d’avoir failli ?
  • Colonel-major Kéré: Oui ! Je ne m’attendais pas à ce que les gens aillent à ce niveau (…) faire un coup d’Etat (…). J’ai échoué dans ma tâche et j’estime que j’ai été trahi.
  • Me Somé : Avez-vous fait preuve de loyauté ?
  • Colonel-major Kéré: Je pense avoir fait preuve de loyauté. J’ai pris les dispositions pour éviter ce qui est arrivé.
  • Me Somé : Quand vous signiez l’acte de naissance du CND, pensez-vous avoir fait preuve de loyauté ?
  • Colonel-major Kéré: J’ai signé le document dans un contexte très particulier sur instruction du général Diendéré.
  • Me Somé : « Accompagner un mouvement », ça veut dire quoi ?
  • Colonel-major Kéré: Vraiment Maître, je ne peux pas répondre, c’est le général Diendéré qui a dit. C’est lui qui peut répondre (le 16 septembre 2015 après l’arrestation des autorités de la Transition, face aux officiers du RSP, selon l’inculpé, le général Diendéré leur avait demandé d’accompagner le mouvement, ndlr)
  • Me Somé : Pensez-vous avoir « accompagné le mouvement »
  • Colonel-major Kéré: … (l’accusé murmure et l’avocat relance sa question)
  • Me Somé : Lorsque vous signez le communiqué du CND, vous ne pensez pas avoir accompagné le mouvement ?
  • Colonel-major Kéré: Oui ! (moment de silence…). Mais j’ai expliqué dans quel contexte j’ai signé.

Cette série de questions s’est poursuivie jusqu’au moment où un des avocats de l’inculpé, Me Mireille Barry sollicite une suspension pour échanger avec son client. La demande a été accordée par le Président du tribunal. A la reprise, Me Farama, officiant également au compte des parties civiles prend le micro. Selon l’avocat, si l’armée a « accompagné le coup d’Etat » par « la demande de moyens de maintien d’ordre » comme le dit l’inculpé, « c’est grave ». Et dit-il, «il n’y a pas de différences entre celui qui a fait le coup d’Etat et celui qui a accompagné le coup d’Etat ».

« Avez-vous informé le chef d’état-major général des armées ? »

Par ailleurs, le point sur les messages SMS envoyés par des autorités militaires ivoiriennes est revenu. Dans ces messages, ces autorités, en l’occurrence « le général Diomandé », « conseillaient » de « couper l’électricité », « d’utiliser les Réseaux sociaux comme Facebook et Twitter », et demandaient également à « parler au Général Diendéré ».  « Ça m’intrigue, commente Me Farama. C’est comme si notre pays était un vassal de la Côte d’ivoire », dit-il avant d’interroger le Colonel-major Kéré : « Avez-vous informé le chef d’état-major général des armées ? ». « Je n’ai pas rendu compte, répond l’accusé. Ce sont des conseils qu’ils donnent. Tout le monde a besoin de conseils », poursuit le prévenu.

A l’audience du jour, le débat a également porté sur la présence du Colonel-major Kéré aux côtés du général Gilbert Diendéré pour la rencontre avec les médiateurs de la CEDEAO. Selon l’accusé, il y était dans le cadre de la médiation. Mais pour les parties civiles, l’accusé faisait partie de « délégation du CND ». L’audition du colonel-major Boureima Kéré a été suspendue peu avant 17h. Elle reprend le vendredi 16 novembre 2018. Ses avocats avaient la parole. 

Ignace Ismaël NABOLE

Burkina 24

Ignace Ismaël NABOLE

Journaliste reporter d'images (JRI).

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