Justice dans un contexte d’extrémisme violent et de conflits communautaires: Le CISC pose le débat

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Comment concilier la lutte contre le terrorisme et le respect des droits humains ? La question était au centre d’un panel organisé par le Collectif contre l’impunité et la stigmatisation des communautés et l’organisation Africtivistes autour du thème de la justice dans un contexte d’extrémisme violent et de conflits communautaires.

Huit mois se sont écoulés depuis le drame de Yirgou et environnants. Au lendemain de ces tueries dont le nombre de victimes exactes n’est toujours pas déterminé, le Collectif contre l’impunité et la stigmatisation des communautés (CISC) voyait le jour.

Marches-meetings et sit-in devant le palais de justice de la capitale se sont enchaînés. Sur les cent quatre-vingt (180) émis par le juge d’instruction, il faudra attendre le 7 août pour voir tomber la nouvelle de l’arrestation de sept membres de groupes d’auto-défense Koglweogo.

« Pas une volonté politique de rendre la justice »

Invité à communiquer sur la lenteur dans l’avènement de la justice l’avocat Benao Batibié s’est dit : ‘ils veulent manger leur piment dans ma bouche’. A ses yeux, « les causes de la lenteur sont simples » et ne seraient imputables ni au juge qui délivre les mandats, ni au procureur chargé de poursuivre les accusés. « Quand on gratte, très souvent, la responsabilité se trouve ailleurs », oriente-t-il.

Cet ailleurs pour l’avocat, c’est la hiérarchie policière pour les OPJ de la police nationale et celle militaire dont relève les OPJ issus de la gendarmerie. « La difficulté vient du fait, qu’au niveau du Burkina Faso depuis notre ancien code de procédure pénale, les OPJ ont plusieurs casquettes. C’est ça le problème. Je suis OPJ gendarme par exemple. Ma carrière est gérée de côté par les autorités militaires. L’autre côté en tant que OPJ, je relève directement du procureur du Faso, du procureur général. Je reçois des instructions. Si le procureur me dit fait ci. Mon supérieur hiérarchique me dit fais ça. Qu’est-ce que je fais ? Voici le malaise », renvoie Me Benao.

Son confrère Ambroise Farama est constitué avocat des familles des victimes du drame de Yirgou et environnants. Prenant la parole après le « général Bassolma », il a invité à « situer les responsabilités » en s’assurant que les gouvernants qui ont pour mission de veiller à ce que la justice soit effective s’assure qu’elle soit rendue conformément à la loi. Me Ambroise Farama s’étonne que sur 180 personnes identifiées par les survivants et témoins, il n’y ait que 7 inculpés à ce jour. « Il n’y a pas une volonté politique de rendre la justice. Il n’y a aucune politique de protéger les droits humains », déduit-il.

Les militants pour le respect des droits humains dans un contexte de lutte contre le terrorisme n’ont pas marchandé leur participation au panel

Complémentarité entre lutte contre le terrorisme et défense des droits humains

Aly Sanou, secrétaire général du Mouvement burkinabè des droits de l’Homme et des peuples (MBDHP), a été le premier à prendre la parole. Il en a profité pour livrer la position de l’organisation sur le terrorisme et comment le gouvernement s’y prend pour résoudre la question.

« Les défenseurs des droits humains ne sont pas opposés à la lutte contre le terrorisme parce que le terrorisme en lui-même est une violation des droits humains. … Ce que les défenseurs des droits humains n’acceptent pas, c’est qu’au nom de la lutte contre le terrorisme, au nom de l’insécurité, l’Etat lui-même viole un certain nombre de droits ».

Mi-mars 2019, le MBDHP dénonçait des exécutions sommaires. C’était après l’annonce de la neutralisation de 146 terroristes lors d’opérations de riposte menées par les forces armées nationales dans le Nord en réponse à l’attaque de la nuit du 3 au 4 février dans le village de Kain. Celle-ci s’était soldé par la mort de 14 personnes.

Et même si « l’insécurité a un impact direct sur l’exercice des droits de l’homme », concède le secrétaire général militant des droits humains, « lutter contre l’insécurité ne dispense pas l’Etat de son obligation de respecter les droits humains » ou d’occasion pour infliger des « tortures, ou des cas de privation arbitraire de la liberté, ou encore la révision du Code pénal ».

Une analyse que partage le secrétaire général de la Commission nationale des droits humains (CNDH). Aucun doute en effet pour Soumitié Sougué. « La lutte contre le terrorisme et le respect des droits de l’Homme sont complémentaires et ne s’excluent pas. L’objectif d’une guerre c’est de gagner la paix sinon peut-être on aura gagné la guerre mais en réalité, on aura créé les conditions de report d’un éventuel conflit. On peut produire des résultats en respectant les droits de l’Homme », dit-il.

Alors ?

Etant donné que tous sont « bénéficiaires des actions de la lutte contre l’extrémisme violent et les conflits communautaires », la conseillère en droits humains Hadjaratou Zongo/Sawadogo propose un « désarmement des cœurs » combiné à une mise en relief de l’« identité burkinabè » et ce qu’elle implique à savoir l’appartenance à un seul et même peuple. Ce peuple qui « a une tradition de luttes et de victoires » de laquelle le secrétaire général du MBDHP invite les générations actuelles à s’inspirer. Pour ne pas avoir à « courber l’échine ». Afin de continuer à inspirer « respect et admiration pour d’autres peuples du monde ».

Oui KOETA

Burkina24

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