Le CAPES répond à Daouda Emile Ouédraogo et à Abdoulaye Ouédraogo

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Ceci est un droit de réponse du Centre d’analyse des politiques économiques et sociales (CAPES) à la tribune publiée par deux Burkinabè sur la coopération entre le Burkina et la Chine.

Le vendredi 25 septembre 2020, le Centre d’analyse des politiques économiques et sociales (CAPES), en collaboration avec l’Ambassade de Chine au Burkina Faso a organisé une conférence publique sur le thème : les Relations Internationales et la Coopération sino-burkinabè post-pandémique : Défis et perspectives.

L’évènement a permis à de nombreux spécialistes issus de plusieurs domaines de partager leurs points de vue, leurs idées et leurs analyses sur la situation des relations internationales dans un contexte de pandémie de la Covid-19 et sur les relations sino-burkinabè afin que le Burkina Faso tire le maximum de profits de ses relations avec l’extérieur, notamment avec la Chine et que la Chine aussi, ne soit pas déçu en nouant cette coopération.

C’est tout de même avec beaucoup d’étonnement que le CAPES a pris connaissance d’ « un Droit de réponse » écrit par Monsieur Abdoulaye OUEDRAOGO, économiste à Washington et Monsieur Daouda Emile OUEDRAOGO et publié le jeudi 24 septembre 2020 par la presse en ligne Burkina24. Dans cette lettre conjointement écrite, ils reprochent au CAPES de « vanter les mérites de la coopération entre la Chine et le Burkina Faso ».

Lire aussi : Droit de réponse au CAPES à propos du partenariat Chine-Burkina : “Comment la Chine compte coloniser le Faso”

Tout d’abord, il convient de clarifier certains éléments, notamment le terme « Droit de réponse » utilisé dans ladite lettre commune. La loi n°059-2015/CNT du 4 septembre 2015 portant régime juridique de la radiodiffusion sonore et télévisuelle du Burkina Faso en son Titre VI, Chapitre 1 et Article 87 dit : « toute personne physique ou morale dispose d’un droit de réponse dans le cas où des imputations susceptibles de porter atteinte à son honneur ou à sa réputation sont diffusées par un organe de communication audiovisuelle». Le CAPES n’a, en aucun moment, fait des imputations susceptibles de porter atteinte à l’honneur ou à la réputation des Sieurs Abdoulaye OUEDRAOGO et Daouda Emile OUEDRAOGO. Par conséquent,  aucun « Droit de réponse » ne saurait prévaloir.

Pour revenir au contenu de la lettre, le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle regorge d’affirmations inexactes et d’informations infondées. La Conférence était publique. Nous avons misé autant que possible sur la transparence et l’objectivité. Elle était retransmise en direct sur la page Facebook de l’Ambassade de Chine et celle d’une presse privée du Burkina Faso.

Cela avait pour principal objectif de permettre au maximum de personnes, non seulement d’avoir accès à l’intégralité du contenu des présentations, mais aussi de réagir, de commenter et de donner leur point de vue, toute chose qui pourrait aider le CAPES dans sa mission de conseil en développement économique et social. Dans leur lettre, les sieurs Abdoulaye et Daouda Emile OUEDRAOGO évoquent des négociations en cours entre le Burkina Faso et la Chine « pour un prêt de concession pour la construction d’une nouvelle autoroute de 300 km entre Ouagadougou et Bobo Dioulasso ». Pourtant, une telle information n’est pas ressortie de toute la Conférence Publique.

Selon les informations dévoilées pendant la Conférence Publique, le projet de l’autoroute Ouagadougou-Bobo Dioulasso n’est pour le moment pas au stade de financement et le mode d’exécution n’est pas non plus connu. Mais le Partenariat Public Privé (PPP) n’est pas à exclure pour attirer les investisseurs. L’un des panélistes, la Directrice Générale de la Coopération du MAEC, faisant le point de la coopération bilatérale et évoquant le cas spécifique des infrastructures routières a affirmé qu’une « requête de financement pour les travaux de construction et de bitumage de la route nationale N°11 (Banfora-Sidéradougou-Gaoua) d’un montant de 44 415 130 534 a été transmis en mars 2020 ». Quant au premier secrétaire de l’Ambassade de Chine au Burkina Faso, il a confié que pour ce qui est de l’autoroute Ouagadougou – Bobo Dioulasso, le projet n’est pour le moment pas au stade de négociation.

Un autre point qui a largement dominé l’écrit des sieurs Abdoulaye et Daouda Emile OUEDRAOGO est la question de la dette. Avançant une théorie de «piège de la dette », ils soutiennent que « la Chine endette le pays en construisant des infrastructures qui permettront à terme d’exploiter les ressources de ce pays, lorsque ce dernier ne parviendra pas à rembourser sa dette». Quelques remarques s’imposent. A quoi servent les relations bilatérales si on ne peut en tirer avantage l’un de l’autre ? Le burkinabè n’a-t-il pas besoin d’infrastructures pour faire fonctionner ses activités et sortir de la pauvreté ? Le cas du chemin de fer Addis-Abeba- Djibouti et le projet d’infrastructures en Malaisie tel que fustigé dans la lettre profitent pourtant aux populations locales. Pour ce qui est de la dette, lors de la 42e session de la réunion de la Banque des États de l’Afrique Centrale le 1er août 2019, des participants ont critiqué encore une fois la soi-disant théorie de « piège de la dette chinoise ». L’ancien président de la Banque Africaine de Développement, économiste de renom Donald Kaberuka et d’autres spécialistes ont signalé que la dette n’est pas propre à l’Afrique. Dans le monde entier, le niveau moyen de dette pour les pays développés a atteint jusqu’à 226% et 168% pour les pays émergeants. Ce qui est important, ce n’est le volume du prêt reçu mais l’utilisation et la gestion faite de ce prêt. Le Pr François OUEDRAOGO, économiste et enseignant-chercheur qui était l’un des panélistes de la Conférence Publique a souligné que le Burkina Faso n’est pas concerné par ce soit disant « piège de la dette ». De plus, il ressort de la communication de la Directrice Générale de la Coopération du MAEC que dès la reprise des relations bilatérales entre la Chine et le Burkina Faso le 26 mai 2018, le gouvernement chinois a annulé la dette du Burkina Faso à hauteur de 10 540 milliards de F CFA.

Les ressources naturelles ont constitué un autre élément largement évoqué dans cette lettre. « La Chine endette le pays en construisant des infrastructures qui permettront à terme d’exploiter les ressources de ce pays » ont-ils affirmé. Pourtant, les panélistes, dans leur ensemble, ont affirmé que dans sa coopération avec les pays africains en général et le Burkina Faso en particulier, la Chine applique toujours et strictement le principe de non-ingérence dans les affaires internes. Le Premier secrétaire de l’Ambassade de Chine M. LUO Xiaokui a ajouté que les investissements de la Chine en Afrique ne s’accompagnent d’aucune condition politique. Ils en ont d’ailleurs fait leur credo. En tout état de cause, les ressources naturelles doivent être au service du développement de nos pays. Leur exploitation doit être avantageuse pour notre pays et pour sa population. Il incombe à l’autorité de mettre en place des mécanismes qui garantissent à l’Etat un meilleur rendement de cette exploitation. Des pays comme la Guinée l’ont compris et ont fait un bond en avant, surtout sur le plan infrastructurel, grâce aux retombées de l’exploitation des ressources naturelles comme le fer. Le problème n’est pas l’exploitation mais le contrôle, la monopolisation des ressources naturelles par certaines puissances. C’est cela qu’il faut combattre.

Qualité de la ressource humaine – infrastructures – Ressources financières. C’est ce dont nous avons besoin pour nous développer rapidement. Nous avons besoin d’une coopération qui nous apprend à pêcher au lieu de nous donner du poisson. Mais savoir comment pêcher sans disposer de canne à pêche est vain. C’est la raison pour laquelle la coopération qui nous permet d’avoir le savoir, le savoir-faire et qui nous assiste en outils pour que nous produisions par nous-même ce que nous consommons et ce que nous commercialisons est la bienvenue.

C’est en cela que nous pourrons nous passer un jour de l’aide. A ce titre, la Chine, en seulement deux ans de coopération au Burkina Faso a appris les techniques modernes de culture de mil et de riz à nos paysans, triplant ainsi les rendements, si on se réfère à la communication du Premier secrétaire de l’Ambassade de Chine.

Sur le plan économique, elle a exonéré 97% de produits d’exportation du Burkina Faso des droits de douane et entend faire don d’un Centre hospitalier universitaire de référence à Bobo Dioulasso d’une valeur de 60 milliards de FCFA, a ajouté la Directrice Générale de coopération. Cette mesure a permis de multiplier par 3.6, pour un montant de plus de 100 millions de dollars l’exportation des produits burkinabè vers la Chine, a renchéri le conseiller économique de l’Ambassade de Chine, Mr Wen wen. 

En référence à tout ce qui précède, on est en droit de se poser des questions sur le but réel d’un tel écrit de la part de Monsieur Abdoulaye OUEDRAOGO et de Monsieur Daouda Emile OUEDRAOGO. A qui profite vraiment cet écrit ou qui l’a commandé ? En se basant sur leur lettre, on se demande s’ils ont réellement suivi la conférence publique ou s’ils ont fait leur « analyse » sur la base de leurs appréhensions personnelles sur la Chine !  En tout état de cause, quelles qu’en soient les motivations, il faudrait penser en priorité aux intérêts de la nation et appliquer soi-même une autocensure sur tout acte qui pourrait porter atteinte au développement économique et social  du pays.

Nous les invitons, pour les fois à venir, à prendre activement part à la Conférence Publique en exposant directement leurs craintes et remarques aux panélistes pour murir davantage la réflexion sur la coopération bilatérale avant de pouvoir apporter une quelconque appréciation. Cela aurait été davantage plus constructif et plus honnête que la publication d’un « Droit de réponse » qui en réalité n’en est pas un.

Daniel P KABORE

Directeur Exécutif du CAPES

Emai : [email protected]

Téléphone : +226 70 26 88 72// 76 71 32 47

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