Retrait des enfants de la rue : Le décès du petit Daouda crée l’émoi à Ouaga

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Le décès de suite de maladie d’un élève coranique âgé d’environ 8 ans le 22 octobre 2020 fait des gorges chaudes au sein de l’Association des maîtres coraniques au Burkina Faso. L’élève en question avait été retiré de la rue et interné au Centre d’éducation et de formation professionnelle de Ouagadougou sis au quartier Somgandé depuis juin 2020. C’était dans le cadre de l’opération de retrait des enfants de la rue entamée par le ministère en charge de l’Action sociale. « C’est un mal qu’il a amené. Malheureusement, ça s’est déclenché ici et on a perdu un enfant qu’on aimait », clame-t-on du côté du centre.

Ce 27 octobre 2020, les responsables et sympathisants de l’Association des maîtres coraniques au Burkina Faso ont exprimé leur mécontentement suite au décès d’un élève du nom de Maïga Daouda. Boureima Maïga est le père de l’élève coranique décédé le 22 octobre 2020.

« Nous sommes des ressortissants de Djibo. Mais on est arrivé à Ouagadougou depuis 2017. En 2019, j’ai autorisé Mahamoudou Maïga, qui est mon frère direct, à enseigner mon enfant. Mais, il y a de cela six mois qu’il m’a informé que les services de l’Action sociale ont arrêté trois de ses élèves dans la rue, dont mon fils », entame l’homme.

Renseignement pris, ils apprennent que les enfants sont au niveau du centre de l’Action sociale (Centre d’éducation et de formation professionnelle de Ouagadougou rattaché au ministère en charge de la solidarité nationale) sis au quartier Somgandé.

Boureima Maïga a perdu son fils.

« Les premières fois, nous nous y sommes rendus sans avoir accès au centre. Après quelques tentatives, finalement les portes du centre nous ont été ouvertes. C’est quelque temps après qu’on nous a informés qu’un des enfants est tombé malade et qu’il s’agit de mon fils », affirme Boureima Maïga, le regard dirigé vers le vide.

« Nous demandons à l’Action sociale de ne plus arrêter les élèves coraniques »

Les infirmiers du centre ont diagnostiqué des maux de ventre sévères déclenchés depuis des jours. L’enfant a donc été évacué à l’hôpital.

« Nous avons demandé et avons pu lui rendre visite. Son état de santé se dégradait de plus en plus. Après, les agents de santé nous ont fait savoir que l’enfant vient de subir une intervention chirurgicale. J’ai demandé à prendre des photos de mon fils avant de repartir très triste. C’est au lendemain de l’intervention qu’on m’a appelé pour m’informer du décès de mon enfant. Nous demandons à l’Action sociale de faire son travail et de ne plus arrêter les élèves coraniques », déclare-t-il l’index dressé, le poing serré.

Quant à El Hadj Hassan Sanfo, porte-parole de l’Association des maîtres coraniques au Burkina Faso, il confie avoir 53 élèves coraniques à sa charge.

« Le mois passé, j’ai dépensé plus de 150.000 F CFA dans les soins. Au centre de l’Action sociale, les services ne s’occupent pas bien des enfants. Comment peut-on effectuer une opération chirurgicale sur un enfant sans informer ses parents qui sont pourtant à Ouagadougou ici ? Sinon sous d’autres cieux, on les aurait accusés de trafic d’enfants. Jusqu’à présent, personne n’est venu saluer le décès. En tout cas, nous ne sommes pas contents. Mais nous n’avons jamais appelé à la violence », lâche le maître coranique à portée de voix.

Abdoul Karim Tapsoba, membre de l’association des maîtres coraniques : « Là où nous sommes en train de douter de l’opération de retrait des enfants en situation de rue, ce sont les méthodes employées. Les enfants bandits sont relâchés et les élèves coraniques sont maintenus dans le centre de l’Action sociale »
« Il a été retiré de la rue pour mendicité et présence permanente en rue »

Mais, du côté du centre où était interné l’élève âgé d’environ 8 ans, ce dernier a été pris en charge conformément aux directives de la structure étatique.

« Moyenga Hama ou Maïga Hama dit Daouda, 8 ans, faisait partie de nos effectifs depuis le 10 juin 2020 en tant qu’enfant et jeune retiré de la rue. Il a été retiré pour mendicité et présence permanente en rue. C’est à ce titre qu’il est arrivé au centre. Il a été intégré dans un groupe éducatif pour y être pris en charge. C’est depuis le 5 octobre 2020 qu’il s’est présenté à l’infirmerie du centre », confie Frédéric Somé, directeur du centre d’éducation et formation professionnelle de Ouagadougou.

Selon ses dires, à l’issue de la consultation, l’infirmier a fait le diagnostic d’une fièvre hygiénique. Il a ensuite procédé à un traitement antipaludique. Le 8 octobre, l’enfant s’est à nouveau présenté à l’infirmerie.

Selon Frédéric Somé, l’enfant a intégré le centre avec son mal de ventre.

« L’infirmier a jugé que son état nécessite une intervention à l’interne. Ils l’ont donc gardé à l’infirmerie. Le 9 octobre, l’infirmier a jugé que son état nécessite une référence vers d’autres structures pour une meilleure prise en charge. Il a ainsi été référé à Schiphra pour des examens. Et après on est revenu au centre et on attendait les résultats », explique le directeur du centre.

« Les médecins décèlent une péritonite consécutive à une fièvre typhoïde mal traitée »

A en croire Frédéric Somé, c’est le dimanche 11 octobre que les médecins ont jugé que son état ne s’améliorait pas et qu’il fallait trouver une structure de prise en charge beaucoup plus adaptée. « C’est là ils ont préconisé à ce qu’on l’envoie à la Pédiatrie Charles de Gaulles. C’est ce qui a été fait suivi d’une batterie d’examens jusqu’à ce que les médecins décèlent une péritonite (en savoir plus sur cette maladie) consécutive à une fièvre typhoïde mal traitée », fait-il savoir.

L’intervention a été programmée dans la nuit du 20 au 21 octobre 2020. Mais bien avant, le directeur du centre avoue avoir dépêché une équipe pour aller croiser les parents de l’enfant dont Boureima Maïga.

« On leur avait donné rendez-vous pour les conduire à la Pédiatrie afin qu’ils rendent visite à l’enfant. Malheureusement, ils n’ont pas pu venir le vendredi. C’est le samedi que les parents sont venus. Pourtant, un samedi, pour pouvoir faire sortir un véhicule de service sans ordre de mission, c’est vraiment en cas d’urgence », indique Frédéric Somé nouvellement installé dans ses fonctions de directeur du centre.

Les responsables de l’Association des maîtres coraniques ont exprimé leur mécontentement ce 27 octobre 2020.
« J’appelle les uns et les autres à savoir raison garder »

Les parents du petit Daouda sont donc repartis et se sont présentés à la Pédiatrie d’eux-mêmes pour rendre visite à leur enfant le 21 octobre. « Ils ont même pris des photos de l’enfant malade et échangé avec les encadreurs sur place. C’est le 22 octobre à 2h 47 que le collègue qui était à son chevet m’a appelé pour malheureusement me dire que l’enfant n’a pas survécu. Je me suis rendu sur place vers 3h du matin », regrette le directeur du centre.

C’est autour de 7h30, dit-il, que les parents de l’enfant ont été informés du décès. « Ils ont dit qu’ils sont en concertation. Voyant que quand est-ce qu’ils allaient nous revenir et comme il n’y a pas de chambre froide à la Pédiatrie, j’ai décidé de faire transférer le corps à l’hôpital Yalgado, en attendant que la famille se décide », poursuit-il.

Selon les explications de Frédéric Somé, les enfants et jeunes, quand ils arrivent au centre, sont pris en charge sur les plans alimentaire, vestimentaire, scolaire, médical, sanitaire et de la formation professionnelle. « J’appelle les uns et les autres à savoir raison garder. Sans être professionnel de la santé, ce n’est pas un mal qui est né de son internat au centre. C’est un mal qu’il a amené. Malheureusement, ça s’est déclenché ici et on a perdu un enfant qu’on aimait ici », termine l’homme, la tête baissée.

Au moment où ces lignes sont tracées, le corps du défunt se trouve toujours à la morgue de l’hôpital Yalgado.

Noufou KINDO

Burkina 24



Noufou KINDO

@noufou_kindo s'intéresse aux questions liées au développement inclusif et durable. Il parle Population et Développement.

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Il y a 2 commentaires

  1. Les rues ne sont pas des mosquées . Si vous ne volez plus qu,on arrête ces enfants ne les laissez pas sortir divaguer. Ce qui est sûr, il y a toujours eu des décès chez les maîtres coronaiques. Ne forcez pas un bouc émissaire. Paix à l’âme de Daouda.

  2. C’est malheureux mais dire de ne plus arrêter les enfants en etat de mendicité dans nos est une méhanceté qui ne dit pas son nom.on ne met pas un enfant au monde pour l’abandonner comme un animal en divagation.ce sont de futurs grands bandits des grands chemins que vous nous formez dans vos soit disant éoles coranniques.quel avenir pour ces enfants?

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