Affaire Kémi Séba : “Cette injure arrive comme une prime à l’ingratitude” (Serge Bayala)

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Serge Bayala, secrétaire général du Cadre deux heures pour Kamita était l’un des panélistes qui, aux côtés de Kémi Séba, ont rencontré les étudiants le samedi 21 décembre 2019 à l’Université Joseph Ki-Zerbo à Ouagadougou. Interrogé par Burkina 24 ce lundi 23 décembre 2019, il revient sur les propos tenus par Kémi Séba à l’endroit du Président du Faso et y apporte sa lecture.

Burkina 24 : Kémi Séba lors de sa rencontre avec les étudiants a tenu certains propos à l’endroit du président. Avec du recul, comment jugez-vous les propos qu’il a tenus ?

Serges Bayala : Disons que sur le coup, ce sont des propos qui nous ont énormément gênés et au regard de la nature de l’injure, parce que c’était une injure extrêmement vulgaire, nous pensons que c’est une injure qui vise un peu tout le contenu et tout le sérieux qu’on donne à ce combat. Avant tout, le chef de l’Etat c’est une institution. Il n’est refusé à personne de le critiquer quant à la qualité de sa gouvernance, mais on ne peut pas réaffirmer ça autour d’injures qui sont très basses.

Malheureusement sous l’inspiration, le camarade a eu à se laisser aller à certains sentiments, à certains excès et évidemment, nous lui avons notifié que ça, c’est plus que des critiques et qu’il fallait même déjà voir comment s’excuser auprès du peuple burkinabè, des autorités surtout que c’est les seules autorités publiques qui acceptent que le Burkina soit fréquentable par Kémi Séba. On sait que tous les autres chefs d’Etat de la sous-région l’ont déjà désigné comme persona non grata. Cette injure arrive comme une certaine prime à l’ingratitude.

Lire 👉 Burkina : Kémi Séba « en garde à vue » pour « démoralisation » (Me Farama)

Burkina 24 : Vous avez dit que vous avez été gênés par l’injure. Est-ce que à l’instant T ou dans les heures qui ont suivi, vous lui avez signifié cela ?

Serges Bayala : Oui ! Immédiatement. Mais lui-même a compris parce que la réaction qui a suivi dans la salle, il a compris que ça n’a pas fait l’unanimité. Contrairement aux autres propos qu’il tenait, il s’est rendu compte que là, il y avait de la gêne. Même sur la table autour de lui, il a compris et c’est en ce moment que, si vous avez remarqué, il a tenté de sauver les meubles en disant ‘’oui nous voulons le châtier pour qu’il puisse se bouger sinon nous l’aimons trop ’’.

Si vous avez bonne mémoire du direct que vous-même vous avez fait, il a bien tenté de se rattraper en disant que ‘’c’est parce que nous l’aimons’’. A la fin, avec le grand frère Hervé (Ouattara), c’est effectivement que des excuses soient présentées aux autorités burkinabè aussi et surtout au peuple burkinabè parce qu’au-delà du fait que nous tenons des propos désobligeants régulièrement à leur égard, nous on a toujours su épargner les injures froides, qui vident notre combat de toute son essence.

On peut avoir des propos exigeants, mais pas de cette nature. Nous mêmes qui sommes à la critique sur la qualité de notre gouvernement, j’avoue que je n’emploierai jamais ce type de langage quitte à être sévère, très acerbe dans mon approche.

Burkina 24 : Selon son avocat Me Prosper Farama, Kémi Séba est en garde à vue et on lui reproche quelques faits notamment ”injures au chef de l’Etat”, des actes de ”démoralisation”. Est-ce que Kemi Séba pourrait s’attendre au soutien du Cadre Deux heures pour Kamita ?

Serges Bayala : A cette activité, nous avons été invité en tant que panéliste, pas en tant que collaborateur parce que ses représentants, ils ont été notifiés dans la salle. A partir de cet instant, il nous est un peu compliqué, très personnellement, de continuer sur cette trajectoire s’il n’y a pas un mea culpa. Nous pensons que la vérité est révolutionnaire, et en tant que révolutionnaires nous devons être les premiers à reconnaître quand nous fautons.

Si effectivement il y a une démarche d’excuse qui est formulée, bien évidemment on peut toujours collaborer étant donné que nul n’est parfait. Il y a un minimum à conserver quand on a la natte de l’hospitalité militante, il faut éviter de la déchirer. Et là, elle a été déchirée et il faut que nous en tirions toutes les conséquences, Kémi Séba surtout en premier, en reconnaissant que là, il a été excessif dans l’usage des injures qui ont été employées.

Je ne pense pas qu’on puisse, en tant que militant, quelle que soit la forme de solidarité que nous entretenons, soutenir cette erreur. Nous lui avons signifié que c’est un écart majeur qui allait desservir énormément la profondeur de la cause pour laquelle nous nous sommes mobilisés le 21 décembre pour dénoncer de façon symbolique la présence d’Emmanuel Macron en Côte d’Ivoire, la capitale de l’impérialisme et Kémi Séba au Burkina-Faso, capitale du souverainisme et du panafricanisme.

C’est un message fort que nous avons voulu envoyer mais finalement, il a été écorché, énormément, par la légèreté de l’injure qui a été adressée au chef de l’Etat, pas en tant qu’individu mais en tant que institution.

Propos recueillis par Ignace Ismaël NABOLE et Alice THIOMBIANO

Burkina 24



Ignace Ismaël NABOLE

Journaliste reporter d'images (JRI).

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